Jerry LEWIS Dr Love

 

Avouez que si je vous cite Jerry Lewis parmi les crooners de légende, cela va vous faire rire. Quand je prononce son nom vous entendez immédiatement cette voix dans votre tête : VF

Et encore, en version originale, ça donnait ceci : VO

Et pourtant, savez-vous que le comique américain le plus célèbre a non seulement sorti un album de jazz qui ne craint pas la comparaison avec son ancien compère Dean Martin mais qu’en plus il a commis deux hits.

Bref rappel des faits.

En 1945, le chanteur de boîte de nuit Dean Martin rencontre sur une scène New Yorkaise où il joue également, un jeune comique qui fait des numéros de grimaces sur des disques.

L’idée improbable d’un duo voit le jour quelques mois plus tard. Dean Martin chante ses chansons et Jerry Lewis improvise dans différents accoutrements, interrompant son partenaire. La sauce prend : Martin en clown blanc, Lewis en Auguste qui se met à parler et imite les voix de dessins animés de l’époque façon Tex Avery. Ca donne ceci.

En quelques mois ils passent de 150 dollars la soirée à 30.000 dollars la semaine. Tout New York est à leurs pieds. Les voilà maintenant à la tête de leur émission de radio et puis ils débarquent directement à la télé qui n’en est qu’à ses balbutiements aux côtés d’Ed Sullivan. Un Ed Sullivan qui après leur départ lancera Elvis Presley et les Beatles.

Le cinéma s’en mêle, bien sûr. Entre 1949 et 1956, Martin et Lewis tournent 16 films et animent une foule d’émissions de télé. Mais jamais Jerry Lewis ne chante ou alors avec cette voix : …

Comme toujours dans les duos de ce genre, c’est le clown avec le nez rouge que les gens préfèrent. Ne supportant plus d’être le numéro 2 dans le cœur du public, Dean Martin sonne donc la fin du duo. Il continue seul sa carrière d’acteur et de chanteur qui seront toutes deux, énormes.

Mais pas autant que celle de Jerry Lewis qui signe un contrat monumental avec Hal Wallis, le grand ponte de la Paramount. Les vingt-deux films qui vont suivre et dont il en dirigera huit jusqu’à la fin des années 60 font de lui une véritable institution. On bâtira même une chaîne de cinéma franchisé à son nom.

Mais dès sa séparation avec Dean Martin, Jerry Lewis a envie de montrer un autre visage au public que celui du clown. Il publie donc en 1956, un premier single avec grand orchestre :

Le disque fait un carton aux USA et en Angleterre mais si l’orchestre est extraordinaire, Lewis n’est pas encore débarrassé de tous ses tics comiques. C’est chose faite l’année suivante avec un album et un 45 tours. Ecoutez, c’est merveilleux.

Le disque malheureusement ne vend pas autant que ce à quoi une superstar comme lui est en droit d’attendre. Aussi se recentre-t-il sur ce qu’il fait le mieux : l’andouille.

Tournant et écrivant des films mais aussi des émissions de télé à un rythme effréné, Jerry Lewis oublie qu’il peut faire aussi bien que Dean Martin et Sinatra dans le cœur de ces dames.

Jusqu’en 1963 où il va enfin se mettre en scène tel qu’il est ou tel qu’il pourrait être.

Dans son nouveau film, The nutty professor, version comique du Docteur Jekyl, il est un Mr Hyde version positive. Laid dans la vie, il devient beau grâce à sa formule chimique.

Apparaît alors un Lewis gominé, dur comme John Wayne, beau comme Elvis Presley, suave de Frank Sinatra et prétentieux comme Marlon Brando. Il tourne dans ce film une scène d’anthologie dans laquelle il se montre enfin sous un autre jour. On devra encore attendre vingt ans et Martin Scorcese pour voir Lewis dans un rôle de beau mec au sale caractère. Mais pour l’instant savourons cette version française, également légendaire.