La Story in Belgium (16) : Les premières Sttellla de Jean-Luc Fonck

par Brice Depasse

stela


Quand son premier 33 tours se nomme Pouette Pouette et que la chanson en face B du premier single s’appelle WC55, on se doute que l’artiste qui en est l’auteur a peu de chance d’être un jour N°1 au hit parade. Et pourtant, même s’il mettra du temps, Jean-Luc Fonck et son band Sttellla vont y arriver après 15 ans d’existence.

Né dans une école de St-Gilles, au centre de Bruxelles, le groupe dont le nom comporte deux t et trois l parce qu’il faut en ajouter un à chaque concert a connu toutes les galères. Il enregistre ses disques à ses frais, les presse, dessine leurs pochettes dans lesquelles il glisse lui-même les vinyles avant de les déposer chez les disquaires avec sa petite voiture.

Pour les concerts, il accepte tout. Le fin du fin sera atteint un soir lorsque déposés par un copain, les membres de Sttellla se retrouvent sur le trottoir attendant que l’organisateur arrive. Au bout d’une heure, toujours personne. Le temps de trouver une cabine téléphonique, coup de fil à ce fameux organisateur qui avait complètement oublié qu’il y avait un concert ce soir. Et bien sûr il avait aussi oublié de faire la publicité. Résultat des courses, on ne verra dans la salle que quelques potes à qui on avait dit jouer là ce soir. Comme l’organisateur n’a pas fait de recette, il n’a pas d’argent et propose de payer le groupeen bacs de bière.

Eté 1991, les galères s’éloignent. Sttellla joue maintenant chaque soir devant des centaines de personnes mais sans jamais passer à la télé ni à la radio, excepté quelques émissions vespérales et folkloriques qui acceptent de recevoir ces joyeux zoulous. Jean-Luc Fonck n’a pas pu prendre de vacances. Il consacre ses congés de fonctionnaire à l’enregistrement de son nouvel album et, tout d’abord, à l’écriture des morceaux. Il songe donc en ces mois d’été à ce qu’il rate : l’Espagne, le camping, la plage, la sangria, les taureaux en plastiques avec un trou sur le dos pour y mettre les cure-dents, la cerveza San Miguel et les affiches de corrida sur lesquelles il y a un blanc pour y mettre son nom à la place du celui du torrero. Cela lui inspire une chanson où pour la première fois, Jean-Luc ne commet aucun jeu de mot digne de Signé Furax et du Muppet Show réunis, une de ses spécialités. Et contre toute attente, Torremolinos passe en radio, encore et encore, tant et si bien qu’il finit N°1 et l’album Manneken pis not war disque d’or. Les compagnies de charters vers la Costa del Sol le remercient encore.