La Story Queen

par Brice Depasse

bohemianrhapsody

Depuis qu’ils enregistrent ensemble, les membres de Queen apportent chacun leurs chansons. Surtout que Freddie a imposé la règle que celui qui a écrit les paroles signe toute la chanson.

En 1975, ils sont tous d’accord pour dire que ce que Freddie est en train de leur faire enregistrer par petits bouts, c’est son truc à lui. Cela fait des années qu’il a ce morceau à tiroir dans la tête Freddie. Il y en a six en fait. Et lorsqu’ils sont assemblés, il ne fait plus aucun doute que Queen tient son titre phare, comme le Stairway to Heaven de Led Zeppelin.

Mais voilà, il dure 5’55’’.

Pas question de sortir ça en 45 tours, disent EMI et Electra, les firmes de disques qui distribuent Queen en Europe et en Amérique. C’est trop long, les radios ne diffuseront jamais.

Mercury, qui croit ferme en son œuvre, décide de s’en mêler personnellement. Lui qui bientôt ne donnera plus aucune interview à la presse se rend chez Kenny Everett de Capital Radio avec un test pressing. Il lui fait écouter. « Ecoute, je te le laisse mais tu le ne diffuses pas à la radio hein ! »

« Non, promis ».

Il le diffuse 14 fois en deux jours, provoquant une ruée d’auditeurs chez les disquaires qui aussitôt mettent la pression sur la maison de disques pour sortir le 45 tours. Résultat des courses, EMI cède et vend un million d’exemplaires en deux mois, rien qu’en Angleterre. Et le plus fort, c’est que le même cinéma se reproduit en Amérique où Paul Drew de RKO, qui a entendu la chanson sur Capital Radio à Londres s’est procuré une copie sur bandes et la diffuse sur toutes les stations du réseau.

Un million d’exemplaires se vendent également en Amérique.

En 1976, Bohemian Rhapsody se classe premier partout, sauf en France où il faudra attendre We are the champions pour que les choses bougent enfin pour Queen chez madame Marianne.

rockyou

Ce concert clôturait une tournée qui a vu Queen triompher aux Etats-Unis et au Canada. Tous les tickets pour Madison Square Garden à New York ont été vendus à l’ouverture de la location.

Quant à l’Europe, ils ne sortent quasiment pas de la Grande Bretagne, 7 soirs dans seulement 5 pays germaniques et scandinaves. Pas le temps d’en faire plus. Pour satisfaire la demande, on a choisi des salles plus grandes comme Earls Court à Londres où la salle de 20.000 personnes sera remplie deux jours consécutifs. Les fans ont la vidéo de la captation filmée.

Quelques jours après ces dates, Queen est déjà en studio pour enregistrer l’album. Vous vous doutez qu’à une cadence pareille, il n’y pas eu de retraite pour écrire de nouvelles chansons. Elles ont été en tournées parfois beaucoup plus tôt comme Sheer Heart Attack qui date de l’album du même nom sorti en 1974 ou encore We are the champions qui, lui, a été composé en 1975. Quelle bonne idée ces gars ont-ils eu de ne pas laisser cette chanson dans un tiroir et de l’avoir enregistrée parce que le temps manquait pour écrire du nouveau matériel.

Une carrière tient vraiment à très peu puisque ce We are the champions va valoir à Queen un quadruple single de platine rien qu’aux Etats-Unis. Célèbre 45 tours dont la seconde face est We will rock you avec en pochette la tête de robot devenue légendaire.

Ce dessin vient d’une couverture de revue de science-fiction des années cinquante qui fut une lecture de Roger Taylor, le batteur de Queen. Le plus fou dans l’histoire, c’est que l’illustrateur original, au lieu de céder son dessin va en refaire un autre spécialement pour Queen.

Un enthousiasme qui a été récompensé puisque son illustration a été imprimée à des dizaines de millions d’exemplaires, album et singles confondus.

QueenGreatestHits

Avec ses albums A night at the opera et A day at the races, Queen est devenu une référence mondiale de la pop et du rock, un groupe qui mélange avec un culot monstre tous les genres de la musique populaire y compris les plus kitsch.

Sur scène on assiste à une débauche de lumières et de tenues vestimentaires arborées par la diva Mercury qui galvanise chaque soir des milliers de personnes à travers le monde.

Comme toujours avec des artistes au sommet de leur art, Queen parvient malgré les tournées incessantes et les nuits blanches, à maintenir le niveau exceptionnel de ses disques.

En 1977, les membres de Queen publient ainsi ce qui restera leur meilleur album, News of the world et qui débute par le duo légendaire We are the champions et We will rock you.

Freddie est devenu l’incarnation de la jeunesse en Europe et aux Etats-Unis. Les salles ne désemplissent pas, les tournées n’en finissent plus. L’album Jazz qui sort en 1978 comporte également deux grands hits Bicycle race et Don’t stop me now, on peut véritablement parler de folie Queen.

