La Story in Belgium (38) : Ozark Henry

par Brice Depasse

Ozark Henry Hvelreki coverLe podcast de la séquence :

Celui qui se permet de fouler le sol du palais royal pieds nus ...

 Le succès d’Ozark Henry fait aujourd’hui partie du décor. Chacun de ses albums est disque de platine et ses singles passent abondamment à la radio. Mais celui qui se permet de fouler le plancher du Palais Royal pieds nus n’a pas été reconnu par le public dès ses débuts. Des débuts compliqués car quand on est un artiste du bois dans lequel Piet Goedar est taillé on ne se soucie pas de savoir si l’univers dans lequel on part va mobiliser les foules.

Avec un père chef d’orchestre et compositeur, Jan et Piet, jeunes ketjes de Courtrai ont très tôt été confrontés au monde de ce qu’on appelait populairement et erronément, il y a peu de temps encore, la Grande Musique. Mais bon, ce sont des jeunes et leurs premiers pas dans le monde de la musique sont très rock’n’roll.

Pour la petite histoire, leur père n’essaie pas de les convertir d’autorité. Il le fait astucieusement en leur offrant un album, leur premier, un 33 tours de Frank Zappa.

Alors, vous aimez bien ?

Oui, oui, papa.

Vous voyez les enfants, Stravinski, c’était le Frank Zappa de l’époque.

Il en est d’ailleurs très fan.

Ah bon ? On peut écouter ?

Jan et Piet forment donc un duo de frères qu’ils nomment Word et qui aura une reconnaissance très underground comme leur musique métissée de rap, de rock’n’roll et drum’n’bass. Le seul single qui paraît se nomme Henry Man-She.

Henry est un nom que Piet aime beaucoup : ça sonne américain comme les grands écrivains qu’il lit. Aussi lorsqu’il décide de voler de ses propres ailes en solo, il choisit Henry comme pseudo. Comme prénom, il reprend un autre mot qu’il aime : Ozark comme les Ozark Mountains aux Etats-unis dont il a hérité un très vieux livre de photos.

Et donc en janvier 1996, Ozark Henry sort « I’m seeking something that has already found me », titre typiquement Zappa pour un premier album que David Bowie lui-même qualifie d’album de l’année. Quel honneur pour le jeune premier qui n’en revient pas qu’un artiste pareil jette une telle lumière sur lui.

En effet, la critique le porte aux nues : Ozark Henry, c’est beau comme Bowie. Mais l’album reste dans les bacs, tout comme le suivant, deux ans plus tard.

Piet songe à abandonner la musique lorsqu’il sort en 2001 son troisième album. Sa musique a changé : l’avant-garde fait place à la mélodie et aux ambiances fortes : les ventes décollent et Ozark Henry devient un artiste de premier plan.

Trois ans plus tard, The sailor not the sea, est un incroyable succès, même en France. Ozark Henry a maintenant pignon sur rue, même la 55ème à Manhattan. David Bowie, en tournée mondiale, joue cet été à Ostende. Comme Ozark Henry est publié par la même maison de disques que lui, on lui arrange un rendez-vous dans les coulisses de l’hippodrome d’Ostende où il s’apprête à donner un concert historique devant 50.000 personnes.

Monsieur Bowie, je vous présente Piet Goedaer qui a un petit cadeau pour vous.

Vu le bien que la star a dit de son premier album, Piet lui remet les trois disques suivants.

Ah Ozark Henry, j’adore ! Vous savez que j’ai leurs deux premiers disques ! C’est vraiment le truc le plus incroyable que j’aie entendu ces dernières années. Merci beaucoup.

Comme il n’y a aucune photo de lui sur les pochettes, Bowie croit parler à quelqu’un de sa maison de disques, non pas à l’artiste. Compliment d’autant plus flatteur pour un Ozark à présent certain de la sincérité de son idole.

 

Bonus : la photo référence à l'album de David Bowie que nous avons réalisée en 2013

OZARK BOWIE