La Story Nostalgie in Belgium (3) : Telex

par Brice Depasse

TELEX1Parti d'un délire, un cover des yéyés Chats Sauvages façon rythmes cybernétiques, un genre tout neuf en 1978, Telex devient une référence branchée qui finit pourtant un soir sous les feux d'un Concours eurovision de la chanson pas prêt à les entendre.

L'incroyable histoire (belge) d'un des groupes les plus innovateurs de la pop music.

A la fin des années 70, alors que beaucoup de groupes belges peinent à se faire reconnaître, un trio bruxellois n’a aucun mal à trouver une firme de disques pour l’éditer. En effet Marc Moulin, Michel Moers et Dan Lacksman n’ont pas encore terminé leur premier titre que Roland Klüger, un des plus grands producteurs sur la place de Bruxelles depuis le début de la décennie, les signe sur son label.

Il faut dire que leur chanson n’est pas banale : faire un cover du Twist à St Tropez des Chats sauvages sur des synthés et un rythme électronique, un genre uniquement réservé aux Kraftwerk à l’époque, ce n’est pas banal. Et puis il y a ce quelque chose en plus de typiquement belge : l’humour avec absence de prise au sérieux.

Ce qui n’était au départ qu’un délire contraint les trois joyeux drilles à finir leur morceau, enregistrer une face B pour le 45 tours et même tourner un clip vidéo avec, je vous le donne en mille, René Steichen à Luxembourg.

Au fait savez-vous pourquoi ils portent tous les trois cagoule et salopette ? Et bien parce que Marc Moulin ne voulait pas être reconnu pour laisser au groupe toutes ses chances d’exister pour ce qu’il était.

Après deux autres reprises tout aussi humoristiques et décalées, Telex s’est déjà fait un nom dans l’avant-garde et le public branché quand vient le succès international. Nous sommes en 1979 et pour la première fois, les discothèques du monde entier vibrent avec un maxi 45 tours au rythme synthétique. Il n’en faut pas plus au service variété de la RTBF pour demander à Telex de représenter nos couleurs au Concours eurovision de la chanson.

Le groupe ABBA a beau être passé par là cinq ans plus tôt, le Concours avec ses violons et chansons stéréotypées est devenu ringard à l’époque où la new wave et le punk battent leur plein. Telex à l’Eurovision, c’est les Sex Pistols au Concours Reine Elisabeth !

Le soir de l’émission, l’animatrice annonce avec beaucoup de précautions que le grand orchestre ne jouera pas et que tous les sons que vous téléspectateurs allez entendre sont générés par la machine bizarre placée au milieu de la scène : un ordinateur. Elle fait bien car au cours des répétitions, le chef d’orchestre a interrompu le groupe en disant « j’entends une batterie mais je ne la vois pase. » Et oui, beaucoup de gens ne savent pas encore ce qu’est un synthétiseur et un séquenceur.

D’accord dit le chef qui a compris mais alors il faut qu’un musicien pousse sur un bouton pour qu’on comprenne que l’instrument démarre.

Le public dans la salle et sûrement devant son téléviseur est déconcerté non seulement par la musique mais aussi par la chanson. En effet, la façon décalée qu’a Michel Moers de l’interpréter avec un Marc Moulin et un Dan Lacksman sérieux comme deux Monty Python aux claviers donnent l’illusion qu’ils se moquent du concours. Résultat Telex finit avant-dernier du classement.

Pourtant la chanson est pourtant restée. Tout le monde en connaît encore l’air après tout ce temps. Il faut dire que chacun en eut son interprétation comme me le disait encore Dan Lacksman il y a peu.

 

 Telex87584TELEX (de gauche à droite) : Marc Moulin, Michel Moers et Dan Lacksman.