La Story Glam Rock

par Brice Depasse

mudCette semaine, lumières de fin d’année oblige, je vous propose de nous pencher sur le Glitter ou le Glam Rock.

Le Glam, c’est un des courants les plus importants de la musique populaire anglaise. Ainsi, Slade, un de ses chefs de files se retrouve N°1 des charts à cinq reprises de 1971 à 73. Ajoutez-y bien sûr les N°2, 3 et 4, ils nous arrosaient d’un 45 tours tous les trois mois.

C’est quoi le Glam Rock ?

Vous avez déjà entendu le mot Glamour qui signifie chic, éblouissant. Un qualificatif qu’on donne souvent aux stars d’Hollywood car elles brillent.

Et bien le Glam rock, c’est ça. Des musiciens qui s’habillent de manière spectaculaire. Ainsi de Marc Bolan de T-Rex avec ses grands chapeaux, David Bowie ultra maquillé vêtu d’un kimono ou encore de Slade avec leurs chapeaux à miroirs. Et tous, bien sûr, chaussés de plateforme boots.

C’est la première fois que des musiciens et chanteurs s’habillent de manière excentrique tant et si bien qu’on ne voit plus ça dans les journaux et à la télé. C’est nouveau !

Mais le glam, c’est bien plus que des fringues et du maquillage. C’est surtout une musique qui est en fait une réaction au courant dominant du rock de l’époque : le progressif.

Aux longues plages de Yes, Genesis et Emerson Lake & Palmer, les glameurs opposent un retour aux sources avec des chansons courtes, efficaces, avec des saxophones pour grossir le son et surtout des refrains chantés en chœur comme dans les stades de football.

On est avec eux tout à sa joie, à la fête. Voilà pourquoi on les voit partout depuis le Top of the Pops de la BBC jusqu’à Chanson à la carte.

Entre 1971 et 1975, il ne va plus y en avoir que pour tous ces artistes de Slade à David Bowie en passant par les Sweet, Roxy Music, Mott The Hoople, TRex ou encore Mud.

Le groupe de Les Gray et Rob Davis traîne déjà dans le métier depuis six ans lorsqu’en 1973, il aligne quatre hit singles. Pourquoi ? Et bien parce qu’ils ont viré leur cuti et se sont mis au glam.

Avec leurs grands chapeaux, leurs chaussettes bariolées à tomber raides et surtout leur uniforme que les Rubettes imiteront l’année suivante, les Mud arpentent tous les plateaux télés.

Guitares saturées, rythmes tribaux et joyeux refrains en chœur, l’ascension de Mud se fait jusqu’au sommet en 1974 avec Tiger Feet.

Décembre se termine avec un tube de Noël comme leurs copains de Slade l’année précédente.

Ah oui, au fait, Mud, ça veut dire boue, gadoue. Ce n’est pas très glamour, en effet. Heureusement qu’ils se sapent comme des princes, de l’époque bien sûr.

slade

Plus grand squatteur de jukebox du début années 70, Slade a été la plus improbable des machines à succès du showbiz britannique. De 1971 à 74, ils comptent en effet pas moins de 17 hits, dont 5 numéros parmi lesquels la plus rock des chansons de Noël.

C’est au milieu des années 60 que commence l’aventure. Venus de deux groupes répondant au nom de The Rocking Phantoms et The N’betweens, les musiciens démarrent leur carrière par un premier album des Beatles et de Steppenwolf, entre autres, sous le nom d’Ambrose Slade.

Ils rencontrent alors le bassiste des Animals, Chas Chandler, célèbre pour avoir lancé la carrière de Jimi Hendrix et qui vient, entre parenthèses, d’être viré par celui-ci. C’est lui qui leur fait raccourcir le nom et abandonner le « Ambrose » : ils vont s’appeler tout simplement « Slade ». Et là, miracle ! Ils enchaînent deux hits dont le fameux Cause I Love You en 1971.

Numéro 1, C’est le début de la « Slade mania » qui va être amplifiée par leurs tenues vestimentaires de mauvais goût mais au second degré. On retrouve des paillettes partout, des miroirs sur leurs chapeaux, des capes argentées sur des chemises vertes, sans oublier les fameuses boots aux semelles compensées.

