10CC - I’m not in love

 

 

Incontournable des séries de slows au cours des années septante, I’m not in love de 10cc est aujourd’hui de toutes les compiles de chansons d’amour.

Un paradoxe puisque pendant les six minutes que dure la chanson sur leur album légendaire The Original soundtrack, le chanteur répète inlassablement à sa partenaire qu’il n’est pas amoureux.

Une sorte de 50 nuances de gris avant l’heure. Avec toutefois beaucoup plus d’intelligence et d’humour, ce dont les membres de 10cc n’ont jamais été avares. Jugez plutôt, …

 Alors je vous traduis ce vers magnifiquement interprété par la voix suave d’Eric Stewart, une des quatre pièces de ce moteur de 10 centimètres cubes :

Je vous traduis : « Je garde ta photo sur le mur juste parce qu’elle cache une vilaine tache. »

Vous voyez que cela ne manque pas d’humour.

Humour et pastiche, c’est justement la marque de ces quatre musiciens qui travaillent déjà ensemble depuis six ans quand ils enregistrent « I’m not in love », le titre avec lequel nous les avons découverts. En effet, s’ils ont déjà connu de nombreux hits en Angleterre comme Donna ou Rubber bullets, leur succès reste chez nous très confidentiel.

TENCC

Pour la réalisation de ce troisième album de 10cc, Eric Stewart a composé une bossa nova qu’il a nommée I’m not in love. Au terme de l’enregistrement, Godley et Creme, deux de ses collègues lui disent « Dis, c’est de la merde ton truc ». Entre parenthèse, oui, il s’agit des mêmes Godley & Creme qui 4 ans plus tard sortiront ceci.

Mais quel n’est pas leur étonnement d’entendre au cours des journées suivantes les techniciens et ingénieurs du studio chantonner « I’m not in love ». Oups, on tient quelque chose, un tube. Ca vaudrait peut-être la peine de se pencher à nouveau sur la chanson. On reprend tout et on recommence.

« Et pourquoi ne pas en faire un slow, propose Kevin Godley ? »

Et pourquoi pas ? Les 10cc vont donc garder le rythme de la bossa mais en le ralentissant.

De plus, Godley et Creme sont entrain de travailler sur ces instruments bizarres qu’on appelle synthés. Ils voudraient pouvoir remplacer sur ce titre les instruments par des nappes de voix et vont pour l’occasion inventer le sampling.

Pour commencer, ils enregistrent huit notes à 4 voix qu’ils reproduisent sur chaque piste jusqu’à obtenir une chorale de 256 voix.

Ensuite ils placent ces notes une par une sur les pistes de la table de mixage. Ainsi en ouvrant chacune des huit pistes, on peut donc jouer la musique avec ces voix. Une trouvaille qui ne sera placée sur le clavier des synthés que des années plus tard. Entretemps, Billy Joel réutilisera cette technique fastidieuse mais miraculeuse sur Just the way you are, souvenez-vous :

Pour la petite histoire, la voix qui susurre Be quiet, big boys don’t cry est celle de la réceptionniste du studio réquisitionnée pour l’occasion.

A cette époque, 10cc est approché par la multinationale Phonogram. Convaincus du bijou qu’ils viennent d’enregistrer Stewart, Gouldman, Godley et Creme, ils viennent le faire écouter au patron de la multinationale. Alors que la dernière note retentit dans son bureau, celui-ci s’écrie : c’est un chef d’œuvre. Combien voulez-vous d’argent ? Demandez-moi ce que vous voulez.

« I’m not in love » sera lors de cet été un immense hit dans le monde entier y compris aux Etats-Unis.

Je vous propose sa version live, histoire de vous montrer que 10cc fut un des plus grands groupes que l’Angleterre ait portée. Sur scène on ne peut pas tricher comme en studio ou comme cet homme qui prétend ne pas être amoureux, peut-être parce qu’il n’ose pas se l’avouer, finalement.