Maxi-Story : La naissance des Beatles

par Brice Depasse

the beatles autographs

 

Brice Depasse vous raconte comment les Beatles se sont rencontrés puis sont devenus le plus grand groupe de tous les temps.

1ère partie : Paul et John, adolescents de Liverpool

Nous sommes en 1951, dans une petite maison de la banlieue de Liverpool qui se visite aujourd’hui comme un musée. Jim McCartney et sa femme Mary tentent depuis des jours d’obtenir le calme le soir dans leur foyer. Car Paul et Jim, leurs deux garçons n’arrêtent pas de faire du chahut dans leur chambre en jouant aux espions. Ils s’inventent en effet de nouvelles histoires de Dick Barton, un feuilleton diffusé chaque soir sur la BBC.

Madame McCartney, qui est infirmière, interdit à ses enfants de rester éveillés tard : après 20 heures, au lit ! Mais Paul et Jim sont trop excités par ce feuilleton qui tient en haleine la jeunesse anglaise et dont on parle le lendemain dans la cour de récréation. Aussi Paul comble-t-il sa frustration en racontant sa propre version de l’histoire à son petit frère Jim pendant que leurs parents ont la chance de l’écouter. Cela a pour effet de faire monter l’adrénaline et de provoquer des cris et des batailles d’oreiller.

- Bon sang, Paul ! Si ce vacarme ne cesse pas, tu n’iras pas au football, samedi. Ton oncle Ron ira supporter les Toffees tout seul.

Jim McCartney a envie de faire plaisir à ses garçons. Ils ne lui donnent que des satisfactions, comme à l’école où leurs excellents résultats lui ont permis de les inscrire dans le meilleur établissement de la région. Mais comme sa femme refuse qu’ils soient debout le soir, il trouve donc le moyen pour qu’ils écoutent le feuilleton, au lit. Comment ? En reliant le poste de radio familial qui trône au milieu de la salle à manger à des écouteurs situés dans la chambre des enfants. A partir d’aujourd’hui et pour toujours Dick Barton, agent spécial, reprend du service pour de vrai grâce au cordon ombilical électrique que Papa, génial inventeur, a installé.

Quatre ans plus tard, le feuilleton n’est plus diffusé au grand dam des McCartney et de beaucoup d’Anglais mais les écouteurs sont toujours branchés.

- Et maintenant, chers auditeurs, Bill Halley and his comets.

Ce soir-là, le destin de Paul McCartney et de la musique populaire moderne bascule. Il est saisi par le rythme endiablé de cette formation qui joue un jazz comme jamais personne n’en avait entendu en Grande-Bretagne. Quelle voix ! Quel phrasé exceptionnel !

- Ecoute la guitare ! Ecoute le saxo ! Mon Dieu, que tout cela est entraînant !

Cela s’appelle rock’n’roll et cela débarque pour toujours dans la vie de Paul McCartney un soir de 1955.

MCCARTNEY 1956

 

- Jo-ohn. Jo-ohn !

- Oui, tante Mimie.

- Jo-ohn, viens dîner, tu vas encore manger froid.

- J’arrive.

On ne dérange pas un artiste occupé à accrocher un poster double page sur le mur de sa chambre, pas vrai ?

Je m’appelle John Winston Lennon. Si je suis sorti d’une grande école, c’est à grands coups de pied au derrière. Au grand désespoir d’ailleurs de mon adorable tante Mimie, la sœur de ma mère qui ne s’est, elle, jamais occupée de moi. Quant à mon père, qui est-ce ? Un homme qui a disparu sur un bateau.

John fait deux pas en arrière. Regardez-moi ça, si c’est pas la classe ! Si jamais Barbara Baker apprenait que tout ce qui me plaît en elle, ce sont ses initiales, c’est sûr qu’elle me larguerait… bah … après tout, une de perdue …

Cela fait maintenant 10 minutes que John s’oublie devant le poster de Brigitte Bardot, 10 minutes que son repas refroidit. Ce qui va lui valoir 10 autres minutes de réprimande.

- Tu ne feras jamais rien de ta vie.

- Ooh arrête, tante Mimie. Tu sais bien que je vais devenir une star de la chanson.

- John, pour la dernière fois, on ne souffle pas dans un harmonica à table.

Mon fidèle harmonica. Un cadeau que m’a fait l’oncle Georges peu de temps avant d’y passer. Y a pas à dire, c’est drôlement plus smart que l’accordéon. Tiens, après dîner, j’vais aller voir où traînent Yvan et Pete.

- Oooh et puis arrête de fumer, tu n’as même pas 17 ans et tu fumes déjà comme un homme.

Bon, ça commence à bien faire, je prends ma guitare et je me tire.

- Tante Mimie, j’y vais, hein.

- Où ça ?

- Je sais vers Penny Lanne.

- Là où habitent tous tes traînes savates de copains !

- Oh la la la …

La porte claque.

La guitare dans le dos, les mains dans les poches, la cigarette au coin du bec, John Lennon marche sur les trottoirs de Liverpool en direction du parc de l’orphelinat nommé Strawberry Fields. John a adopté la démarche chaloupée, l’air faussement décontracté de tous les ados fans d’Elvis Presley et de James Dean. Ce soir, il n’ira pas rendre visite à sa mère Julia, il va retrouver Pete Shotton, son meilleur pote avec qui il refait le monde quotidiennement.

- Il n’y a aucun avenir pour nous ici, tu comprends, Pete ? Le seul moyen de nous sortir de cette zone, c’est de former un groupe et d’enregistrer des disques. Regarde Elvis ! L’année dernière il était camioneur et aujourd’hui il vend des tonnes de disques, il passe à la télé et il fait du cinéma. Tu te rends compte ? Du cinéma !

- Tu crois que les acteurs couchent avec les actrices, John ?

- A ton avis ? Tu serais à la place, qu’est-ce que tu ferais, toi ?

LENNON SHOTTONJohn Lennon et Pette Shotton

 

 2ème partie

7ème partie

Automne 1961, le jeune Brian Epstein s’ennuie.

Il a remporté deux ans plus tôt le pari d’ouvrir à Liverpool un magasin exclusivement consacré aux disques. Les affaires tournent et de son propre aveu, la vie devient trop facile.

Son but n’était pas de devenir commerçant. Non, ce qu’il voulait devenir, c’était acteur. Mais bon, ça n’a pas marché : il est revenu au bercail et a repris la gestion d’un rayon du magasin d’électroménagers de papa et maman.

S’occupant de la vente des disques, il s’est fixé comme objectif d’avoir en stock au moins un exemplaire de chaque disque existant. Au magasin NEMS, on ne vous répondra jamais : « Je le commande, revenez dans une semaine » Non. Le disque est là, en rayon, et vous pouvez sortir instantanément du magasin avec l’objet de votre désir.

La formule fait ses preuves dans son nouveau magasin aux affaires florissantes. Mais quand deux jeunes filles viennent la même matinée réclamer un disque des Beatles, Brian est pour la première fois obligé de répondre : « Non. Mais je vais me renseigner. »

  Les Beatles …, non, ils ne sont dans aucun catalogue.

Le nom lui dit toutefois quelque chose. Il l’a vu écrit sur une affiche de fête d’étudiants. Ca l’a frappé d’autant plus qu’il y avait une faute d’orthographe dans leur nom. Beatles, ça s’écrit avec deux « e » et pas « ea ».

Les Beatles ? Mais ce sont les meilleurs, Brian ! Ils jouent tous les jours au Cavern Club.

Le Cavern Club, c’est un entrepôt souterrain situé dans Matthew Street transformé en salle de concert. On y joue du jazz depuis les années cinquante mais le tenancier, qui est aussi comptable dans la vie, complète sa programmation en y faisant jouer des groupes de Beat.

Le Beat, c’est la musique des jeunes sauvages de Liverpool, un mélange de rock’n’roll et de folk local.

Pour Brian Epstein, entrer dans cette cave sombre et surpeuplée pour assister à un concert de Beat, relève de l’exploit. Lui qui n’a jusqu’à présent fréquenté que des théâtres et des salles d’opéra.

Mais pour une raison qu’il ignore, il y va !

