La Story Pretenders

par Brice Depasse

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En 1980, nous découvrons à la télévision une délicieuse serveuse à la voix très sexy dans une chanson imparable. Et du coup, grâce à ce petit bout de film de trois minutes, une trouvaille qu’on appelle vidéoclip, tout le monde s’éprend de ce 45 tours des Pretenders.

 

On y voit dans un quartier paumé d’une ville anglaise débouler une belle grosse voiture américaine. Trois beaux jeunes mecs fringués vintage made in USA en sortent pour entrer dans la cafetaria tenue par la belle. Jolie métaphore puisque Chryssie Hynde est américaine et ses trois comparses musiciens anglais.

 

Chryssie est née dans l’Ohio à Akron. Le bled, quoi. Maman est secrétaire à mi-temps et papa directeur dans un annuaire de pages jaunes. Même si l’Ohio n’est pas, comme je viens de vous le dire, le plus sexy des états américains, Akron est une grande ville de 200.000 habitants avec une grande école que Chryssie fréquente. Mais on ne la voit pas beaucoup dans les auditoires ni aux soirées estudiantines du samedi soir. Elle ne sort pas avec les mecs du bahut car elle rêve plutôt de ceux qui jouent dans du rock’n’roll comme Brian Jones des Stones ou encore Iggy Pop.

 

Entrée à l’université mais toujours dans l’Ohio, elle joue dans son premier groupe avec, pour l’anecdote, un certain Mark Mothersbaugh qui quelques années plus tard formera Devo.

 

Chryssie est tellement branchée rock qu’elle lit chaque semaine le célèbre journal musical anglais the New Musical Express. Elle rêve tellement d’Angleterre qu’elle décide de franchir l’Atlantique.

 

La voilà à 22 ans, en 1973, à Londres où elle travaille dans un cabinet d’architecte. Mais le job ne lui plaît guère. Ayant rencontré Nick Kent (et plus car affinité) un journaliste rock, elle réussit à rentrer au NME.

 

Là encore, ça ne dure pas. Aussi se retrouve-t-elle à travailler dans des boutiques de fringues. Mais pas n’importe lesquelles puisqu’il s’agit de celles de deux stylistes dont on va beaucoup parler et pour cause, ils seront les nippeurs des punks : Vivian Westwood et Malcolm McLaren, Mr Sex Psitols.

 

C’est ainsi que Chryssie Hynde demandera à Sid Vicuous puis à Johnny Rotten de conclure avec elle un mariage bidon pour qu’elle puisse rester en Angleterre. Ayant essuyé un refus, Chryssie franchit la Manche et se retrouve à Paris où franchement, la scène musicale rock pour loin d’être excitante manque encore de reconnaissance des médias. A part une soirée à l’Olympia en remplacement d’un autre musicien, pas grand-chose à dire de ce séjour si ce n’est qu’il prend fin faute de permis de travail avec retour aux Etats-Unis.

 

Un comeback plein d’amertume, Chryssie n’a pas réussi à réaliser son rêve : former un groupe et vivre ses rêves. Le chemin est encore long mais, vous allez le voir, les brunes ne comptent pas pour des prunes, elles ont de la suite dans les idées.

 

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Nous avions abandonné la pauvre Chryssie Hynde de retour aux Etats-Unis de son séjour avorté en Angleterre, en 1975. Mais comme je vous l’ai dit, la belle a de la suite dans les idées. Elle rêve toujours de vivre dans ce pays qui est la patrie du rock’n’roll depuis l’avènement des Beatles. De plus, il est en train de se passer quelque chose d’important en Europe qu’on appelle New Wave ou encore punk.

La voilà donc de retour à Paris un an plus tard, là où son premier voyage avait pris fin, pour jouer dans un groupe : The Frenchies. Mais quelques semaines plus tard, elle a déjà rejoint Londres où elle tente sans succès de rejoindre un groupe avec Jon Moss, futur Culture Club, puis un autre avec Mick Jones futur Clash.

Que du beau monde : la capitale britannique est en pleine ébullition. Et de ce chaudron vont bientôt jaillir ceux qui seront les nouvelles stars. En attendant, Chryssie accumule les déconvenues. Ayant retrouvé Malcolm McLaren et son magasin de fringues, celui-ci la branche sur un nouveau groupe punk qui se nomme Masters of the blackside. Ces maîtres du côté obscur vont malheureusement la virer, juste avant de changer de nom et de s’appeler les Damned. La voilà ensuite dans les Moors Murderers mais là, à nouveau, la voilà dehors, jetée par le leader Steve Strange qui dans quelque temps rebaptisera son groupe Visage.

