Les N°1 de Noël : Dreadlock holiday (10cc)

par Brice Depasse

10cc dreadlock

Le départ de Godley et Creme de 10cc en 1976 signifie-t-il la fin de l’aventure ? C’est en tout cas un coup terrible pour les deux membres restants. Si Gouldman a prouvé depuis les années soixante qu’il est un des plus grands compositeurs de la Grande-Bretagne, c’est quand même Godley et Creme qui ont le plus innové en studio. C’est à eux qu’on doit notamment cette trouvaille sonore sur I’m not in love. Stewart est meurtri par ce départ. Comment peut-on quitter une si belle machine au début d’un tel triomphe, encore tout auréolé d’un des plus grands tubes de l’été que le monde ait jamais entendu ? Ils se font un peu la gueule, ce qui est loin d’être pratique car en plus Lol Creme est son beau-frère.

Alors on continue à 5cc ? ironise-t-il à son comparse ou on change de nom ?

Non, on continue parce que NOUS sommes 10cc.

Stewart et Gouldman ont l’avantage d’avoir chanté de nombreux tubes de 10cc dont le fameux I’m not in love. Ils conviennent donc de jouer tous les instruments sauf la batterie et de faire toutes les voix sur un album auxquels ils oeuvrent aussitôt.

Et ils mettent dans le mille : tant l’album que les deux 45 tours frappent le haut des hits parades européens, australiens et américains. C’est bien simple, le grand public que nous sommes ne s’est aperçu de rien à l’écoute de ce disque. Le pari est d’autant plus réussi que les deux compères recrutent trois autres musiciens et partent sur les routes pour la plus grande tournée jamais osée par 10cc.

Un triomphe !

1978 est marqué par un tube humoristique, comme toujours, mais vendu sous le soleil de la Jamaïque, il entraîne la planète sur les pistes de danse. Et ce, même s’il est fort critiqué par les fans de la première heure qui, disent-ils, n’y retrouvent plus leurs jeunes. Pourtant, même si le rythme est neuf, l’esprit y est. En fait de reggae, ce n’en est pas, plutôt une parodie façon calypso.

Et puis il y a le texte. Ca raconte l’histoire d’un touriste anglais qui fait une mauvaise rencontre en Jamaïque, un vilain rasta aux longs dreadlocks qui voudrait lui voler son bracelet en argent (un cadeau de sa mère !). Pour faire retomber la tension, ledit touriste lui dit dans le refrain qu’il adore le reggae et que les Anglais et les Jamaïcains ont en commun la passion du cricket.

Cela dit, ce que la chanson ne dit pas c’est que cette mésaventure est bien arrivée à Eric Stewart en compagnie de Justin Hayward, le chanteur des Moody Blues. Certes, ce n’était pas en Jamaïque, mais bon, Dreadlock holiday est N°1 en Belgique à la Noël 1978, une époque où on ne soupçonne pas un jour que nous pourrons y passer des vacances d’hiver sous le soleil des Caraïbes dans un cinq étoiles, à l’abri des mal intentionnés.