La Story in Belgium (17) : Ca plane pour Lou

par Brice Depasse

ca plane pour moiLa séquence antenne :

Vous connaissez tous cette chanson qui a valu à nos compatriotes du Two Man Sound un succès mondial.

Les trois membres du groupe se nomment, retenez bien ces noms, Sylvain Vanholme, ex-leader de Wallace Collection (et oui !), Yvan Lacomblez dit Pipou et Lou Depryck.

Ce dernier se voit chargé par son éditeur de produire des chanteurs et des groupes pour leur label dans un studio bruxellois qu’il vient de monter avec des Anglais. Tu peux produire n’importe quoi du moment que ça marche, paroles légendaires de Roland Klüger à Lou Depryck.

Et Lou s’exécute en profitant de toutes les heures non louées d’un studio hyper équipé avec à son service de très expérimentés ingénieurs du son britanniques. Tout y passe : du rock, du hard rock, de l’africain et même de l’humour (Stéphane Steeman).

A cette époque, Londres vit à l’heure des punks. Et les journalistes rock français et belges n’ont d’yeux, d’oreilles et de stylo que pour les Sex Pistols, les Clash et les Damned. En prenant un pot avec Bert Bertrand, rock critique au Télé Moustique, ce dernier lui dit « Mon vieux, le premier qui fera un disque punk en français, créera la surprise ». L’idée de faire un tube et de passer à la caisse dans un autre registre que la musique latino séduit immédiatement Lou. Le punk, il connaît déjà. Il a entendu les disques des Sex Pistols et est très fan de Jonathan Richman, un des apôtres du punk américain.

Rentré chez lui, il compose le soir même sur sa guitare le refrain de Ca plane pour moi. Le titre lui vient, tenez-vous bien, d’une chanson de Michel Delpech sortie récemment. Lou a une disponibilité de studio dans trois jours. Il fait appel dans l’urgence à Pipou pour qu’il lui écrive le texte de Ca plane pour moi et Pogo pogo, le second titre qu’il a composé dans la nuit.

En compagnie de trois musiciens dont l’ingénieur du son de Black Sabbath, Mike Butcher à la guitare, Lou plie les deux chansons en une prise, brute comme le punk rock. Après avoir doublé sa voix, il grossit le son grâce à un saxophoniste et accélère la bande pour faire plus punk.

Lou apporte la cassette à Roland Klüger qui en reste pantois. Mais il y a un hic. Lou est le chanteur de Two Man Sound, un groupe latino qui pèse son pesant d’or et de platine. Pas question que cela soit lui qui le chante pour le public. De plus, il n’a pas le look punk. Il faut trouver une doublure.

Et après quelques pérégrinations dans le Bruxelles nocturne, il déniche un certain Roger Jouret qui a le physique de l’emploi. Tu t’appelleras Plastic Bertrand. Plastic parce que le sac en plastic reflète bien l’image du punk et Bertrand parce que c’est Bert Bertrand qui lui a donné l’idée de ce disque.

Les photos sont vite prises dans l’appartement de Lou, avec un polaroïd. Look destroy avec épingle de sûreté et le tour est joué. La firme de disques française Vogue est enthousiaste. Michel Drucker le demande déjà. Lou achète donc à Londres un blouson de cuir dans la boutique de Malcom McLaren, le designer qui a inventé les Sex Pistols. Les ventes du 45 tours passent de 1.000 à 15.000 exemplaires par jour.

Lou Depryck est en vacances au soleil. Coup de fil de la secrétaire de Kluger :

- Ca plane pour moi est N°1 des ventes et l’album est déjà disque d’or en précommande ?

- Album ? Quel album ?

- Celui que tu vas faire. Roland demande que tu rentres d’urgence.

- Je n’ai jamais vu chanter le mec. J’espère qu’il va assurer.

- Non, tu dois assumer l’album tout seul. On est dans l’urgence.

L’album se nommera An 1. Disque d’or dans de nombreux pays. Mais voilà, Lou Depryck doit retourner au travail. On a beau être en début d’année, il a déjà épuisé tous ses crédits congés. Car j’ai oublié de vous dire que Lou a beau gagner des millions, il est fonctionnaire aux RTT comme l’exige sa grand-mère pour protéger sa pension.

Two Man Sound01Le Two Man Sound à l'époque, pas vraiment punk : et pourtant !