La Story in Belgium (37) : Alec et Leopold Nord et vous et nous

par Brice Depasse

LEOPOLDNORDLe podcast de la séquence, c'est l'amour, non euh, c'est ici :

Les chiens ne font pas de chat, dit le proverbe.

Et si je vous dis que le père d’Alec Mansion était contrebassiste et sa mère violoniste, vous me direz … qu’il n’y a pas de fumée sans feu !

La légende prétend qu’il a vu le jour à Bruges mais qu’il a grandi à Liège où il a étudié, devinez quoi : la musique.

Premier prix de conservatoire, Alec se sent très vite une âme d’artiste et s’exprime dans des groupes de jeunes. Il fait ses débuts dans le showbiz grâce au tandem Marc Moulin et Dan Lacksman, oui encore eux, qui lui produisent deux excellents albums au début des années 80. Ses 45 tours mêlant pop et synthés, mentors de Telex oblige, vont connaître un honnête succès.

Pour son nouveau titre, Alec qui est un fondu de musique pop anglaise s’est carrément payé un studio londonien célèbre pour avoir servi de berceau au David Bowie de la grande époque Ziggy Stardust. Ce rêve, Alec le réalise grâce à Steve Byrd, le guitariste de Kim Wilde qu’il a rencontré pendant ses vacances à l’île de la Réunion et avec qui il a sympathisé.

Son morceau est bien construit, arrangé et produit mais comme il le chante en anglais, aucune firme de disques française ne veut le sortir. La déception d’Alec est d’autant plus immense que l’artistique mis à part, la production lui a coûté un pont. Il faut se résigner à faire une version française.

Comme il n’a pas trop le moral, Alec imagine prendre le contrepied et écrire des paroles positives du style « Le retour des hirondelles », etc. Mais l’inspiration va venir de manière inattendue au cours d’un délire. Le coup du coin de table ou du carton de bière.

Alec part rejoindre ses deux frères, Hubert et Benoît, dans un studio où ils enregistrent une pub. Ceux-ci lui ont conseillé de faire une chanson plus drôle. Du style « qu’est-ce qui bouge le cul des Andalouses, c’est l’amour » dit-il à sa sœur à qui il explique le projet.

Qu’est-ce que tu viens de dire ? Mais c’est génial.

Du coup, Alec n’ose plus l’interpréter seul. On est très loin de la pop légère façon Al Jarreau qu’Alec chante depuis des années.

Il demande donc à ses frères de le faire avec lui et trouve un pseudo tout à fait improbable : Léopold Nord et vous.

L’accueil parisien est à nouveau décourageant : six rendez-vous dans la même journée, six refus.

C’est trop farfelu, vous répétez trop de fois « C’est l’amour », tout y passe.

Il en reste un septième mais Alec est découragé.

On rentre.

Non, c’est trop bête, lui dit sa sœur qui l’accompagne. On y va !

Et le dernier rendez-vous est le bon : je vais peut-être le regretter mais allez, on le sort quand même !

Les gens de chez BMG ne le regretteront pas. C’est l’amour atteint rapidement les 400.000 exemplaires puis passe la barre du million et finit à deux millions. Un vrai phénomène qui va même franchir les frontières de notre francophonie avec des traductions espagnoles qui feront de beaux numéros 1 en Amérique du Sud sans oublier l’inénarrable Japon.