La Story in Belgium (15) : La folie Benny B

par Brice Depasse

BENNY B

Au cours des années 80, le mouvement hip hop apparaît dans le sillage de Sugarhill Gang, à savoir le rap des cités qui se décline logiquement dans la langue de ses interprètes histoire d’être compris. En France, les deux extrêmes se nomment MC Solaar côté pop et intello, NTM côté banlieue – la zone.

Mais c’est de Belgique que va venir la tempête. A Molenbeek-St-Jean, un apprenti chocolatier nommé Abdel Hamid Gharbaoui et son pote Perfect rencontrent un dénommé Alain Deproost. Connu dans le milieu hip hop comme DJ et breakdancer sous le nom de DJ Daddy K, il fait partie du mouvement Bruxelles Rap Convention. Ils se reconnaissent tous les trois parce qu’ils sont adeptes de la Zulu nation, un mouvement né à New York 15 ans plus tôt demandant aux gangs d’abandonner la violence pour la musique, le hip hop.

Et logiquement, le trio décide en 1987 de faire de la musique et de la danse sous l’appellation de Benny B. Il faudra deux ans de travail sur des maquettes, des retours en studio et d’un gimmick signé Daddy K, sampler Mais vous êtes fous de Capitaine Flam, pour que le premier 45 tours commence à tourner sur les platines des radios libres. Dopées par une émission de télévision qu’une bonne partie d’entre vous avez regardée, Dix qu’on aime, les ventes de Benny B décollent sous toutes ses formes : 45 tours, maxi et maxi CD.

Mais en France, loin de percer grâce aux radios libres, Benny B va devoir sa gigantesque popularité au Club Dorothée. La folie s’empare aussitôt de l’hexagone qui, comme la Belgique, découvre que le rap peut toucher le grand public. Au terme de quelques mois de télés, de galas et d’airplays radio, cent mille exemplaires de Mais vous êtes fous ? sont vendus en Belgique et près d’un million en France.

Et le second single de Benny B se vend encore plus que le précédent. Même le Do you speak martien ? morceau typiquement hip hop signé Daddy K, fait un carton.

Benny B est maintenant chez Jacques Martin le dimanche après-midi : le rap français est devenu ultra-populaire. Pourtant Benny B est décrié par les rappeurs français et bruxellois. Détesté même. Le club Dorothée, Jacques Martin et Dix qu’on aime, c’est vraiment la honte, ce n’est pas notre identité. Une polémique stérile, on le comprend, mais tenace dans les milieux underground dont le trio va souffrir vu que c’est leur maison.

Avec les mois, les clips de Benny B se professionnalisent, on sent le budget malgré la production indépendante. Oui, Benny B est un phénomène indépendant, loin des majors, et continue à aligner les tubes.

Mais malgré deux nouveaux hits, le second album de Benny B ne se vend pas et le trio se sépare en 1992, trois ans après le premier single.

Il reste néanmoins une chose essentielle : trois millions de disques vendus et écoutés autant par le public que les musiciens et gens de médias. S’il n’y avait pas eu Benny B, probablement que cinq ans après, I Am et plus tard La tribu de Dana n’auraient pas, eux aussi, vendus des millions de disques.

Le clip de Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? :

 

Plus d'articles a propos de: