Souchon si touchant

par Leslie Rijmenams

souchon

Aula Magna, samedi dernier. 20h05. Souchon ne se fait pas attendre. Les 1299 fidèles et moi-même n’ont pas droit à une première partie, l’unique partie du nouveau spectacle d’Alain, c’est Alain. Et ce n’est pas pour nous déplaire.

« La vie un peu hindoue. On voulait des matins doux… » Le ton est donné. Durant plus de 2 heures, notre cher Alain traversera une bonne partie de son répertoire et surtout, celle qu’on ne connait pas. Car s’il est une chose avec Souchon, c’est que ses différents spectacles ne se ressemblent pas. L’ambiance et les titres qu’ils interprètent aux Francopholies de Spa ne sont pas les mêmes que ceux qu’il aura chanté quelques mois plus tôt au Forum de Liège ou même, au Delirium à Bruxelles, entre 4 yeux avec Voulzy.

Samedi à l’Aula Magna,on a eu droit à un concert pour les fidèles, pour ceux qui le suivent dès le début. Certes, on n'a pas pu échapper au Baiser. Bidon, Allo Maman Bobo (chanté en grande partie par le public, magique !), La ballade de Jim et L’amour à la machine étaient, eux aussi, évidemment à l’affiche. Quoique, pas si évident que ça finalement. J’attends toujours Le parachute doré, La vie ne vaut rien et A cause d’elle. Mais j’ai découvert Casablanca et Manivelle. Des perles. Un concert pour les fidèles, je vous disais. Des fidèles qui n’étaient pas nés, aussi. Comme moi. Car j’ai appris à connaître Souchon avec La vie Théodore, il y a moins de 10 ans. Une chose est sure, j’aime cet homme. J’aime cet homme comme j’aimerais un vieil ami à mes parents qui auraient plein de choses à m’apprendre sur la vie.

Souchon est un conteur d’histoires. Il les sème tout au long de son concert. Quand il ne parle pas de sa femme qui l’estime « jamais content, vraiment méchant », il nous parle des anges et des escargots, des êtres vraiment différents de tous les autres sur Terre. Avant d’interpréter Quand je serai KO, il demande au public loin de la scène de se lever et de s’en approcher… « histoire que vous ne pensiez pas que je mesure 30 centimètres ».

Arrive ensuite le moment de nous parler de son dernier album : A causes d’elles. Souchon s’appuie sur une énorme planche, née sous les pinceaux de Jean-Jacques Sempé. Aquarelliste idéaliste, l’homme – nous dit-il – a tout de suite accepté d’illustrer son album dont les bénéfices sont reversés à la recherche contre le cancer. « Un jour, j’ai vu un reportage sur les enfants qui souffraient de cette maladie horrible et qui nous fait tous peur. Ça m’a vraiment miné. Alors je me suis dit : "qu’est-ce que je pourrais faire pour aider ces petits ?" Et comme la seule chose que je sais faire, c’est chanter, j’ai décidé de faire un album avec les chansons qu’on me chantait quand j’étais petit. Elles ne sont pas toujours gaies. Mais au moins je me suis dis qu’on pourrait reverser les sous que rapporte le CD à la recherche ».

Souchon interprète Le jour et la nuit et c’est tout un public qui retombe en enfance. Ça chante, ça se remue gentiment. Alain biberonne, nous remet au berceau, jette une ambiance tendrement naïve sur l’Aula Magna. Il attendra le rappel et la dernière chanson pour interpréter un poème de François Villon, « un homme qui a fait des choses vraiment pas bien il y a quelques siècles… mais qui a quand même laissé derrière lui des vers fantastiques ». C’est donc sur Je plains le temps de ma jeunesse que le père Souchon tire sa révérence. Une chanson à l’humeur tristounette qui nous laisse pensifs sur les manquements du passé. Souchon nous cueille. Bien avant d’être chanteur, c’est un narrateur qui, derrière une voix posée et fragile nous parle de la société d’aujourd’hui. Ses leçons sont touchantes, gentilles, ludiques. Cette soirée était rassurante. J’aime savoir qu’il existe des êtres comme lui qui, le temps d’une soirée, donnent confiance en l’avenir et me font dire que, quoi qu’il arrive, tout ira bien. Souchon décrit une société aigrie et pas toujours commode, mais il la chante avec une incroyable douceur. Samedi soir, le monde était beau. Et il l’est encore aujourd’hui.  

 

Alain Souchon sera en concert ce mardi 19/02 au centre culturel de Huy, mercredi 20/02 au casino de Spa, jeudi 21/02 au Centre culturel de Woluwé-Saint-Pierre et vendredi 22/02 à la Maison de la Culture de Tournai.
Infos et réservations sur le www.ticketnet.be

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