La Story in Belgium (42) : Wallace collection (2)

par Brice Depasse

WALLACE COLLECTION 1Le podcast de la séquence :

 

Nous avions laissé les membres de 16th Century, jeune groupe belge, au moment où leur manager Jean Martin les avait, au culot, fait signer chez EMI Londres.

Le 6 juillet 1969, les six musiciens débarquent à Londres pour enregistrer leur album dans ces studios déjà mythiques car les Beatles y ont enregistré tous leurs disques depuis leurs débuts.

L’un d’eux envoie une carte postale à sa famille pour faire part de son émerveillement : Figurez-vous que les Beatles ne peuvent pas enregistrer leur prochain disque chez EMI parce que nous y sommes pour l’instant.

Nous mettrons cela sur le compte d’une mauvaise compréhension de l’anglais car les Beatles sont à ce moment occupés pour la première fois à enregistrer un album en dehors des studios devant des caméras. Mais il faudra attendre plus d’un an avant que Let it be ne sorte.

Cela dit, leur présence est véritablement un événement dans la maison car le label manager qui les a signés a prévenu tout le monde que ce groupe étranger allait casser la baraque. Pour ce premier jour d’enregistrement, Sylvain VanHolme, le leader de Wallace Collection (ils ont en effet changé de nom en passant devant le célèbre musée londonien) se rend aux toilettes. Il pose sa guitare sur le mur fraîchement repeint à la mode psychédélique puis … ben euh, vous devinez ce qu’il fait et vous voudriez me le faire dire vilains dégoûtants que vous êtes. Et là, comme au cinéma, il est rejoint dans son occupation par l’inévitable casse-pied qui arrive juste mal pour vous casser votre concentration. Le genre deux mètres dans tous les sens avec des lunettes énormes, du genre les plus célèbres du rock anglais. Et oui, Sylvain fait pipi à côté d’Hank Marvin, le leader des Shadows, son idole.

C’est à vous la guitare ? Elle est vraiment spéciale. Dites, je ne pourrais pas vous l’emprunter quelques instants ? Je suis venu faire quelques photos et la guitare qu’on me propose n’est vraiment pas terrible. Merci.

Une heure plus tard, on lui rapporte sa guitare.

Et dire qu’il y a une photo dans un magazine ou une pochette de disque des shadows avec ma guitare !

Quant à la session de studio, elle est extraordinaire : ils jouent sur le piano dont McCartney s’est servi quelques semaines plus tôt pour enregistrer Ob-la-di Ob-la-da, ils découvrent un clavecin électrique, le mellotron, l’ancêtre des synthés, les techniciens font sonner leurs instruments de façon si phénoménale qu’ils ont l’impression de l’entendre pour la première fois. A chaque instant les musiciens de Wallace Collection se disent que décidément, ils vivent les meilleurs moments de leur existence.

Ces trois semaines à Londres passent entre le studio et l’hôtel, sans voir de monde, sans faire la fête ni quasiment voir de monde. La seule femme qui a été admise est la maman de Jacques Namotte, le violoncelliste. Elle a promis de ne pas déranger aussi tricote-t-elle derrière un paravant.

Il y aura bien sûr d’autres rencontres. Notamment Nick Mason de Pink Floyd qui enregistre seul, des parties de percussions dans un autre studio et surtout … vous devinez qui.

Trois mois plus tard, les Wallace Collection tournent un clip en extérieur. Ils remarquent qu’y a beaucoup de filles sur le trottoir devant le studio EMI quand une voiture s’arrête sur le parking. Et qui voilà : Paul McCartney et John Lennon qui en sortent en courant et se précipitent vers le studio. John Lennon s’arrête cependant devant eux, regarde la pochette de leur 33 tours qu’ils tiennent en main et leur adresse un « Hello » avant de fuir les fans.

Bonus : un enregistrement live à la télévision française, en 1969 :