La Story ABC

par Brice Depasse

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ABC, trois lettres et des millions de disques. Un trio qui a, au début des années 80, incarné avec Duran Duran, Human League et Spandau Ballet le nouveau visage de la New Wave.


Comme pour Human League, tout commence en 1977 dans la ville de Sheffield. Après avoir donné naissance à Joe Cocker et Judas Priest, la ville sidérurgique du nord de l’Angleterre devient le creuset (c’est bien normal) d’un nouveau courant musical. Des jeunes artistes qui se réclament de la new wave jouent non pas sur des guitares et une batterie mais des synthétiseurs.

Grands admirateurs de ce que font à l’époque David Bowie et Kraftwerk, Stephen Singleton et Mark White fondent Vice Versa, un duo très sombre qui alimente les nuits de l’underground anglais.

Le monde de l’édition et de la presse n’est pas encore prêt pour ce genre de musique. Vice Versa ne trouve pas de maison de disques : ils se produisent donc eux-mêmes. Et des jeunes qui aiment cette musique créent leur propre journal pour en parler.

Parmi ces fanzines, il y a Modern drugs. Il a été créé par un certain Martin Fry de Manchester qui ayant flashé sur Vice Versa vient les interviewer. Passionnés de musique, ils parlent des artistes qui les transportent parmi lesquels on retrouve David Bowie, à qui Martin Fry ressemble furieusement.

Singleton et White lui demandent si cela ne l’intéresserait pas de se joindre à eux. Vice Versa devient donc ABC en 1981. La nouvelle orientation musicale de Human League et surtout Spandau Ballet les intéresse particulièrement. Mettre du groove et du funky dans la new wave, c’est vraiment une bonne idée et puis, quand on la joue ainsi, ça ressemble furieusement à du Roxy Music, une référence qui leur plaît autant que David Bowie.

Ils sortent un premier 45 tours toujours sur leur propre label. A leur grand étonnement, et à leur grande satisfaction, le disque accroche. Il entre dans le Top 20 anglais qui vit alors une pleine explosion de nouveaux sons.

Leur musique accroche immédiatement une oreille très avertie, celle de Trevor Horn, le chanteur et bassiste des Buggles, LE leader du son anglais, le seul de cette nouvelle génération a déjà avoir vendu des tonnes de disques dans le monde.

Son travail sur le second single de ABC est colossal : Poison arrow est un chef d’œuvre de construction sonore, un titre complexe mais terriblement efficace.

Soutenu par une vidéo à gros budget, c’est un tube mondial (sauf en France), tout comme le suivant, The look of love. Toujours plus haut, toujours plus fort, ABC aligne quatre tubes sur le même album en 1982 et impose un style dans lequel va s’engouffrer Spandau Ballet avec le succès que vous savez. Un courant est né, celui des nouveaux romantiques, comme en témoigne la vidéo de The look of love, qui fait allusion à une scène de Mary Poppins.