La Fin de Pink Floyd

par Brice Depasse

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Le succès et la célébrité ont eu raison de Pink Floyd. Ainsi s'exprimait Roger Waters lors du show télévisé d'Howard Stern, il y a quelque temps.



En 1973, avec Dark side of the moon, c'était la première fois que nous faisions vraiment des bénéfices. Nous étions alors très généreux avec les autres. Mais une fois que vous avez mis le pied dans le succès, vous devenez une marque condamnée à réussir toujours plus.

Oui, même si en 1973, Pink Floyd a déjà sorti beaucoup d'albums, même si depuis ses débuts, en 1967, ils sont devenus immédiatement célèbres, Dark side of the moon est l'album qui fait d'eux des stars mondiales. Chacun apporte sa contribution aux chansons, aux titres qui figurent sur leurs disques. Pourtant cela n'a pas toujours été le cas. Au milieu des années 60, Pink Floyd est le groupe d'un seul homme, immédiatement reconnu comme un génie du swinging London, Syd Barrett. Il signe ainsi tous les titres du premier album considéré comme le fer de lance du psychédélique, alors qu'il sort en même temps que le Sgt Pepper des Beatles, Pink Floyd EST Syd Barrett.

Mais Barrett est, permettez-moi ce jeu de mots, barré. A une époque où la présence de la drogue explose, dopant la créativité des Beatles et des Rolling Stones, elle cause aussi leur perte. Comme John Lennon et Brian Jones, Syd Barrett n'est plus que l'ombre de lui-même. En quelques mois, il est devenu ingérable, jouant la même note sur scène pendant une demi-heure et encore quand il répond présent.

Pourtant, aussi improbable que cela puisse paraître, les trois autres membres virent leur leader, engagent un nouveau guitariste, Dave Gilmour et se mettent à composer de la musique et écrire des chansons. Cinq ans plus tard, ces titres font maintenant le tour du monde. Pourtant, disque après disque, Roger Waters s'impose comme l'unique auteur des textes. En 1979, lorsqu'il a l'idée d'un opéra rock, les trois autres lui donnent leur feu vert. Unique auteur et compositeur, Waters se retrouve donc incarner le plus grand succès de Pink Floyd.

Et comme le héros de son histoire, sa propre histoire, il pète un câble. Il va même jusqu'à virer Rick Wright, le claviériste du Floyd, qui sera désormais payé à la pige quand on aura besoin de lui.

Et ce qui devait arriver arrive. Alors que le Floyd est devenu le plus grand groupe des années 80, The final cut, leur nouvel album fait un flop retentissant.

Waters a beau avoir recouru à des effets sonores révolutionnaires et proposer dans ce disque la signification de The Wall, il a oublié le principal. Il ne voit plus que le Pink Floyd de Dark side of the moon, était un groupe. Et dans un groupe, le son, ce n'est pas le bassiste ni le chanteur mais bien le claviériste et le guitariste qui le font.

Cet échec est un électrochoc. Chacun part sur un projet solo et, en 1985, Roger Waters annonce que Pink Floyd ne se reformera plus jamais. Pink Floyd sans lui, c'est impensable se dit-il. Mais quand il comprend que Gilmour et Mason projettent de continuer, il demande aux tribunaux de le leur interdire, ce qu'il n'obtiendra pas.

Même si Pink Floyd à trois a vendu des millions de disques et fait des tournées phénoménales, 1985 marque bien la fin d'une époque, celle d'un moment de grâce, d'une alchimie créée par quatre hommes qui ont finalement réussi à travailler et à se partager une montagne d'argent pendant une dizaine d'années, ce qui n'est déjà pas si mal.