La Story Chicago

par Brice Depasse

 

CHICAGO X

Hiver 1976-77, les hits parades du monde entier voient tous culminer le même 45 tours d’un groupe qui porte le nom d’une ville américaine : Chicago.



Jacques Brel avait chanté Ne me quitte pas, repris plus tard par Frank Sinatra, If you go away. Est-ce cela qui a inspiré le bassiste de cette atypique formation de jazz rock amerloque ? Mystère. En tout cas ça y ressemble drôlement. Si tu me quittes maintenant, tu emporteras la plus grande partie de moi OU encore Quand demain viendra, nous regretterons tous les deux ce que nous nous sommes dits aujourd’hui.

La terre entière a craqué sur ce morceau de velours qui a rythmé durant des années les boums et les séries de slows d’Amérique, d’Europe et d’Antarctique. Incontournable. Et pourtant, la chanson a bien failli ne pas voir le jour.

Pourquoi ? Parce que ce type de morceau, ce n’est PAS du TOUT le genre de musique que Chicago joue maintenant depuis près de dix ans.

Formé en 1967, le Chicago Transit Authority est un groupe de jazz rock. Mais attention, ils en portent bien le nom : ça jazze et ça rock à fond les manettes. On n’a jamais entendu un truc pareil. Au fil des doubles et triples albums studios qui s’enchaînent à partir de 1969, le groupe qui s’appelle maintenant et simplement Chicago envoie du bois, des sillons qui font dresser les poils à coups de cuivres, de rythmiques, de claviers et de guitares électriques. Même Jimi Hendrix leur a dit « Les mecs, vos cuivres, ils envoient grave et votre guitariste, il est meilleur que moi. »

Le monde se bouscule donc aux concerts de Chicago et leurs albums se vendent par millions aux Etats-Unis. Mais pas ailleurs. Enfin si, auprès des fans de rock et de jazz façon Hendrix et Miles Davis.

Quand en 1976, les Chicago enregistrent déjà ce qui doit être le dixième album en sept ans (et je ne compte pas les doubles et triples), les gars sont sur les rotules. Ils reprennent leur souffle et reviennent en studio frais comme des gardons. C’est là que Peter Cetera amène sa nouvelle chanson. Tout le monde l’aime mais tout le monde trouve que ça ne sonne pas Chicago avec ces violons derrière.

A tel point que jusqu’au dernier moment, on la laisse sur le côté. Elle sera sur le disque s’il y a assez de place. Pourquoi finalement la mettent-ils dessus ?  Personne ne s’en souvient. Ca les a tellement peu marqués que lorsque Walter, le saxophoniste entend la chanson à la radio alors qu’il bricole tranquillement chez lui, il croit tout d'abord que c’est un titre de Paul McCartney avant de reconnaître la voix de Peter.

A leur grande surprise, If you leave me now est le premier tube de Chicago des deux côtés de l’Atlantique. Aux Etats-Unis ils en vendront deux millions. Et rarissimes seront les pays d’Europe où le titre ne sera pas N°1, 2 ou 3.

Bien sûr, les autres musiciens demanderont à Peter de composer d’autres chansons dans le même genre. Et Dieu s’il ne se fera pas prier faisant de Chicago une énorme machine à tubes jusqu’à la fin des années 80.

710463-groupe-chicago-devant-ligne-horizon