La Story in Belgium (13) : Lio

par Brice Depasse

LIO 

 Fin des années septante, Marc Moulin et Dan Lacksman sont contactés par de jeunes bruxellois. Ils adorent Telex et voudraient qu’ils produisent le disque qu’ils veulent enregistrer. Lui se nomme Eric Verwilghen, elle, Wanda Vanceslos pour faire court, son père est issu d’une famille aristocratique portugaise. Nous les connaissons aujourd’hui sous les noms de Jacques Duval et Lio.

Si Duval a un coup d’éclat à son actif, il y a deux ans, il a écrit pour les Runaways, le groupe de filles américains qui compte parmi elles Lita Ford et Joan Jett, Lio, elle, est encore à l’Athénée Gatti de Gamond à Uccle.

Mais elle sait ce qu’elle veut. On dit même que c’est une vraie peste. Intelligente et cultivée, elle tient de sa mère, mais une peste quand même.

Cela dit, elle a le charme fou, dévastateur d’une Lolita. Ce n’est pas le moindre de ses arguments.

Marc Moulin accepte et travaille avec Dan Lascksman, le fou d’électronique sur une chanson pour cette artiste dont aucune firme de disques n’a voulu. Sauf une. Ariola, un label allemand établi en Belgique et qui doit absolument produire des artistes locaux pour déduire fiscalement ces investissements. C’est uniquement pour cela qu’ils sortent ce titre étrange, Banana split, dont les paroles sont aussi équivoques que les Sucettes de Gainsbourg.

Equivoques, oui, mais très explicites dans la bouche de cette jeune fille de 17 ans.

Mais qu’il soit pris au premier ou second degré la chanson plaît et s’envole. Enorme N°1, Banana split se vend à 700.000 exemplaires et va continuer sa course jusqu’à atteindre les deux millions. Un succès entretenu par des titres moins convaincants mais succès quand même pour Amoureux solitaires, Amicalement vôtre, Sage comme une image, tous signés par le duo Duval Alanski et produit par l’autre duo Lacksman Moulin. Seules exceptions, Mona Lisa, repris d’Eli et Jacno et un Baby Lou, cover d’une chanson signée Gainsbourg et Alain Chamfort.

Alain Chamfort avec qui Lio entretient une liaison, relation qui rapproche tous ces artistes qu’on retrouvera systématiquement sur les albums de Chamfort durant près de quinze ans.

L’album que Chamfort coécrit et produit pour Lio, L’amour toujours, en 1983 est un échec. Aussi Lio choisit-elle de marquer une pause et de se tourner vers la comédie pour ne revenir qu’en 1986 avec la même équipe mais cette fois bien préparée.

Le résultat se nomme Pop model. Un véritable triomphe résultat d’un excellent travail d’écriture, de production et d’image.

C’est maintenant Lio la femme qui est mis en avant, interprétant des textes qu’on qualifiera de tendrement insolents. Je casse tout ce que je touche, Fallait pas commencer tournent abondamment sur les platines des radios libres belges et françaises. On a un peu oubliés ces titres aujourd’hui à l’ombre de l’énorme hit qui a plu autant aux hommes qu’à une partie de la gent féminine diablement concernée.