La Story in Belgium (24) : Wallace Collection

par Brice Depasse

WALLACE DAYDREAMLa séquence antenne :

Sylvain Vanholme est un nom qu’on cite trop peu. Et pourtant, il occupe une place de choix dans l’histoire de notre showbizness et de notre musique populaire.

Après avoir écumé le pays avec différents groupes comme les Seabirds, les Sylvester’s team, Sylvain est le guitariste soliste de 16th century quand l’inspiration lui tombe dessus : adjoindre deux cordes à son groupe. Il recrute donc un violoniste, Raymond Vincent et un violoncelliste, Jacques Namotte dans l’orchestre philarmonique.

Si le mariage entre le rock et le classique, initié par les Beatles ou encore les Moody Blues est branché, intégrer des cordes dans le groupe est une idée de génie que reprendra Jeff Lynne deux ans plus tard quand il formera Electric Light Orchestra. Cocorico. (Enfin Cocorico, nous ne sommes pas Français mais je ne sais pas rugir).

C’est là qu’intervient un dénommé Jean Martin, figure très connue du monde du spectacle. Avec son secrétariat des artistes, il a fait jouer le tout Paris à l’Ancienne Belgique et s’est aussi occupé des Sylvester’s team de Sylvain Vanholme. Lorsqu’il vient assister à une répétition de son nouveau groupe, Martin est transporté par la musique qu’il l’entend. Mais le deal que Vanholme lui propose est clair : tu seras notre manager si tu nous obtiens un contrat à Londres. Les Anglais sont les seuls à pouvoir nous produire.

A une époque où il n’y a ni internet, ni fax, contacter quelqu’un en Angleterre relève de l’impossible. Jean Martin ne parle même pas anglais. Mais il a du culot. Il se rend chez Emile Garain, le patron d’EMI Belgique et le convainc de lui donner un nom. Il obtient celui de Harry Flower, un tuyau crevé puisque celui-ci ne s’occupe pas de signer des artistes mais de les vendre à l’étranger.

Mais bon. Quelques jours plus tard, nous retrouvons Jean Martin tendant à une secrétaire dans les bureaux d’EMI à Londres une carte sur laquelle il est inscrit en anglais, « Je viens de Belgique et je voudrais rencontrer Mr Flower de la part de Monsieur Garain. »

Il n’a même pas de rendez-vous. Comment l’aurait-il pris par téléphone puisqu’il ne parle pas la langue ? Par miracle et après avoir attendu longtemps, le fameux Harry Flower reçoit cet homme curieux qui lui parle un charabia de rares mots d’anglais, de français, de flamand et d’allemand. Mais même les gestes ne suffisent pas. Ayant fait appel à un collègue qui parle un peu le français, Harry comprend maintenant que son interlocuteur lui demande de venir en Belgique découvre un groupe qui est aussi bon que les Beatles.

Flower est perplexe. Des gars, naïfs ou escrocs, qui prétendent être les managers des nouveaux Beatles, il y en a plein les rues. Mais celui-ci a un tel culot, une telle détermination, qu’il veut voir son jeu. Il délègue donc David McKay, un producteur australien établi à Londres pour faire le voyage.

Afin de ménager toutes ses chances, Jean Martin organise l’audition en public dans une boîte d’Auderghem. L’accueil du public est discret ; il ne connaît pas plus la musique du groupe que le producteur d’EMI. Mais comme celui-ci, il va être enthousiasmé car non seulement les musiciens sont excellents mais leur répertoire, c’est du jamais entendu. MacKay lance un Okay okay, le pouce vers le haut, la seule chose que, finalement, Jean Martin peut comprendre.

Et tout ira vite. Le groupe de Sylvain Vanholme, trois mois plus tard, sera à Londres pour enregistrer sous le nom de Wallace Collection : ils ont en effet abandonné 16th century pour celui d’un musée londonien qui se trouve tout près des bureaux d’EMI.

Bonus, un passage télévisé du Wallace Collection jouant live :