La Story in Belgium (39) : Claude Barzotti

par Brice Depasse

BARZOTTILa séquence antenne en podcast :

 

En Italie, il y a une coutume selon laquelle si à la naissance d’un enfant, on accroche le cordon ombilical sur un buisson d’épines, il aura une voix en or et chantera à la Scala de Milan ou à l’Olympia.

Et c’est ce que fait Antonio Barzotti le 23 juillet 1953. Il vient d’avoir un fils qu’il a prénommé Francesco et le verrait bien devenir un grand chanteur. Et vu que deux ans plus tard, il retourne à Villarosa au centre de la Sicile, ce sera probablement la Scala.

Mais il n’y a pas que l’opéra en Italie, on y chante aussi et surtout la canzune, la tarentella, la chanson populaire que dans sa famille, sa mère Anna et son frère Marino ne ratent jamais une occasion de pousser. Pour son sixième anniversaire, il reçoit d’ailleurs un accordéon de la part de toute sa famille.

Du piano à bretelle au piano à queue, il n’y a qu’un pas que Francesco franchit après des cours de solfège, avant de chanter dans les bals. Le voilà parti sur la voie tracée depuis sa naissance.

De retour en Belgique à l’âge de 18 ans, il publie un premier 45 tours sous le nom de Franco Angeli et sur un petit label. Heureusement, les chansons qu’il écrit depuis des années séduisent le patron de Vogue Belgique, Roger Meylemans qui le signe.

Mais les 45 tours qu’il sort sous le nom de Claude Barzotti ne se vendent guère et certainement pas assez pour faire vivre un homme. Pour nouer les deux bouts, Claude est mécanicien de vélos à Bruxelles, près de la gare du midi, il a lors 20 ans.

Un midi, son patron l’emmène boire un verre au Café du Métropole, célèbre pour sa terrasse et ses people. C’est là que la foudre lui tombe dessus, incarnée par une femme de 40-45 ans, incroyablement classe et diablement sexy. Tellement belle et intouchable que Claude n’ose pas l’aborder. Cette séance de torture n’est toutefois pas perdue puisqu’elle lui inspirera une chanson qui sort deux ans plus tard sans trouver d’écho (Madame).

Au fil des 45 tours qui sortent chez Vogue, Claude finit par y entrer comme représentant tout d’abord puis comme directeur artistique. Meylemans, le patron, est un personnage pittoresque. Brusseleer grande gueule, il s’en sert pour invectiver son personnel qu’il adore. De sa grande voix, il s’arrête souvent devant le bureau de Claude pour lui dire : Finalement, ton seul défaut, c’est d’être un rital.

A l’époque, c’est loin d’être un compliment, c’est une insulte. Mais dans la bouche de Meylemans, c’est affectueux et inspire une chanson qui sera son plus gros succès. Mais pas chez Vogue, non. Ce sera une autre firme française qui après avoir sorti une nouvelle version de Madame rencontrant un énorme succès en 1983, publiera Le Rital qui restera six mois dans le Top 50 transformant la chanson en véritable hymne de la diaspora italienne.