Un dico sans pudeur

par Leslie Rijmenams

POLISSONS-regle-n-8a-copie-1Bonbon, briser sa tirelire, faire la bête à deux dos, joujou, moule de zinc, se défriser la chicorée... des mots si naïfs et pourtant si équivoques. Cette semaine, Daniel Lacotte lance un lexique sans pudeur : le Petit précis des mots gaillards et polissons. Amis de la poésie bonjour.

Feuilletant le petit dernier des éditions l'Archipel, je découvre naïvement qu'avoir le papier qui colle au bonbon est une vague histoire de slip. C'est aussi généralement vers 17-18 ans que les jeunes filles perdent leur tirelire. Que les plus curieux m'excusent, mais mon côté collet monté m'empêche de leur expliquer l'expression se défriser la chicorée. En lien avec les expressions se polir le chinois et épouser la veuve poignet, tout ça... question d'épicurisme version mono. Ouf, me voilà rassurée en découvrant qu'un moule de zinc est un garçon de café mou, indolent, amorphe. Bref, un serveur sans vivacité aucune ni performances professionnelles. 

Petit lexique 

Vous en voulez d'autres ? Voici donc quelques définitions choisies de manière non exhaustive...

Béjaune : contraction de bec et jaune, en référence à un jeune oiseau de proie en cours de dressage qui a encore sur le bec une petite peau jaune. Ce mot désigne un garçon naïf et niais, un nigaud. 

Faire bamboche : ce mot vient de l'italien bamboccio (pantin) et est synonyme de beuverie. Faire la boche = faire la bringue.

Faire carillon : à la base, un carillon désigne une horloge intérieure ou une sonnerie à plusieurs tons. L'expression faire carillon signifie faire des reproches à quelqu'un. 

Cheulard : un ivrogne, un poivrot. Dans la même catégorie, on retrouve le mot galoope-chipine. Chopine vient de l'allemand schoppen (vieille mesure de contenance équivalent à un demi-litre).

Derche : dérive probablement du mot derrière et signifie postérieur, popotin 

Galapiat : un gamin grossier, grivois, vaurien et très paresseux qui ne manque pas d'importuner son entourage

Godinette : se dit d'une jeune femme coquette, amusante dont l'attitude très accueillante laisserait penser qu'elle accepterait volontiers de donner de son affection en échange d'argent. Elle ne donne cependant jamais dans la vulgarité, contrairement à la gourgandine. De là vient l'expression embrasser en godinette qui signifie embarsser à avec une passion démesurée. 

Courir fauvette : séduire, draguer ou encore avoir le feu aux fesses. Fauvette désigne un petit oiseau au chant agréabel et qui sert de métaphore pour évoquer une damoiselle. 

Pisse-froid : gaillard distant, glacial, insensible et sans aucun humour. A éviter en toute circonstance.

Friser son naze : afficher franchement sa mauvaise humeur. Etre contrarié.

Palsambleu ! : parbleu ! 

Alors, c'est qui pourra faire le malin à la machine à café ? 

 

Petit précis des mots gaillards et polissons par Daniel Lacotte aux éditions l'Archipel.

Et pour ceux qui veulent aussi se la péter en Anglais...

L'Archipel publie Quand les cochons sauront voler... les poules auront des dents. Les expressions françaises and their English equivalents. Just for fun : 

quand les cochons sauront voler

 

- "Pour moi, c'est du Chinois" se traduit "It's Greek to me"
- "Avoir des fourmis dans les jambes" -> cette sensation de fourmillement se nomme "pins and needles" (épingles et aiguillles)
- "Une tempête dans un verre d'eau" se traduit, sans surprise, "tempest in a teacup" (dans une tasse à thé)
- "Quand les poules auront des dents" se transforme en "quand les cochons pourront voler" ("when pigs fly")
- "L'araignée au plafond" est en fait, chez les british, une chauve-souris dans un beffroi ("bats in his belfry")
- Une personne "gauche caviar" déguste du saumon en Irlande ("smoked salmon socialist"), boit des bulles au Royaume-Uni et ("champagne socialist") et passe son temps dans les cafés branchés américains ("latte liberal").

 

Le dictionnaire de Thora Van Male, jubilatoire est non seulement un lexique, il relate aussi des histoires et autres anecdotes. Les traditions, la culture, la littérature expliquent ces différences et illustrent la façon dont on voit le monde de chaque côté de la Manche. Un livre soooo british qu'on aimerait bien entendre récité par les Monty Python. Une perle qui dépoussière sérieusement nos vieilles listes de vocabulaire. 

 

Quand les cochons sauront voler... les poules auront des dents ! par Thora Van Male aux éditions l'Archipel.

 

 

 

 

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