U2: les 5 moments essentiels de leur carrière

par Brice Depasse

U headCinq moments essentiels de la carrière légendaire de ces quatre musiciens irlandais venus de la new wave et devenus le plus grand groupe de rock du monde.

A la rentrée des classes 1976, un adolescent de Dublin affiche une petite annonce aux valves de son école. Larry Mullen Jr, 14 ans, recherche des musiciens pour le distraire du temps qu’il trouve long dans l’école du Mont du Temple.

Six élèves répondent à son appel : Ivan et Peter, deux potes à lui mais surtout trois autres, assez particuliers. Le premier se nomme Paul Hewson, il est chanteur et se fera plus tard appeler Bono. Les deux autres sont les frères Evans, Dik et David. Ce dernier prendra le pseudo de The Edge. Ah oui, j’oubliais le sixième, un certain Adam Clayton.

Larry qui souhaite appeler ce groupe le Larry Mullen Band comprend très vite qu’il va devoir y renoncer quand il voit le futur Bono débouler au rendez-vous : il n’aura jamais le dessus sur ce gars-là. C’est un leader.

Ils prennent, en effet, le nom de Feedback.

Martin ne vient pas à la seconde répétition et Ivan quitte le groupe après quelques semaines. Gageons qu’ils ont eu tout le loisir de regretter leur choix.

Sous ce nom de Feedback, ils font ce que tous les musiciens en herbe font à leurs débuts : des reprises dans les bars. Mais les groupes punks comme les Sex Pistols, les Clash qu’ils entendent à la radio ou découvrent sur disques leur montrent que pour réussir aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’être un surdoué. On peut se lancer sans filet, ce qui compte c’est la spontanéité. Ce qu’ils font en changeant de nom : ils s’appellent désormais les Hype.

L’année suivante, Dik plus âgé que ses comparses quitte l’école pour l’enseignement supérieur. Il s’éloigne de plus en plus d’eux et finit par quitter le groupe qui décide de continuer à quatre en écrivant ses propres chansons. Ils décident aussi de changer de nom : ce sera désormais U2.

Pourquoi avoir repris le nom des premiers sous-marins allemands qui ont sévi pendant la guerre de 14 ?

Parce que parmi les six que leur propose un copain et qui sonnent bien, c’est celui qu’ils trouvent le moins mauvais. Tout simplement.

En 1978, les U2 participent à un tremplin le jour de la St Patrick, le patron des Irlandais. Le premier prix qu’ils ont remporté est une session de studio pour enregistrer une démo qui sera écoutée par CBS Irlande. La cassette plaît et leur vaut de sortir deux singles chez ces mêmes CBS Irlande. La revue de presse locale est bien sûr excellente mais à Londres, personne ne les attend comme en témoigne les concerts qu’ils y donnent sans aucune retombée.

Leur nouveau (et premier) manager, Paul McGuinness (celui-là, il ne peut pas cacher sa nationalité) trouve malgré tout une oreille attentive chez l’éditeur de Bob Marley et de Robert Palmer : Island. Une association de géant pour les décennies à venir vient de se sceller dans l’anonymat le plus total. Nous sommes début 1980, la musique change radicalement et ces deux-là en seront les principaux artisans.

U2

Ah c’est un beau 45 tours que publie là U2 au printemps 1980.

D’autant plus beau que c’est le premier.

Oui, ils en ont déjà sorti deux mais uniquement en Irlande. Nous en Belgique, on l’ignore complètement, on vient juste de les découvrir.

C’est vrai que c’est une belle chanson pour démarrer une carrière internationale. Ce sera d’ailleurs un des titres que U2 jouera le plus lors de ses concerts durant toute sa carrière.

L’album, Boy, reçoit de bonnes critiques des deux côtés de l’Atlantique tout comme en Belgique, la seconde patrie de la New Wave à laquelle le groupe de Bono appartient. Un Bono auquel on reconnaît déjà des qualités de poète et de fameux showman alors que l’album ne vend pas tripette.

Quelques mois plus tard, alors que le groupe enregistre son second album, les musiciens songent à arrêter, à se séparer. En cause, leur engagement d’une association chrétienne de Dublin nommée la « Communauté Shalom ».

Ils se posent en effet des questions : comment concilier leur foi et leur mode de vie rock’n’roll. Aussi Bono et The Edge prennent-ils du recul entre deux séries de concert pour réfléchir. Et ils en viennent à la conclusion qu’il vaut mieux quitter le communauté Shalom.

Avec October, leur deuxième album qui sort en 1981, ils ont déjà trouvé le son et le style qui va les rendre populaires comme en témoigne le 45 tours Gloria.

U2 October

L’album ne s’est pourtant pas fait sans mal puisque lors d’un concert dans une boîte de nuit aux Etats-unis, Bono s’est fait voler une malette contenant les paroles de plusieurs chansons qu’il venait d’écrire.

Est-ce un signe ? Leurs disques ne se vendent pas bien en dehors de l’Angleterre, excepté en Belgique où les fans sont déjà nombreux. U2 a fait d’ailleurs un passage live remarqué dans l’émission de télé rock Folllies présentée par Gilles Verlant.

Il règne donc une certaine pression sur U2 qui a tout intérêt à vendre plus de disques à l’étranger s’il veut garder son contrat. Le changement de ton est donc radical.