Nous sommes le 9 novembre 1961. Il est midi. Brian descend les escaliers du Cavern Club. Il est rempli de jeunes gens dont certains vêtus de cuir. On vérifie les cartes de membre sur le palier inférieur. Brian a prévenu de sa visite, de peur de se faire refouler par des gorilles. Quel n’est pas son étonnement de constater que son nom est connu. On lui désigne un tunnel, il découvre que le Cavern est un labyrinthe moite et tiède.


Ca sent la soupe et la bière dans cette cave humide et sombre où se massent 200 jeunes gens.

« Ca y est, voilà les Beatles » crie une fille.

La foule se presse devant une minuscule scène sur laquelle montent 4 blousons noirs, l’instrument dans une main, une bouteille de bière dans l’autre.

Brian Epstein se fraye un chemin au milieu de ces agités jusqu’à ce qu’il voie enfin clairement les Beatles.Beatles-with-Pete-Best

Photo : les Beatles 1ère mouture, avec Pete Best, le beau gosse, à la batterie

8ème partie

Voilà donc ces fameux Beatles. Les employés des magasins de Brian lui ont dit qu'ils se nommaient John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Pete Best. Ils ne sont pas très soignés ni très disciplinés.

Ils boivent, fument et mangent en jouant.

Ils blaguent entre eux, se bousculent assez rudement et n'hésitent pas à lancer des invectives au public à qui ils tournent parfois le dois. Mais une chose est sûre : les Beatles fascinent les spectateurs et ils envoient avec beaucoup d'assurance. Ces types sont des vrais showmen, enfin, surtout leur leader, John Lennon.

Mais pourquoi jouent-ils aussi fort ?

Bon, Brian, tu n'es pas venu ici pour devenir fan d'un groupe de rock mais pour leur demander où tu peux commander ce sacré disque que tu n'arrives pas à dégoter chez les grossistes, même des disques allemands.

"Monsieur Brian Epstein de NEMS est avec nous aujourd'hui, entend-il le DJ du Cavern Vlub crier dans le micro, voulez-vous bien l'applaudir chaleureusement."

Malgré sa formation d'acteur de théâtre, Brian Epstein est gêné. Les Beatles marquent une pause après une demi-heure de concert. Brian s'approche de la scène.

"Alors Monsieur Epstein, qu'est-ce qui vous amène ?" lui dit nonchalamment George Harrisson.

Brian a appris hier par son personnel que les Beatles venaient souvent dans son magasin. Une des filles lui a dit qu'il s'était un jour irrité de ces jeunes gars qui écoutaient des disques toute l'après-midi sans rien acheter.

Mais comme ils étaient très gentils, il ne les avait pas chassés.

"Il paraît que vous avez sorti un disque en Allemagne ? Je n'arrive pas à trouver où le commander."

 "Hé Paul, viens ici. Monsieur Epstein voudrait écouter notre disque."

Leur disque est un bien grand mot puisqu'il est sorti sous le nom de Tony Sheridan dont ils étaient les musiciens appelés les Beat brothers. Mais enfin, ils étaient le seul groupe de la vague Beat de Liverpool à avoir enregistré un disque, qui plus est, à l'étranger. Ils n'en étaient pas peu fiers, les jeunes gars.

 Paul, l’air content, se dirige vers la toute petite loge qui se trouve juste à côté de la scène et en ramène un 45 tours qu’il passe dans la salle du Cavern Club.

Brian Epstein le trouve bon mais pas exceptionnel.

Il apprend donc que My Bonnie est sorti sur la marque Polydor et qu'il a fait un petit hit en Germanie. Brian de retour au Nems, galvanisé comme le reste du public en commande 200. Une folie !

Mais les jours suivants, il revient au Cavern club. Une idée vient de germer dans sa tête : devenir manager d'artistes et en l'occurrence des Beatles.

Il y retourne de plus en plus souvent, toujours sur le temps de midi.

 "Vous auriez dû venir hier soir", dit Paul McCartney, "des filles nous ont demandé des autographes. Une fille m'en a demandé un sur son bras".

Brian a toujours l'impression de rater les bons moments. C'en est trop. Il donne rendez-vous aux Beatles dans ses bureaux car il doit leur parler de choses sérieuses.

