La Story in Belgium (28) : Salvatore et Jacques

par Brice Depasse

MERCIER ADAMOSalvatore Adamo et Jacques Mercier sont amis depuis longtemps. Bien avant qu'ils soient dans le showbiz à vrai dire. Et bien sûr, Jacques commettait déjà des gaffes à cette époque.

La nuit, je deviens fou ...

Au tout début des années 60, le jeune Salvatore Adamo suit des études supérieures de journalisme à Tournai. Comme la majorité des students, il loge dans un kot. Majorité à laquelle n’appartient pas son ami Jacques Mercier qui, habitant Mouscron, fait la navette. Une situation pas pratique lorsque Jacques se met à sortir avec une Tournaisienne. Le dernier train ne lui permet même pas d’aller au cinéma avec elle le soir. Aussi pour résoudre le problème, Salvatore lui prête-t-il la clé de son kot, permettant ainsi à son copain d’y dormir en son absence et de retourner chez lui le lendemain matin.

Depuis qu’il a remporté le radio crochet de Radio Luxembourg et que sa chanson est passée sur antenne, Adamo bouge beaucoup pour percer dans le métier. Il est d’ailleurs un des très rares chanteurs à composer et écrire ses chansons lui-même. Mais quelle n’est pas la surprise de Jacques, ce soir-là, de tomber sur le locataire du kot quand il y rentre. Salvatore n’est pas parti comme prévu. Il travaille sur deux chansons.

Ecoute celle-ci, lui dit-il, je voudrais savoir ce que tu en penses car je n’ai que deux couplets.

Jacques trouve la chanson admirable et le lui dit. Imaginez un instant qu’il ne l’ait pas trouvée terrible et que Salvatore l’ait cru …

Comme on l’entend sur ces premiers enregistrements, Adamo chante avec une voix haut perchée. Et comme les jeunes n’ont à l’époque rien d’autre à faire que de parler et accessoirement de faire circuler des ragots, il se dit que, peut-être, leur pote préfère les garçons aux filles. Jacques est, bien sûr, au courant de la rumeur. Salvatore a beau être son meilleur ami, il s’est toujours dit que, peut-être, il n’ose pas lui en parler. Et vice-versa, si je puis m’exprimer ainsi.

Je reste ici cette nuit mais il n’y a pas de problème, Jacques, tu peux dormir ici, le lit est assez grand.

Jacques Mercier est alors pris d’une gêne terrible. Comment lui dire ? Comment être sûr ? Que faire ?

Ecoute, Salvatore, pas de souci, tu sais quoi ? Je dors très bien dans un fauteuil.

Jacques passe donc la nuit dans ce fauteuil, torturé par les crampes et sans cesse réveillé par l’angoisse d’une approche que nous qualifierons d’inappropriée mais qui n’arrivera pas.

Cette nuit passée aux aguets, Jacques n’osera jamais l’avouer à Salvatore et encore moins lorsqu’il aura pu constater son erreur. Pas avant d’avoir atteint l’âge de la sagesse où il avouera sa mésaventure intérieure à un Adamo horrifié.

Mais Jacques, tu es fou ou quoi ?