Mais même si Chryssie en finit par se considérer comme la looser idéale, elle profite toutefois de ces petits bouts de vie où elle a enfin l’occasion de monter sur scène avec un groupe, d’être sur la route avec des musiciens, tout ce dont elle a rêvé depuis son enfance, loin de là, au milieu des Etats-Unis. Mais elle n’est qu’une femme dans le monde macho des musiciens rock’n’roll pas prêts à accepter une femme comme leur égal.

En 1978, elle enregistre une cassette demo qu’elle remet à Dave Hill, patron d’un label de disques. Et enfin, voilà un homme qui flashe et voit en elle une future star du rock.

Bon, ne rêvons pas, en 1978 Blondie fait un malheur avec Denis et son second album, Kate Bush explose en Angleterre avec son Wuthering heights. Le showbiz rock se réveille tout-à-coup. Et oui, les femmes peuvent aussi rapporter de l’argent dans le rock !

Aussi lui finance-t-il une nouvelle session studio avec deux musiciens dont, c’est amusant, Phil Taylor, le batteur de Mötörhead.

Le résultat est tellement probant que Dave Hill lui conseille de monter un groupe autour d’elle. Chryssie recrute donc trois musiciens : Gerry McIlduff, James Honeymùan-Scott et Pete Farndon qui va devenir son petit ami.

Il leur faut un nom que Chryssie trouve, les Pretenders en référence à la chanson des Platters.

Un premier single, reprise des Kinks, puis un second sont très bien accueillis par la critique courant 1979. Au troisième, on voit le jeu disent les joueurs de cartes. Début, 1980, les Pretenders sont N°1.

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Sorti en décembre 1979, le premier album des Pretenders est un succès commercial et critique. Et loin de se démoder, il est considéré par le public comme un des meilleurs albums de tous les temps comme dans le célèbre classement du Rolling Stone magazine ou de la télévision musicale VH1.

Le deuxième album sort en août 1981 avec comme titre un tout simple Pretenders 2.

Comme toujours, on attend au tournant les nouvelles stars. Si elles ne font pas mieux ou aussi bien que le premier, bonjour le placard.

Pour le coup, les Pretenders font mieux puisqu’ils alignent pas moins de trois histsingles, démontrant qu’il va falloir compter avec eux.

On sait le culte que l’Américaine Chryssie Hynde voue au groupe anglais The Kinks. Elle avait déjà fait une reprise sur le premier album mais aussi premier single, elle nous en offre un deuxième qui cette fois décroche la timbale : I go to sleep

Si je vous dis que cette passion l’a conduite dans les bras de Ray Davies, le leader des Kinks et qu’elle partage sa vie depuis un an, vous comprenez mieux. Une petite fille, Natalie naîtra même en 1983. Voilà pourquoi les Pretenders jouent également en concert le Really got me des Kinks. Ca fait tout de suite trois titres à leur répertoire. Mais vous connaissez le proverbe : quand on aime … on ne compte pas.

Bref, pour en revenir à l’album Pretenders II, il marche tellement bien que six 45 tours vont en être issus.

Que pourrait-il bien arriver aux Pretenders ?

Ben ce qui arrive à tous les groupes, tôt ou tard : se séparer.

Dans le cas présent, c’est la drogue qui va se charger du gros du travail. Ca va mal entre Peter Farndon et le reste du groupe. Motif : il se bourre tellement le pif de cocaïne qu’il en est ingérable y compris sur scène et en studio tant il s’affaiblit. En juin 1982, deux mois après la fin de la tournée mondiale, comme autrefois les Rolling Stones avec Brian Jones, trois Pretenders viennent rendre visite au quatrième pour lui dire que l’aventure s’arrête là pour lui.

Malheureusement, James Honeyman-Scott, le guitariste des Pretenders, lui qui a fait le son du groupe, décède deux jours plus tard dans son sommeil d’une attaque cardiaque faisant suite à une prise de cocaïne. Les Pretenders ne sont plus maintenant que deux, décimés par la poudre blanche au sommet de leur gloire. La question est : vont-ils survivre à ce terrible coup.

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En juin 1982, les Pretenders, jeune groupe star du rock’n’roll a vu ses effectifs se réduire de cinquante pourcent. En 48 heures, une mort brutale et un C4, tous deux causées par la cocaïne ont privé Chrissie Hynde et Martin Chambers de leur guitariste et de leur bassiste.

Mais la belle Américaine, si vous me permettez l’expression, ne s’est pas décarcassée pendant toutes ces années de galère pour que son rêve, une fois réalisé, ne s’envole en fumée au bout de deux albums. Aussi le mois suivant enregistre-t-elle avec le guitariste du groupe Rockpile et le bassiste de Big Country un nouveau 45 tours dans lequel le public retrouve avec bonheur le son si spécifique des Pretenders.

Le tout est mis en boîte très rapidement, en live, et dédié à la mémoire de leur guitariste Jeff Honeyman-Scott pour qui Chrissie a écrit la chanson.

