La Story in Belgium (33) : Jo Lemaire + Flouze

par Brice Depasse

JOLEMAIRELa séquence antenne :

1979, nous découvrons un nouveau groupe belge. Ca fait toujours plaisir de voir que ça bouge près de chez nous. Ce n’est pas qu’on est chauvin et qu’on en a marre des groupes anglais et américains mais la New Wave, le punk a rapproché la musique pop de nos piaules tapissées de posters où on passe des après-midis et soirées entières à rêver qu’un jour on sera des stars du rock.

Ce nouveau groupe de New Wave qui vient de sortir son premier album est emmené par une femme, chose encore plus rare. On avait Blondie depuis quelques mois (mais bon l’Amérique, c’est loin), on a maintenant Jo Lemaire + Flouze. Ils jouent pas loin de chez nous à Namur, Charleroi et on ne s’y trompe pas : il y a toujours du monde pour aller voir ce groupe qui chante, bien sûr, en anglais.

Disons-le directement, la musique de Jo Lemaire + Flouze est excellente. On ferme les yeux : c’est aussi bon que tout ce que les Anglais genre Cure et Américains façon Talking Heads nous envoient à l’époque et si on les ouvre, on découvre une fille dont le look évoque à la fois le gothique de Siouxsie and the Banshees mais aussi la classe de Juliette Gréco.

Jo Lemaire, née Josiane, a 23 ans. Les Flouze sont emmenés par leur batteur, Philippe Depireux qui n’est autre que le petit ami, puis officiel, puis mari de Jo dont le charisme a logiquement entraîné la présence de son nom dans le patronyme du groupe qui sort son premier 45 tours en 1978. Finalement, c’est comme si on avait eu Debbie Harry and Blondie.

Rapidement signé par une Major, Jo Lemaire sort chez Vertigo son premier album. L’accueil est énorme, la presse est conquise. Enfin, ne nous excitons pas. A l’époque, la presse rock se résume aux pages du Télé Moustique où sévit alors un certain Bert Bertrand. Fan fondu de punk et de New Wave, il vient d’ailleurs de rejoindre les Bowling Balls de Fred Jannin et ne rate pas un concert de Jo Lemaire dont le premier a lieu le 30 mars 1979, chez elle à Gembloux.

C’est d’ailleurs dans le Télé Moustique que les Flouze publient une annonce : recherche guitariste. En effet, le frère de Giovanni, guitariste et claviériste les a quittés. Parmi les dizaines de candidats, ils retiennent un jeune amateur originaire de Huy, Alain Pire, qui joue comme un Dieu, même si on sent chez lui le fan de Jimi Hendrix et de Deep Purple, des influences qu’il devra mettre de côté, on fait de la New Wave, quand même !

Cette nouvelle recrue participe au nouveau son de l’album suivant qui s’est épaissi et permet au groupe de devenir de vraies vedettes. Jo Lemaire franchit les frontières, joue en France et même à Paris où leur concert est retransmis par France Inter. Il n’y a à cette époque aucun groupe de New Wave de cette qualité dans tout l’Hexagone.

Les Flouze jouent beaucoup et toujours dans des salles pleines. C’est la folie. Et on le sait, à cette époque, si vous voulez une bonne sono, il faut la chercher en Flandre. Le roadie d’Alain Pire se nomme Fa Vanham. Et lorsqu’Alain quitte le groupe avec Eric Pire pour être produits en duo par Marc Moulin et Dan Lacksman, Fa le remplace à la guitare.

Et il n’y a pas que le guitariste qu’il va remplacer. Le troisième album marque en effet un tournant pour le groupe de Gembloux qui suit de près la nouvelle vague. Les synthés sont de plus en plus présent en 1981 sur Pigmy World ainsi que ce qu’on n’appelle pas encore la world music. Jo Lemaire et les Flouze explosent : leur reprise du classique de Serge Gainsbourg (qui n’avait pas fait un grand tube à l’époque) fait un malheur dans de nombreux pays d’Europe.

Mais un soir, sur scène, Philippe a l’impression que sa femme Jo le regarde avec insistance lorsqu’elle chante Je suis venu te dire que je m’en vais. Quelques semaines plus tard, Jo part vivre avec Fa Vanham et s’établit en Flandres. Les Flouze se séparent en pleine gloire pour raisons matrimoniales.

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