Les N°1 de Noël : Oxygene de Jean Michel Jarre

par Brice Depasse

jmjarreNoël 1977, un disque instrumental aux synthétiseurs est l’improbable N°1 du hit parade français. Ce 45 tours connaît exactement le même succès chez nous.

Si le disque a mis du temps pour fonctionner, trouver son public, notamment en devenant le générique d’une émission d’Europe 1, Basket, il a tout simplement failli ne pas exister.

Lorsque Jean-Michel Jarre commence à travailler sur cet instrument, il n’intéresse que des chercheurs. Fils du mondialement célèbre compositeur Maurice Jarre, Jean-Michel s’est intéressé durant les années 60 à la musique concrète comme Claude Rich dans les Tontons flingueurs. L’arrivée des synthétiseurs, c’est tout simplement la même démarche pour lui : faire de la musique avec de nouveaux sons.

Au début des années 70, il compose la musique d’une émission pour Michel Drucker avant de se diriger vers la musique de films, de spectacles (notamment pour l’hypnotiseur Dominique Webb) et bien sûr la chanson. On le retrouve notamment derrière Christophe pour Les paradis perdus, Françoise Hardy (Que vas-tu faire ?) ou encore Gérard Lenorman.

Il va même produire sa propre version de l’instrumental à succès Pop Corn sous le pseudonyme de Jamie Jefferson and The Pop Corn Orchestra. Vous le croyez ?

Voyant ce que font des Vangelis, Kraftwerk et même les Français de Space Art (Onyx), Jean-Michel entreprend d’enregistrer un album entièrement aux synthétiseurs. Ne trouvant personne pour le produire, il l'enregistre entièrement dans son appartement. Vu la place que prennent les synthétiseurs à l’époque, il s’agit d’une aventure épique et encombrante.

L’idée du disque, l’inspiration d’Oxygène lui est venue d’une toile de Michel Granger que lui offre sa future femme Charlotte Rampling. On y voit le globe terrestre pelé sur une partie de sa surface laissant apparaître un crâne humain.

Mais comme son disque est entièrement instrumental et composé de longues pièces, personne n’en veut. Certains sont même effrayés par le projet de pochette, la toile de Granger dont l’artiste a accepté l’utilisation. C’est finalement le petit label indépendant Motors qui édite Christophe qui accepte de le sortir. Son patron, Francis Dreyfus s’est en effet laissé convaincre par sa femme.

Bien lui en prend, il va en vendre 18 millions, faisant de ce disque le plus grand succès français de l’histoire du disque.

L’intuition féminine dira-t-on. Il faut dire que Jean-Michel a de ce point de vue toujours bien su s’entourer.