Il ne s'en est pas rendu compte, mais il en a comme les Beatles assez de Liverpool. Il veut aller voir ailleurs. Ca tombe bien, le groupe a besoin d'un manager. Ils ont eu un certain Alan Williams qui, un moment, leur a monté beaucoup de concerts. Bien sûr, Brian est allé le voir : 

 "Ce sont de gentils gars mais tu verras, ils te laisseront tomber tous les quatre matins."

brice abbey road 

Photo : Brice sur les traces des Beatles, à Abbey Road

9ème partie

Le 3 décembre 1961, les Beatles ont rendez-vous au NEMS avec Brian Epstein. Ils se demandent ce que ce type peut bien leur vouloir. Pour se donner bonne contenance, ils ont amené un copain que Lennon a présenté comme son père, lui qui ne sait même pas où celui-ci peut se trouver depuis dix ans.

Au bout d'une demi-heure passée à parler de tout et de rien, Epstein s'énerve car McCartney n'est toujours pas arrivé.

George propose de téléphoner chez lui.

"Il est encore dans son bain. Mais c'est scandaleux, s'exclame Brian Epstein, il va être très en retard."

 - En retard, oui, mais très propre", répond George Harrison.

McCartney enfin arrivé, Epstein dévoile ses plans d'avenir. Lennon et Harrison sont impressionnés par les bureaux et l'attitude d'Epstein, McCartney par sa voiture, ils décident de lui donner sa chance.

Bon et maintenant, il ne reste plus à Brian qu'à apprendre ce métier dont il ne sait rien. 

Tout d'abord ni lui ni les Beatles d'ailleurs n'ont jamais vu la couleur d'un contrat de management dont il demande à un ami avocat de se charger de la rédaction.

Et dis-moi, Brian, combien de temps vas-tu mettre pour te désintéresser de ce groupe ?

 Puis il se rend à Londres pour rencontrer une foule de gens à qui il pose tout autant de questions.

Le week-end savant, ils signent ce fameux contrat selon lequel Brian Epstein de NEMS Entreprises devient le manager des Beatles et qu'il percevra 25 pour cent sur leurs revenus.

Lorsque le patron du Top Ten, le club de Hambourg où la bande de Lennon & McCartney a promis de revenir jouer vient à Liverpool pour signer un nouvel engagement, il découvre non seulement que les Beatles ont un impressario mais que, de plus, leur prix a augmenté. Il refuse le tarif proposé et tente sans succès de signer un autre groupe, Gerry & The Pacemakers, lui aussi chez Brian Epstein.

Tout ce qu'il ramènera de Liverpool, c'est un musicien pour jouer avec Tony Sheridan, un batteur nommé Ringo Starr.

Finalement, Brian conclut un contrat avec un autre patron allemand qui vient d'ouvrir une nouvelle boîte, plus grande, plus belle : le Star Club. Il a offert 100 Deutsche Mark de plus par semaine que le Top Ten.

Quant aux autres affaires en cours sur Liverpool et la région, jusque-là tenues par la maman de Pete Best, Brian les reprend, y met de l'ordre, notamment s'assurer que chacun des quatre a bien compris où il devait se trouver et à quelle date. Il a aussi convenu que les Beatles ne joueraient plus pour moi de 15 Livres sterling. Dans quelques mois, il en faudra 10 à 20 fois plus.

En attendant, Brian les scie pour qu'ils changent de tenue, abandonnent leur pantalon et blouson de cuir noir, arrêtent de rigoler avec les dix personnes des premiers rangs alors qu'il y en a 400 dans la salle et enfin, qu'ils ne jouent que leurs meilleurs morceaux, s'il vous plaît.

Les Beatles apprennent en quelques semaines à ne plus se moquer des journalistes qui les regardent avec condescendance mais à être polis avec eux.

ils sont à présents bien habillés pour plaire aux parents des jeunes gens qui viennent les voir en concert et plus loin à plaire aux Londoniens car là la partie n'est pas gagnée. Si tu viens de Liverpool, tu es un plouc et pas des moindres.

astrid-beatles

10ème partie

Grâce aux excellentes relations commerciales qu'il entretient avec les firmes de disques, Brian Epstein est confiant. Il vend beaucoup de disques dans ses magasins. Mais de là à faire venir un directeur de répertoire à Liverpool, il y a de la marge. A force d'acharnement, il obtient la visite de l'un d'eux, Mike Smith de la firme Decca, un énorme label, en décembre 1961. C'est pour lui, et pour le groupe, un coup de maître. Ils ont drôlement bien fait de le prendre comme manager. Personne d'autre que lui n'aurait pu prétendre pareil exploit à Liverpool.

