La Story 1985 Prince reçoit un Oscar

par Arnaud Hubert

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Imaginez Jimi Hendrix à Hollywood recevant un Oscar. Incongru et improbable. Et pourtant, début 1985, celui qu’on nomme son fils spirituel est bien sur la scène de la cérémonie des Academy awards pour y recevoir l’Oscar de la meilleure musique de film.




Un rockeur noir récompensé à Hollywood, les choses ont bien changé et tant mieux. Mais avouez que c’est tout à fait incroyable. Car quelques mois plus tôt, seuls les amateurs de soul et de funk connaissaient cet artiste qui depuis des années était l’incarnation même du musicien culte.

Eté 1984, vient enfin le bout du tunnel pour tous les fans de Prince, l’artiste noir le plus original que la Terre ait porté depuis Miles Davis et Jimi Hendrix. Trop original et surtout trop trash pour être diffusé dans des émissions grand public, Prince s’est forgé depuis le début des années 80, un large public de fans.

Il faut dire que l’artiste ne fait aucune concession aux canons de la musique populaire qui ces dernières années s’est joyeusement divisée en compartiments hermétiques. Vous êtes soit un fan de rock, de variétés ou de musique noire et vous n’écoutez que ça. Les sorties de disques d’ailleurs ne manquent pas dans ces trois genres de musique pour vider votre porte monnaie : 33 tours, singles et places de concerts, il y a de quoi.

Et au milieu de tout cela, vous trouvez Prince. Sa musique a le groove d’un James Brown, l’électricité des Rolling Stones, le souffre décadent et grand guignolesque d’un Alice Cooper. Bref, rien ne le prédispose à occuper la première place des classements.

On a commencé à le voir en 1981 en couverture des magazines spécialisés et à la une de magazines musicaux comme les enfants du rock sur France 2 avec l’album Controversy. Le suivant, un double nommé 1999 est encensé par toute la critique, du moins celle qui a un peu l’oreille musicale : ce type est non seulement doué mais il n’y en a qu’un comme lui.

Et puis plus rien. Pas d’album en 1983.

Et le voilà en 1984 qui revient … avec une musique de film. Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Ah bon ? Il n’y a que des chansons ? C’est une comédie musicale alors ? Prince, une comédie musicale ? Quelle horreur !

A la sortie du premier single, When doves cry, on comprend qu’il se passe quelque chose. Toutes les radios le diffusent. Aux Etats-Unis, il paraît que c’est la ruée sur ses disques. Le monde, sous la coupe du Thriller qui semble être le seul disque que les gens aient acheté ces dix-huit derniers mois, découvre qu’il y a de la vie en dehors de Michael Jackson.

Et le film dans tout ça ? Oui, bon, j’oubliais de vous dire que c’est aussi Prince qui l’a réalisé. Si on a bien sûr découvert qu’il ne s’agissait pas d’une comédie musicale, on s’est dit : Prince, réalisateur ? Non, je ne vois pas.

Trente ans après, Purple Rain constitue un excellent document sur le milieu des années 80 avec le grain particulier de la vidéo, les rétroéclairages colorés à la Spielberg, les décors à la West Side Story version trash et bien sûr ces tenues vestimentaires néo futuristes surmontées de coupes de cheveux réalisées aux pétards pirates.

Ah, bien sûr, n’oublions pas l’essentiel, la musique qui, elle, est devenue instantanément légendaire.