Back in the chain gang, leur plus grand succès aux Etats-Unis tombe dans l’oreille du réalisateur Martin Scorcese. Grand fan de rock, il va l’utiliser pour le prochain et excellent film qu’il va tourner, La valse des pantins, avec Robert de Niro et Jerry Lewis.

Le film qui sort en février 1983 reçoit d’excellentes critiques, et pour cause, les deux acteurs sont exceptionnels. Pourtant, il subit un échec commercial cuisant. Et comme s’il y avait une malédiction Pretenders, John Farndon qui avait été viré l’an dernier finit par mourir de son addiction à la cocaïne deux mois plus tard.

Quant à la vie privée, malgré la naissance d’une petite fille, ça ne va pas fort entre Chrissie Hynde et son compagnon Ray Davies. La fin du couple est imminente.

Et pourtant Chrissie tient bon : les Pretenders vivront.

Elle s’est trouvée un nouveau bassiste et guitariste et en novembre sort avec eux un premier 45 tours.

C’est bon signe : ça veut dire qu’un album est dans la boîte. Nous voyons ainsi arriver en janvier suivant un troisième album des Pretenders qui reprend le très beau Back in the chain gang et contient un autre superbe tube, 2000 miles qui a été le tube de la fin de l’année 1983 en Angleterre.

1984 va-t-il être l’année de l’éclaircie pour Chrissie Hynde ? 

Il faut le croire. Ses Pretenders sont de nouveau sur pieds malgré l’adversité. Et puis, elle a rencontré un homme charmant. Oh, tout le monde connaît son nom en Grande-Bretagne et bientôt aux Etats-Unis. Il se nomme Jim Kerr et est le leader d’un des groupes charismatiques de la New Wave : Simple Minds. Ces deux-là ne sont pas éloignés de 2.000 miles comme dans sa chanson, non, ils se marieraient que ça ne m’étonnerait pas.

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Les cloches ont retenti. Chrissie Hynde des Pretenders et Jim Kerr des Simple Minds se sont mariés.

Un couple formé par deux stars de la musique, ça ne passe évidemment pas inaperçu dans les colonnes des journaux et des magazines. Les deux artistes sont au sommet de leur gloire. En 1985, Jim Kerr qui est N°1 aux Etats-Unis avec Don't you forget about me, est bien sûr à l’affiche du Live Aid, jouant à Philadelphie à la meilleure des heures qui soient 14 heures sur la Côte Est et 20 heures chez nous. Mais qui joue juste après Simple Minds ? Les Pretenders, comme par hasard !

C’est à ce moment particulier que tout va basculer définitivement pour les Pretenders.

Après l’enregistrement du premier morceau pour le prochain album, Chrissie trouve que son batteur Martin Chambers, seul membre survivant du groupe original avec elle, joue de plus en plus mal.

Elle le vire !

Du coup, Malcolm Foster, le nouveau guitariste se barre. Du moment que son copain Chambers n’est plus dans le band, plus rien ne l’attache aux Pretenders. Voilà donc le groupe de Chrissie Hynde à nouveau réduit à deux. Sauf que cette fois, en pleine session d’enregistrement, cela est très gênant.

Pourtant, cela ne semble pas poser de problème : on engage des musiciens de studio, et pas n’importe lesquels. Ainsi le célèbre Carlos Alomar, ombre de David Bowie ou encore Chucho Merchan des Eurythmics.

C’en est fini des Pretenders en tant que groupe comme le prouve la pochette du 33 tours Get Close représentant une Chrissie Hynde hilare, en pleine page, juste en dessous du logo Pretenders.

Le message est clair : le groupe maintenant, c’est elle.

Les musiciens vont désormais aller et venir sans que cela ne pose problème. Finalement tant que la voix reste la même et que la qualité des chansons s’y retrouve, c’est le principal, gardons le nom des Pretenders.

Don’t get me wrong est un tube que John Barry reprend deux titres du nouvel album pour la bande sonore de Tuer n’est pas jouer, le dernier James Bond.

A partir de là, Chrissie louera les services de musiciens de studios ou reprendra d’anciens membres du groupe pour les albums des Pretenders.

Elle divorcera de Jim Kerr qui lui laisse une seconde fille avant de se remarier et de redivorcer.

Si les tubes seront moins présents dans sa carrière, la reconnaissance du métier vaudra encore aux Pretenders de figurer au générique de nombreux films comme le blockbuster Proposition indécente.

Côté vie privée, la pratique du boudhisme et du végétarisme a ramené souvent Chrissie Hynde sur la scène médiatique notamment son engagement aux côtés de Paul McCartney pour la défense des droits des animaux.

Elle a ouvert son propre restaurant végétarien en 2007 dans sa ville natale d’Akron où elle a aujourd’hui sa résidence secondaire.

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