Quand Smith débarque, c'est carrément une visite royale. On déroule le tapis rouge et on est aux petits soins avec cet homme qui, comme tout le monde est conquis par la prestation des Beatles à laquelle il assiste au Cavern Club où c'est à présent le délire deux fois par jour.

Impressionné, il les invite à passer une audition chez Decca, le 1er janvier 1962. 

Le jour J, Brian s'y rend en train.

Les Beatles, eux, partent la veille avec leur copain, un gars de leur âge nommé Neil Aspinall, qui a la grande qualité de posséder une camionnette. Neil ne les quittera jamais.

Comme il n'a jamais mis une roue dans Londres, il se perd en chemin. Après dix heures de route, les voilà dans Londres. Brian leur a trouvé un petit hôtel pas loin des studios où ils joueront demain leur carrière.

"On est allé boire un coup puis on s'est installés avec nos blousons et tout dans un restaurant sur Charring cross. "10 shillings la soupe", a dit le garçon. On a répondu "pas possible". Il nous a priés de partir."

Dehors, sur Trafalgar Square, les Beatles assistent au bain de minuit des fêtards de la Saint Sylvestre. Ils n'ont jamais vus ça. Tout comme ces fumeurs de joint qui veulent en tirer dans leur camionnette.

Ca va pas non ? On ne veut pas d'ennui.

Le lendemain matin, aux studios Decca, il y a de la gueule de bois dans l'air. Les Beatles ont peu mangé et mal dormi. Ils sont la proie d'un stress terrible que l'attitude des gens de Decca n'arrange pas. 

Ils arrivent en retard, faisant bien comprendre à Brian Epstein et ses poulains qu'on ne les prend pas au sérieux. Surtout quand le groupe arrive avec ses vieux amplis cabossés dans le studio. Hors de question d'utiliser ce matériel pourri. Remballez-le. Affront et frustration.

Si on avait su, on n'aurait pas trimballé tout cela en camionnette jusqu'ici.

Allez, on y va. George Harrison, John Lennon et ¨Paul McCartney se relaient au chant mais leur voix reste coincée dans leur gorge tellement ils sont minés par le trac et rendus mal à l'aise par ce premier contact avec des Londoniens, centres du monde. Ils ne chantent aucune de leurs chansons alors qu'ils en ont déjà des brouettes entières. Brian Epstein leur a dit d'assurer, aussi ne font-ils que des reprises.

Là, il faut dire que les Beatles sont plus malins que leurs concurrents : ils ne reprennent que des chansons inconnues du grand public anglais et du coup, se démarquent des autres artistes. C'est ainsi qu'ils interprètent : Three cool cats, Like dreamers do, The sheik of Arab ou encore Besame mucho.

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5ème partie

 Londres, studio de Decca, 1er janvier 1962, l'audition des Beatles se termine à 14 heures. Ils ont enregistré une quinzaine de titres et malgré le trac et l'énervement que subissent les membres du groupe, tout le monde semble content, surtout Mike Smith le responsable du répertoire de la firme.

Ensuite, c'est le retour à Liverpool où les affaires et les concerts reprennent. Mais la réponse tarde à venir. Epstein appelle et rappelle. Ce n'est qu'en mars qu'il se retrouve enfin à déjeuner avec Dick Rowe, le patron de Decca. Brian tente au mieux de cacher sa nervosité jusqu'au moment où Rowe lui annonce que Decca ne signera pas avec les Beatles :

 Vous comprenez, les groupes de guitare sont déjà dépassés. Et puis d'ailleurs les bandes ne me plaisent pas.

 Epstein répond, en dissimulant sa déception :

Vous êtes à côté de la plaque. Mes gars vont tout casser. Un jour, ils dépasseront Elvis Presley.

 Dick Rowe renchérit en conseillant à Epstein de continuer à vendre du disque à Liverpool.

