La Story in Belgium (11) : Viktor Lazlo

par Brice Depasse

VIKTORLAZLOAu milieu des années 80, apparaît sur la scène européenne, une chanteuse au teint hâlé et au charme envoûtant portant un nom étrange. Et comble du comble, le premier album, premier succès de Viktor Lazlo est une production belge. 

Aujourd’hui, permettez-moi d’évoquer la personnalité la plus troublante de cette Story de cet été consacrée aux artistes belges.

Mais me diront les gens bien informés, vous n’avez pas le droit. Viktor Lazlo n’est pas belge, elle est française. Oui bon alors là, vous chipotez.

Tout d’abord parce qu’elle est arrivée chez nous à l’âge de trois ans et que n’en déplaisent à certains, l’appartenance à un pays c’est surtout la culture de l’endroit où on a grandi. Et ensuite, j’ajouterai comme mon ami Thierry Coljon du Journal Le Soir : rien de très belge sinon sa beauté et sa voix extraordinaire.

Enfin, la voix ce n’est pas ce qu’on va remarquer tout de suite chez cette petite née Sonia Dronier dans la belle ville de Lorient en Bretagne. Son père est métisse d’origine martiniquaise et sa mère anglaise. Le sang d’outremer qui coule dans ses veines est minoritaire mais il lui donne ce teint hâlé qui ajouté à ses belles formes fait d’elle un mannequin avant de devenir chanteuse.

C’est bien elle qu’on entend sur ce 45 tours un peu méconnu de Lou & the Hollywood Bananas. Dans l’entourage de l’ancien chanteur du Two man sound mais aussi producteur, on trouve que Sonia a décidément bien du talent et que l’aventure d’un album solo est un jeu qui en vaudrait la chandelle.

C’est au milieu des années 80 que nous découvrons donc cette énigmatique Viktor Lazlo dans un registre qui à l’époque navigue dans le sillage de la toute nouvelle star jazzy : Sade. Plus belle que la précédente, celle qui s’exprime et chante aussi bien en français qu’en anglais, vous savez maintenant pourquoi, porte un nom masculin. Viktor Lazlo, c’est le nom du résistant à qui Humphrey Bogaert va sauver la peau dans Casablanca. Un personnage héroïque qui n’hésite pas à faire jouer la Marseillaise pour faire taire des officiers allemands en pleine occupation.

Son premier album ne passe donc pas inaperçu avec des chansons cosignées Boris Bergman (Pleurer des rivières) ou encore Alain Chamfort. Il se classe honorablement dans les ventes en Belgique mais aussi en Allemagne, en Suisse et en France où Pleurer des rivières et Canoë rose entrent dans le top 30 et 15.

Le second album, toujours produit par Lou Deprijk, tout aussi réussi que le précédent fonctionne encore mieux. Même si on cite souvent la participation de James Ingram et du Count Basie Orchestra, c’est plutôt sur tout le gratin des musiciens belges qu’il faut insister.

Viktor Lazlo présente cette année-là la soirée du Concours eurovision de la chanson qu’elle ouvre elle-même, chose rarissime, en interprétant son nouveau single.

Si aujourd’hui Viktor Lazlo est surtout appréciée pour les livres qu’elle écrit et son fabuleux spectacle sur Billie Holliday, on retiendra aussi le fameux Amour puissance six avec ses paroles signées Gainsbourg et sa musique cosignée par la chanteuse qui restera la plus belle voix pour laquelle Gainsbarre aura griffoné.