Seul problème, beaucoup de musiciens vont les prendre au premier degré, les imiter, et faire passer au second plan la qualité de leurs chansons. C’est ainsi que pendant leurs tentatives de percée aux Etats-Unis, Slade va être jeté à la poubelle en 1976 avec la vague Punk. Plus personne ne veut d’eux. Chas Chandler, ne trouvant plus de contrats de disques, devra lui-même presser ceux de Slade. Même le fan club pourtant énorme, de 30'000 membres, va fermer ses portes. Plus rien ne va.

Jusqu'en 1980 où, remplaçant Ozzy Osbourne au fameux festival "The Reading", Slade fait sensation. Il explose l'audience. Nouveau contrat, excellents albums, c'est une deuxième carrière qui commence. Slade, débarrassé de ses fringues à paillettes revient au premier plan avec, en 1983, un nouveau et dernier malheureusement, numéro 1.

rubettes

Je vous convie au début des années 70 dans la vie de deux jeunes anglais qui travaillent dans une maison de disques du label Polydor. Ils se nomment Tony Wellington et Wayne Bickerton. Tous deux composent des chansons qui leur rappellent leur jeunesse où les 45 tours de Doo wop américain trônaient dans les jukebox. Mais nous sommes en pleine ère folk, hardrock, glamrock et progressive rock, tout ce que vous voulez mais en tout cas les groupes anglais n'affichent aucun goût pour le rétro et refusent leurs chansons.

Ils décident donc d'assembler eux-mêmes le band qui interprêtera leurs compositions. Etant dans le métier du disque ils savent quoi faire et donc ils affublent le groupe qu'ils baptisent The Rubettes d'un look exclusif, à savoir un smoking façon Las Vegas et un béret blanc. Comme ça, quand ils passeront à la télé, on se souviendra d'eux. La formule fait mouche.

Sugar Baby Love, le premier single qui paraît en mai 1974 se vend en trois millions d'exemplaires.

Mais l'interprête de la chanson qui a cette célèbre voix de falsetto que vous connaissez tous, un certain Paul DaVinci, Paul Prewer de son vrai nom, refuse d'assurer les concerts et les passages télés. Il faut donc trouver quelqu'un d'autre. Ce sera un certain Alan Williams que tous ceux qui regardaient Chanson à la carte ou les émissions de Guy Lux connaissent. Pourquoi je cite ces deux émissions? Eh bien parce que sur les trois millions de 45 tours de Sugar Baby Love vendus dans le monde cette année là, deux millions s'écoulent rien qu'en France et en Belgique. Un reccord! Nous savons maintenant pourquoi on les a autant vus à la télé.

Si les Rubettes vont encore connaître le succès chez nous avec les trois singles suivants Tonight, Jukebox Jive et I Can Do It, ils n'atteindront plus les mêmes sommets en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis qu'avec Sugar Baby Love.

Aujourd'hui le groupe est toujours en activité. Mais s'il n'a plus connu les honneurs des Hits Parade depuis plus de 35 ans, il se produit encore avec bonheur au cours des tournées Revival années 70.

trex

Cela vous dit que quelque chose non? Cela fait exactement quarante ans que cette chanson tourne sur les platines et à la radio. Cela s'appele Hot Love et c'est chanté par T-Rex, un groupe qui a eu une influence majeure sur la musique populaire des années 70 et notamment sur David Bowie. A ses débuts en 1967, T-Rex se nomme Tyrannosaurus Rex. 65 millions d'années après leur disparition et 25 avant Spielberg, un groupe de folk porte le nom de l'un des plus grand prédateurs de la préhistoire. Les premières années de la bande de Mark Bolan, le chanteur leader de T-Rex, ne font pas de vagues.

C'est lorsque, à l'instar de Bob Dylan, le groupe s'électrifie et devient pop qu'il remporte du succès. C'est le cas avec l'album Electric Warrior qui sort en 1971. On peut sans se tromper à son écoute, dire que ce disque a donné le départ de ce qu'on va appeler le glam rock.

Le Glam rock c'est avant tout une étiquette collée à ce genre de musique sur les tenues vestimentaires extravagantes de ceux qui la jouent. Mais il n'en demeure pas moins que tous, de Slade à David Bowie en passant par Sweet et Gary Glitter, tous vont puiser leur inspiration dans la musique de T-Rex et la façon de chanter particulière de Marc Bolan.

C’est justement au cours de la promotion de cet album Electric warrior que Marc Bolan apparaît à la télévision avec pour la première fois avec du fard à paupière brillant. Brillant, glam en Anglais, les deux sont associés désormais sous le nom de Glam rock. Quelques semaines plus tard, le 45 tours Get it on est N°1 en Angleterre et surtout aux Etats-Unis où T Rex devient une véritable institution.