La décennie s’achève déjà. Nous sommes en 1979, la musique change, les grands groupes se sont tous séparés ou en panne si on excepte les Rolling Stones. Qui survivra à 1980. Queen peut-être ?

En tout cas, Freddie a changé de look de façon spectaculaire. Il porte aujourd’hui la moustache et les cheveux courts en chantant Crazy little thing called love, un titre joyeusement rockabilly.

Et puis, et puis, grosse surprise qui nous montre d’où viendra le vent. Après l’énorme parenthèse Flash, musique d’un film de série B dont ne retiendra que le 45 tours, Queen nous fait le coup de revenir là où on ne l’attendait pas.

Ce titre funk sur lequel la rythmique de Queen sonne encore plus fort que des Michael Jackson et Earth, Wind & Fire ouvre une voie royale à l’album The Game. Les années 80 commencent et drôlement bien.

La popularité de Queen est si grande que le Greatest hits prend des allures de blockbuster jamais vu. L’album va ainsi rester 6 ans dans le Top 100 anglais qui n’est autre que le plus grand marché du disque européen.

Le duo totalement inattendu que le groupe enregistre avec David Bowie, seule sortie originale pour Queen en 1981, est un triomphe, N°1 planétaire. Ce disque accidentel, résultat de quelques prises de son non terminées (pour les collectionneurs, il y eut en fait deux chansons) à Montreux culmine au sommet malgré la colère de Bowie.

Une fâcherie qui s’estompera avec le temps et l’entrée au panthéon de cet Under pressure.

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1983. Des rumeurs courrent à propos de la séparation de Queen. Hot space, leur précédent album, a été un échec cuisant. Décidés à capitaliser sur le gigantesque succès d'Another one bites the dust, le groupe de Freddie Mercury a joué la carte funky à fond sur une grande majorité des titres du disque. Résultat un public hard rock dérouté qui ne suit plus ni le chemin des disquaires ni celui des concerts. La désertion des salles est telle que Queen a décidé de ne plus tourner aux USA et de changer de firme de disque. Mais la fin de Queen n'est pas pour autant d'actualité malgré la publication d'un mini LP de blues par Brian May et Eddie Van Halen.

1984 voit donc la sortie d'un nouvel album de Queen que tous les fans espèrent voir revenir au rock des années 70. Les espoirs entretenus par un premier 45 tours, One vision, vont être déçus. The Works est en effet l'album le plus grand public que Queen ait jamais enregistré. Radio Gaga est et demeure l'archétype du single roi des années 80 avec sa vidéo coûteuse, référentielle et spectaculaire. C'est Roger Taylor, le batteur de Queen et chéri de ces dames qui a eu l'idée de cette chanson critique des radios commerciales et de MTV qui diffusent sans cesse les même titres.

Même son fils de trois ans regarde MTV, d'où l'idée du titre Radio Gaga.

Roger Taylor a composé la chanson sur un synthétiseur dans sa chambre d'hotel à Los Angeles pour son deuxième album solo. Mais lorsque John Deacon et Freddie Mercury l'entendent ils se disent que ça, c'est un tube pour Queen. Deacon va donc pondre une ligne de basse et Freddie Mercury les textes. Grâce à ce disque nappé de synthé Queen renoue avec le succès et sort de deux années de traversée du désert commercial. Mais on est définitivement très loin de Bohemian Rhapsody et We are the champions.

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Le 13 juillet 1985 alors que l’album solo de Freddie Mercury alimente la rumeur quelque peu fondée de fin de règne, Queen fait une prestation éblouissante lors du plus grand concert télévisé de l’histoire, le Live Aid. Vingt minutes d’anthologie durant lesquelles du piano au micro Freddie Mercury explose et met tout le monde d’accord, y compris le groupe : il faut continuer, il y a encore des choses à dire et à faire !

On attend donc beaucoup du disque suivant qui sera contre toute attente la musique d’un film réussi celui-ci à la différence de Flash Gordon, puisqu’il s’agit d’Highlander. La BO avec les chansons de Queen sort quelque temps plus tard en album, avec les titres refusés pour le film. Si le succès est important en Europe pour cet album, ce ne sera pas le cas aux USA et la déception des fans est certaine. On est en effet très loin des promesses de Freddie Mercury lors des interviews qui avaient suivi le Live Aid.

Mais la machine tourne, le Magic Tour draine la toute grande foule. Nouveau record de 325.000 payantes à Rio et deux stades à Wembley plus une troisième soirée sold-out à Knebworth: 125.000 tickets vendus en l’espace de deux heures. Bonheur pour ceux qui y étaient à Knebworth puisque ce sera le tout dernier concert de Queen avec Freddie Mercury.