La cerise sur le gateau

par Leslie Rijmenams

a la bonne franquette editions la martiniere jean damien lesayLe Jules de ma meilleure amie est canadien. Canadien anglophone. Depuis son arrivée en Belgique en 2010, il apprend le Français avec un charming accent et cerne, petit à petit, nos expressions. Un jour, nous organisons un repas à la bonne franquette, succulent, sortant de sa bouche. Alors, lorsque que je vois la couverture de ce livre, je plonge dessus, l'instagram et l'envoie à ma meilleure amie. Ce qui est bien, en plus de la 1ère de couverture, c'est que le contenu n'est pas mal non plus... 

A la bonne franquette, c'est un dictionnaire drôle et très documenté autour des expressions les plus imagées du monde de de la cuisine. Des expressions savoureuses aux histoires passionnantes. 200 dictons cocasses, grivois ou poétiques décodés. On apprend ainsi qu'on ne dit pas un cheveux dans la soupe mais bien un cheveu sur la soupe pour signaler une manière inopportune. 

Pourquoi un bon cuisinier est-il un cordon-bleu ? Car en 1578, le roi de France Henri III créa l'ordre très prisé des Chevaliers du Saint-Esprit, dont les membres se voyaient récompensés par un cordon bleu qu'ils arboraient fièrement sur leur poitrine. Parmi les personnalités distinguées, quelques-unes avaient l'habitude de se réunir autour d'une bonne table. Et on nomma bientôt ces rendez-vous des respas de cordons-bleus. En mêlant l'excellence et la gastronomie, l'expression est toute trouvée

Intérressante aussi, l'histoire de la croûte... A la fin du XVIIIème siècle, casser la croûte se disait déjà pour "manger un morceau, un repas léger", car la croûte est ce qu'il reste lorsque l'on a mangé le meilleur du pain, la mie. Casser la croûte a donné naissance au casse-croûte, attesté au début du XIXème, un petit repas avalé sur le pouce, le plus souvent un sandwich... où l'on retrouve le pain et sa croûte. Par ailleurs, la croûte, synonyme de nourriture, se retrouve encore de façon imagée dans l'expression gagner sa croûte, "travailler pour subvenir à ses besoins élémentaires, pour manger".

Et tremper son biscuit, alors ? Qu'on se le dise, ce geste anodin de l'écolier qui prend son goûter n'a jamais été innocent. Un biscuit plongé dans une tasse remplie d'une boisson plus ou moins chaude a toujours été univoque auprès des âmes naïves, et seulement auprès d'elles. En 1974, dans La Nuit sera calme, Romain Gary écrit : "Le gars, qui était un père de famille avec des petits enfants radieux et purs et qui n'avait jamais trempé son biscuit dans autre chose que le café de sa femme, devient écarlate, se met à bredouiller, s'étrangle." De là découle tremper son biscuit dans le verre des autres : coucher avec une femme mariée. C'était sans compter sur les fameux "passer à la casserole", "faire lever la pâte", "remettre le couvert" - cette dernière expression étant d'abord destinée aux filles de joie...

L'expression plus savoureuse, selon moi ? Certainement "aux petits oignons". Nombre de recettes doivent, pour être délectables, beaucoup d'attention. Comme les jeunes oignons : leur goût confit ou caramélisé est du à leur épluchage délicat et leur cuisson lente. En 1739, le Nouveau Traité de la cuisine détaille la recette du veau glacé aux petits oignons. Un siècle plus tard, l'expression prend un tour figuré, pour qualifier une "action menée avec soin".

Dans cet ouvrage, Jean Damien Lesay a combiné les deux passions de sa vie : la gastronomie et la langue française. 200 expressions décryptées, ça en faisait du pain sur la planche. En même temps, y'a pire comme lexique... 

 

A la bonne franquette par Jean Damien Lesay, éd. La Martinière, 2013.

 

Cet article vous intéresse ??? Lisez aussi Le dico des mots polissons le dictionnaire des expressions Français-Anglais décryptées  ! 

 

 

Commenter cet article