Henry Mancini, l'orfèvre de la B.O.

par Brice Depasse

HenryMancini-BreakfastAtTiffanys196Le podcast de la séquence :

Quel compositeur n’a pas rêvé d’un jour pondre le tube, le gimmick qui va non seulement faire le tour du monde MAIS surtout devenir légendaire grâce à un gimmick, une série de notes ?

C’est ce qui arrive à Henry Mancini alors que sa carrière est déjà riche de plus d’une centaine de musiques de films. Bien sûr, il n’a pas déposé ses partitions que sur des chefs d’œuvre. En fait, ce sont quasiment tous des navets. Des films de séries B en vérité comme seul le cinéma des années 50 et 60 va en produire à une époque où on se rend au cinéma comme plus tard on regardera la télévision. Que ce soient des films d’horreur à la mords moi le nœud comme Tarentula !, des comédies à la va 6-4-2 avec Abott et Costello ou encore des westerns tournés à la chaîne, Henry Mancini dépose son nom sur plus de cents génériques du Grand écran rien que dans les années 50.

A un tel train d’enfer, Mancini n’a pas le temps de travailler pour ce média qui prend de plus en plus de place dans le loisir des ménages américains : la télévision. Une seule exception, en 1958 avec la série Peter Gunn. C’est le réalisateur Blake Edwards dont il a déjà composé la musique d’un film qui l’amène sur ce projet dont il va réaliser 114 épisodes.

Le générique qu’il lui compose fait un malheur : improbable mélange de rock’n’roll, cette musique à la mode et de jazz, Peter Gunn finira par être plus connu en tant que musique que fiction.

Au terme de ces quatre ans de tournage, Blake Edwards décroche la timballe en adaptant le roman à succès de Truman Capote, Breakfast at Tiffany’s.

Capote souhaite que Marilyn Monroe incarne son personnage féminin. Elle seule peut selon lui interpréter un rôle d’ingénue prostituée de luxe. Mais Edwards réussit à imposer Audrey Hepburn. Du coup ce n’est plus le même film. Il faut une musique qui corresponde à la classe et au glamour de la comédie.

Mancini qui a déjà composé quelques perles comme celle-ci fera merveille. La chanson du film lui vaut d’ailleurs un Oscar scellant un partenariat sans faille avec un réalisateur qui va accumuler les triomphes.

Que pourrait-il encore arriver à Henry Mancini qui de plus continue à produire entre 4 à 5 musiques de films par an ?

1963 henry mancini the pink panther

Deux ans plus tard, Mancini retrouve Edwards pour un nouveau film. Cette fois le réalisateur souhaite donner dans le burlesque avec le plus grand spécialiste anglais du genre : Peter Sellers. Pour le générique, il a imaginé un dessin animé sur lequel Mancini est chargé de composer un morceau de jazz tellement à la mode au cinéma, en 1963. En quelques secondes, Mancini écrit les quelques notes qui vont assurer sa fortune ainsi que celle de tous ses descendants.

La suite de films et la série de dessins animés qui en dérivent ainsi que les millions de disques vendus font de la Panthère rose un des plus grands triomphes de la musique au cinéma.

Aujourd’hui encore, Henry Mancini reste une valeur sûre de la classe américaine, influençant encore de nombreux musiciens mais aussi cinéastes. Ainsi le génial James Gray en 2008 magnifie-t-il la romance entre Gwyneth Paltrow et Joaquin Phoenix dans Two lovers avec une composition d’Henry Mancini dont ne sait si elle est sortie d’un vieux 78 tours ou d’un bar lounge branché de Manhattan.

MANCINI