La Story in Belgium (36) : Le studio de Marc Aryan

par Brice Depasse

marc-aryan-katy-vogueLa séquence en podcast :

Vous savez probablement que cette chanson a été enregistrée en Belgique (Born to be alive)

Celle-ci aussi (Sexual healing)

Mais savez-vous où ?

Les plus branchés n'ignorent pas que c’est à Ohain, au studio Katy. Drôle de nom pour un studio et drôle d’endroit, perdu en pleine campagne entre Waterloo et Lasne.

Il faut dire que ce studio a été construit dans l’annexe d’une maison privée, la villa d’un certain Marc Aryan qu’il s’est payée en 1965 en partie grâce au succès de son dernier 45 tours : Katy.

Dans une grange de se propriété l’artiste producteur investit à l’époque 80.000 $ en matériel et en travaux pour se faire un studio dernier cri. Ce n’est pas un caprice de nouvelle star. L’homme a la tête sur les épaules. A presque 40 ans, Auroution Henri Markarian a déjà bien roulé sa bosse.

Fils d’un immigré arménien venu du Liban, il a passé son enfance et sa jeunesse dans le sud de la France où ses parents se sont établis. Partis de rien, les Markarian, établis à Valence, au bord du Rhône, vont faire fortune dans l’industrie alimentaire.

Et même s’ils ne sont pas encore fortunés dans les années 30, ils souhaitent que leur fils fasse de bonnes et longues études pour devenir quelqu’un. Mais Henri n’est pas du genre à finir premier de classe. Les maths et la physique, c’est pas son truc. Il est poète. Ses échecs lui valent de se faire renvoyer deux fois du lycée puis du collège.

Les cours à domicile font place à un séjour en sanatorium suite à une lourde opération. Henri a de graves problèmes de santé.

Pour combler l’ennui et la solitude, il apprend seul le solfège et le piano : 10, 12 parfois 16 heures par jour, il s’esquinte sur ce clavier qu’il finit par dominer. La famille et les copains n’en reviennent pas quand ils l’entendent jouer du Bach.

Bombardé à 25 ans directeur commercial de l’usine de son père, il y fait des étincelles mais avertit celui-ci que ça ne durera pas. Un jour il montera à Paris pour s’occuper de littérature ou de musique. En effet trois ans plus tard, il ouvre un magasin de disques à Valence qui prospère aussitôt. Trois ans plus tard, il est déjà à la tête d’une chaîne de magasins dans la région lyonnaise qu’il revend. Et avec cet argent, Henri réalise son rêve : il monte à Paris.

Et là, c’est la désillusion. Les éditeurs ne veulent pas de ses chansons pas plus que les interprètes d’ailleurs.

Bon et ben puisque c’est comme ça, je vais les chanter moi-même.

Nouvel échec. Ses disques ne se vendent pas. Même lorsqu’Henri décide de se produire seul, ce que personne ne fait encore à l’époque, nous sommes en 1962.

Un an plus tard, une de ses sœurs, mariée à un Belge, ouvre une boîte de nuit à Zeebruges. Et pourquoi pas ? Si la France ne veut pas de lui, peut-être la Belgique ?

Henri fait donc passer ses disques dans le night-club de sa sœur. On danse dessus, ça plaît. Confiant, il les dépose lui-même dans d’autres dancings de la côte belge. Résultat, il signe un contrat de licence avec EMI Belgique.

1964 voit les premiers succès pour celui qui a maintenant effacé son prénom Henri et coupé son nom en deux : Marc Aryan.

1965, Katy, une chanson inspirée par une jeune fille rencontrée lors d’une répétition avec un orchestre à Anvers, est un énorme tube. Malgré lui, car elle figure en face B de son nouvel EP. Une erreur que Marc désormais affublé de sa perruque et de ses lunettes façon Roy Orbison corrigera pour la version français.