La Story in Belgium (23) : Trois Two Man Sound

par Brice Depasse

TWOMANSOUNDLa séquence antenne :

En 1969, il se passe une chose extraordinaire à l'échelle de notre petit pays. Un groupe belge répondant au nom de Wallace Collection sort son premier album sur le label des Beatles, Odeon.

Enregistré au studio EMI à Abbey road, là où le groupe de Lennon McCartney œuvre encore, le disque remporte un succès planétaire grâce à ce single.

Une consécration immédiate pour le groupe du jeune et inventif Sylvain Vanholme qui se retrouve même au Festival de la chanson populaire à Rio.

Le rêve est pourtant de courte durée : Wallace Collection a déjà du plomb dans l'aile. Ses membres se séparent alors que la carrière du groupe démarre à peine.

Sylvain Vanholme s'est tellement plu au Brésil qu'il brûle d'envie de retourner via ce festival. Aussi trouve-t-il une solution en pondant une chanson qu'il interprète avec un copain répondant au nom de Lou Deprijck. Comme ils sont deux, ils ont appelé leur groupe : Two Man Sound.

Ayant envoyé leur cassette sur laquelle ils ont enregistré Copacabana, quelle n'est pas leur joie de se retrouver représentant de la Belgique à ce Festival où ils se retrouvent avec Michel Fugain parmi les concurrents et Serge Gainsbourg parmi le jury. Ils en reviennent avec le prix du public mais surtout une idée : interpréter des titres en portugais sur de la musique brésilienne. Ce qu'ils font en recrutant un percussionniste, Yvan Lacomblez dit Pipou mais aussi les guitaristes Kevin Mulligan et Pierre Van Dormael, oui, le frère de Jaco.

Charlie Brown est un hit phénoménal qui leur fait faire le tour du monde. Two Man Sound joue partout et aligne les hits.

Le plus gros reste incontestablement Disco Samba, un double album qui sera disque d'or en Espagne six ans de suite. Au Mexique, il reste numéro 1 durant 22 semaines avec 1 million 200 mi!le exemplaires.

Un triomphe qui appelle une tournée. Durant quelques semaines, les Two Man Sound vont en voir de toutes les couleurs. Outre le fait qu'ils jouent à guichets fermés dans des villes où aucun touriste ne met jamais les pieds, ils utilisent un matériel qui selon Lou Depryck devait dater de l'époque de Pancho Villa. Tantôt, ils se font voler la caisse par des bandits, tantôt ils doivent assurer par contrat deux heures d'émission de télé alors qu'ils n'ont que 45 minutes de répertoire. Aussi on essaie de combler les minutes avec des interviews filmées et même une corrida bidon avec un taureau tout aussi bidon monté sur une brouette. Tout se passe bien jusqu'à ce qu'un imbécile ouvre la porte à une vachette qui se farcit un Pipou bien chargé à la tequila et le projette à quatre mètres de là.

Les Two Man Sound, parlant le Portugais après leurs aventures brésiliennes ont du mal à se faire comprendre au Mexique. Et en Europe, c'est pareil : ils ont tellement bien vendu leur image latino qu'arrivés pour la première fois sur le plateau de l'émission de Guy Lux, celui-ci leur indique où se placer :

- « You there, you here ».

- Te fatigue pas, lui dit Lou, on est Belges.

- Ca alors, s'exclame Guy Lux, c'est pas vrai, ils sont belges !

Comme quoi, en pleine vague d'histoires belges, le plus belge n'est pas celui qu'on croit.