Imaginez un instant que Brian se soit découragé. Nous n'aurions sûrement jamais entendu parler des Beatles qui, coupés de tout à Liverpool, se seraient sûrement, à terme, séparés.

Mais leur impressario ne se décourage pas. Il frappe à la porte d'autres labels : Pye, Columbia, HMV et même EMI, le géant du disque. Mais la réponse est toujours la même : non, non et non.

 Les semaines passent. Les Beatles font le pied de grue devant le bureau de Brian. John Lennon s'impatiente :

Tu ne fous rien alors que nous, on fait le boulot.

C'est injuste. L'homme fait tout ce qu'il peut, sonne à toutes les portes avec mille recommandations. Combien d'aller et retours à Londres avec les Beatles qui l'attendent sur le quai de la gare de Liverpool. Combien de cafés pris au Punch & Judy où il leur montre les papiers avec les lettres de refus.

Mais les Beatles y croient toujours. Ou alors ils fanfaronnent. Lennon a mis au point un mini sketch où il crie :

- Où on va les gars ?

- Tout en haut, Johnny !

- Tout en haut de quoi ?

- Tout en haut du plus haut que le haut, Johnny.

Heureusement qu'il y a Hambourg pour les distraire. Brian leur a assuré cette fois le voyage en avion. Les deux fois précédentes, le voyage s'est passé dans une camionnette sans siège arrière. Imaginez le voyage !

Les voilà partis. Nous sommes en mai 1962.

Brian en profite pour tenter un dernier coup. Comme il le dit à son père qui s'impatiente également :

"Je joue mon va-tout, une dernière fois à Londres, je serai rentré dans deux jours."

Il se rend tout d'abord au magasin HMV où il explique à un préposé avec le culot du désespoir qu'il a en sa possession les bandes d'un groupe qui a marqué l'histoire de la musique anglaise et qu'il voudrait bien en faire des copies sur disque. Ce sera d'ailleurs plus pratique pour les faire écouter aux personnes qu'il rencontre. L'employé qui exécute ces copies flashe sur les Beatles. Il en parle aussitôt à un éditeur nommé Syd Coleman qui travaille à l'étage supérieur car les magasins HMV appartiennent à EMI, une firme qui a déjà refusé les Beatles. Coleman trouve cela génial et souhaite éditer la musique des Beatles.

 "Je connais quelqu'un qui serait susceptible de les produire. Il se nomme George Martin et travaille pour Parlophone, une filiale d'EMI."

En effet, Martin accroche à la musique des Beatles. Il reçoit le lendemain Brian Epstein chez EMI et après lui avoir fait part de la difficulté de ce métier, lui dit qu'il est prêt à auditionner le groupe.

Le lendemain matin à Hambourg, George Harrison se lève et suivant le scénario qui veut que le premier debout aille la poste relever les éventuels messages de Brian, il en revient avec un télégramme.

 Hurlement dans la chambrée :

 "Hé ! Ho !" crie Pete Best. "On pieute, là, t'as pas remarqué."

George lit le télégramme :

Je vous ai assuré un contrat avec EMI sur le label Parlophone. Ils veulent un enregistrement le 6 juin. Signé : Brian Epstein

11ème partie

Fou de joie, Brian Epstein est parti fêter sa réussite à Hambourg avec les Beatles qui l'attendent à son arrivée. C'est la fête. Brian en profite pour conclure un nouveau contrat avec le patron du Star Club : les Beatles perçoivent désormais 85 dollars par semaine, chacun... Non mais vous vous rendez compte.

Quand on ne joue pas sur scène, on fait la fête et on rêve. Lors d'une balade au bord de la mer, George dit à Paul être sûr de gagner beaucoup d'argent :

J'aurai une maison avec une piscine et j'achèterai un bus à mon père car tu sais qu'il est chauffeur de bus.

Juin 1962, les Beatles sont de retour en Angleterre et se présentent à Londres à Saint John's Woods dans les studios d'EMI. Ils ne savent évidemment pas encore qu'ils vont y passer beaucoup de leur temps au cours des 7 années à venir.

George Martin les trouve sympathiques et drôles. Il tient à rassurer ces provinciaux un peu atypiques :

Pour commencer, dites-moi ce que vous n'aimez pas.

- Et bien, dis George Harrison, pour commencer, je n'aime pas votre cravate.