Si des millions de jeunes filles et de garçons sont fans de T Rex et de sa musique festive, le déclin s’amorce comme pour tous les groupes de la vague glam à partir de 1973. Ainsi David Bowie change de registre musical pour la soul, mais pas T Rex qui comme Slade, continue d’afficher son joyeux glam rock qui trouve de moins en moins de preneurs.

En 1977, Marc Bolan et T Rex sont vraiment au fond du trou. Et là, coup de tonnerre, l’arrivée de la vague punk relance la machine car tous ces jeunes loups se réclament de lui. Malheureusement, il ne profitera que trop peu de ce retour en gloire. Après une nuit de fête, alors qu’il rentre chez lui avec sa petite amie Gloria Jones, l’interprète de Tainted Love, Marc Bolan trouve la mort dans un accident de voiture.

Le roi du glam est mort, la new wave arrive.

TheSweet

 

Parmi la vague glam rock qui a submergé le monde de l’Europe au Japon en passant par l’Amérique et l’Australie, le groupe Sweet se classe deuxième après le Slade en terme de succès. C’est d’ailleurs lui qui connaîtra les hits les plus tardifs, en 1975, alors que plus personne déjà ne s’intéresse à cette musique.

 Et ce n’est pas par hasard.

 Quand la mode glam explose en 1971 avec T Rex et Slade, les membres de Sweet sont les plus anciens du métier. Certains de leurs membres ont joué dans des groupes au cours des années soixante : du blues, de la soul, du rock, ils viennent de tous les horizons musicaux. Certains ont même joué avec Ian Gillan avant qu’il ne devienne le chanteur de Deep Purple.

 C’est en 1968 qu’ils prennent le nom de Sweetshop. Comme un autre groupe anglais publie cette année-là un 45 tours sous le même nom, ils décident d’ôter le shop pour ne garder que le Sweet.

 Cherchant à trouver enfin le succès, ils se lancent dans ce qu’on appelle alors la bubllegum pop song : des bleuettes légèrement rock pour teenagers inspirées parce que les Beatles et les Beach Boys faisaient au début de la décennie et qui réussissent à des groupes comme les Archies ou encore les Monkees.

 La reconnaissance arrive avec le premier album et les passages télés dès 1970.

 Les tenues vestimentaires très colorées et franchement excentriques qu’ils arborrent les font remarquer. Les Sweet font dès lors un tube tous les quatre mois et contrairement à leurs copains de Slade beaucoup plus à l’étranger qu’en Angleterre.

 En septembre 1972, après quatre énormes hits ils obtiennent enfin le droit de jouer eux-mêmes sur leurs disques. Vous avez bien entendu. Jusque-là, ils avaient juste le droit de chanter, ce qu’ils font très bien, en chœur, comme les Hollies. Et franchement, on n’entend pas la différence sur ce fameux Wig-Wam Bam. Ce sont de sacrés bons musicos ! Les voies des firmes de disques sont parfois bien bizarres.

 Sweet fait alors mieux entendre sa voix en se servant tout d’abord des face B de leurs 45 tours pour y jouer une toute autre musique plus proche du hard rock et que certains musiciens comme Freddie Mercury ont forcément du entendre.

 Et quand le mouvement auquel les Sweet appartiennent s’effondre, le groupe britannique continue à aligner les succès. Il n’a eu qu’à abandonner les fringues bariolées pour le jeans et le t-shirt.

 Ainsi les excellents Teenage rampage et Fox on the run atteignent les sommets des classements mondiaux.

 Rattrapés et dépassés par le punk, si Sweet ne s’en sort pas aussi bien que Queen, leurs albums s’améliorent encore et toujours au cours des trois années suivantes. Début 1978, ils sont à présent dans le mouvement des Alan Parsons et Manfred Mann, ce qui leur vaut un dernier coup d’éclat en 1978 avec le superbe album Level headed et un single, Love is like oxygen qui atteint le top 10 dans le monde entier.

 Cet album est la synthèse parfaite de ce que la pop anglaise mais aussi américaine a fourni de meilleur au cours des quinze années précédentes : des guitares, du groove, des cordes et des cuivres par ci par là mais pas trop, et surtout des harmonies vocales.

 Quand on pense qu’un gars dans leur multinationale de disques avait peur de les laisser jouer. Il y a des coups pieds au cul qui se perdent.