Eclats de rire. Le courant passe. L'audition commence. Cette fois, les Beatles jouent leurs propres compositions. C'est George Martin qui l'a souhaité : ce sont de bonnes chansons, a-t-il dit à Brian Epstein lors d'une précédente rencontre. Cette ambiance détendue n'empêche toutefois pas McCartney d'avoir le trac.

L'enjeu est énorme, c'est la dernière chance des Beatles. On entend sa voix trembler sur la bande ! 

 

A la fin de l'enregistrement, George Martin conclut par un laconique "Fort bien". Ils se séparent sur un "Je vous recontacte".

Bien sûr, les Beatles auraient préféré une réaction plus tranchée mais bon, retour aux affaires dès le lendemain, les engagements recommencent à Liverpool, principalement au Cavern Club, et dans la région.

Les jours puis les semaines passent, sans nouvelles de George Martin.

Et le doute s'installe.

D'autant plus que la tentative de Brian de faire jouer les Beatles hors de la région a été un échec total. Personne ne les connaît, personne ne réagit dans la salle.

Ce n'est que fin juillet que George Martin se manifeste enfin. Il souhaite conclure un contrat avec Parlophone et parler des premières chansons qu'ils enregistreront.

OUF.

Brian, George, Paul et John sont en plein bonheur. On y est ! On a gagné !

Mais ils n'ont rien dit à Pete Best.

 

Le 15 août, en sortant du Cavern Club, Pete Best demande à John Lennon à quelle heure il passe le prendre le lendemain pour aller jouer à Chester.

"Non, non, ça va, j'y vais de mon côté.

 - Comment ça, de ton côté ?"

Et il se débine comme un voleur. Un peu plus tard, Brian Epstein l'appelle et lui demande de passer le lendemain au bureau.

"Neil viendra te chercher."

"J'ai de mauvaises nouvelles, lui dit-il le lendemain, ils veulent te remplacer par Ringo.

- Quoi ? Mais pourquoi ? Ca fait deux ans qu'on joue ensemble. "

Il s'entend dire que c'est parce qu'il ne sourit jamais, qu'il n'a pas voulu changer sa coiffure comme eux, qu'ils ne sont plus satisfaits de son jeu et enfin que George Martin lui-même ne veut pas de lui.

Sonné, Pete Best rentre chez lui après être allé boire un verre. Il n'a pas fait d'histoire et a même accepté d'assurer jusqu'à la fin de la semaine. Il n'a rien dit à personne. Mais la presse de Liverpool s'en charge, le magazine Mersey Beat titre en exclusivité : Les Beatles changent de batteur. Ringo remplace Pete Best qui quitte le groupe de commun accord.

Mais les fans de Pete Best s'en mêlent. Ils manifestent carrément dans les rues de Liverpool, devant les magasins NEMS de Brian Epstein et au Cavern Club où ils crient des slogans à chaque concert :

Pete is best, Pete for ever, Ringo never

Il y a même des bagarres aux premiers rangs entre les fans de McCartney, de Lennon et de Pete Best. Des jeunes filles sont blessées. Ca fait des histoires.

Le plus visé est cependant Brian Epstein accusé de tous les maux alors qu'il n'a jamais souhaité cette éviction. Il savait que cela couvait chez Lennon et McCartney à l'initiative de George Harrison depuis des mois mais il espérait secrètement que cela leur passerait. Mais Harrison a insisté car il était fan de Ringo.

Il est d'autant plus embêté que Pete n'est pas venu le soir même jouer à Chester ni les autres jours. Il est en fait resté caché sans sortir de chez lui durant deux semaines :

 Je ne savais plus quoi faire. Les filles venaient frapper à ma porte et campaient dans mon jardin en criant mon nom.

 Il faut le dire, Pete Best était le plus beau des quatre Beatles et plaisait donc beaucoup aux filles. Il est pourtant parti sans connaître la gloire, ce qui est sans conteste un des moments les moins glorieux de l'histoire des Beatles.

Mais il y a un point indéniablement positif : l'arrivée de Ringo Starr qui, par son humour et sa perpétuelle bonne humeur, jouera un rôle essentiel dans l'envolée médiatique de la Beatlemania.