The Edge va sur leur prochain album porter son surnom mieux que jamais avec sa guitare tranchante notamment sur Sunday blooday sunday. Cette chanson comme d’ailleurs les autres marque l’autre métamorphose : U2 ne parle plus de problèmes d’adolescents mais de politique. Il s’engage : War, leur troisième album est une véritable croisade pour le pacifisme dans le monde.

New year’s day qui traite de la situation dramatique de la Pologne bridée par les Soviétiques est l’autre tube qui assoit définitivement la popularité de U2 consacré groupe de l’année aux Etats-Unis. Une véritable frénésie s’empare de la jeunesse qui se rue sur les albums et les places de concert.

Mais trois albums parus, c’est peu pour satisfaire une fanitude. Et au vu du grand nombre d’albums qui circulent, U2 décide de sortir un disque et une vidéo. Under a bloody red sky paraît également en 1983. Il s’est vendu rien qu’aux Etats-Unis à trois millions d’exemplaires.

 u2 - live under a blood red sky

 

13 juillet 1985.

Le Live Aid, le plus grand festival de l’Histoire, réunit les plus grandes stars du rock mais aussi des jeunes groupes de la New Wave comme Simple Minds et U2 qui ne doivent donc pas rater leur rendez-vous avec le monde.

Les consignes de l’organisateur (Bob Geldof) sont claires : trois chansons, quinze minutes au plus et surtout pas de débordement avec la foule qui est considérable.

A peine U2 a-t-il commencé à jouer Sunday bloody Sunday, porté par des vagues de dizaines de milliers de bras, Bono cède à la montée d’adrénaline. Il plonge sur l’avant-scène servant aux deux énormes caméras sur roues qui n’ont d’autre choix que de s’écarter. Bono harangue alors la foule qui n’attend que ça.

Une véritable fièvre s’empare de l’arène.

Alors qu’il est presque au bout du second morceau, Bono fixe le micro sur son pied et redescend. Mais que fait-il ? On dirait qu’il fait signe aux premiers rangs de franchir les barrières, trois mètres plus bas. Le service d’ordre s’affole. Bono désigne alors une jolie blonde du premier rang aux stewarts qui la font passer au-dessus de la barrière, puis une deuxième. Les centaines de jeunes filles des premiers rangs, crient son nom pour attirer son attention.

C’est maintenant la bousculade.

Bono commet une folie : il passe au-dessus de la barricade et se retrouve dans la fosse, trois mètres plus bas sous les hurlements du public londonien. Une petite brune, péniblement extirpée de la masse se précipite dans ses bras. C’est probablement le câlin le moins discret de toute l’histoire de la race humaine qui se prolonge devant les objectifs des photographes qui tournoient autour du couple improvisé. Un gros bisou et puis au revoir, Bono remonte sur la scène, rejoint les deux premières jeunes filles qui ont été amenées là pour un autre bisou qui soulève l’acclamation de la foule. Les trois autres membres de U2, eux, ont continué à jouer en boucle comme un avion tourne dans le ciel en attendant son autorisation d’atterrissage.

Plus de temps pour chanter Pride, leur tube actuel. Bono quitte la scène et laisse ses trois comparses terminer seuls, avec le goût amer d’avoir loupé leur rendez-vous.

Et pourtant, demain la presse ne parlera que de U2.

Ainsi, Joan Baez qui à ce moment regarde le show dans sa chambre d’hôtel est littéralement subjuguée comme des centaines de millions de téléspectateurs qui ne connaissent même pas U2 et ne sont pas prêts d’oublier cet Irlandais aux cheveux longs qui joue avec la foule comme personne ne l’avait encore fait jusqu’alors.

25

 

Trois ans se sont écoulés depuis la sortie du précédent album de U2, The unforgettable fire. Une éternité qui n’a été interrompue que par la publication d’un maxi.

Passé du statut de groupe culte au début de la décennie à celui de vedette grâce au 45 tours New year’s day, U2 est devenu un géant grâce à son précédent album qui a été de nombreuses fois platine dans pas mal de pays et notamment aux Etats-Unis où il s’est vendu à trois millions grâce notamment au single Pride.

Et puis plus rien, ils se font oublier ce qui est bien dommage.

Mais à l’écoute de l’album qu’ils ont sorti cette année, on comprend que c’est pour mieux rebondir. L’avenir nous dira si U2 continue dans cette voie mais décidément, leur musique a bien changé. Elle s’est ouverte à des tas d’influences que la fréquentation de l’Amérique profonde au cours de leurs longues tournées a amplifiées.

Cet album que vous avez probablement acheté a pour titre The Joshua tree, l’arbre de Josué, en Français. Il ne s’agit pas d’une référence biblique mais d’un arbre qu’on ne trouve que dans les déserts du Middlewest américain.

Et oui, l’Amérique, encore elle, fascine U2 qui a pour elle un rapport d’amour – crainte.

A l’heure où je vous parle, en 1987, les deux premiers 45 tours sortis au printemps ont atteint la première place des charts américains et ont solidement squatté les nôtres.

Sauf les Français, tiens. Non pas que U2 n’ait pas de fan en France, que du contraire, ils achètent leurs albums, mais je crois que la bande FM ne suit pas bien le dossier. Le dernier single, n’est resté qu’une semaine dans le top 50 et n’a pas dépassé la 37ème place.

With or without you et I still haven’t found sont donc bien ancrés dans vos oreilles ainsi que le petit dernier Where the streets have no name, sorti début août, et dont vous connaissez déjà la mélodie.

Tel qu’il est là, cet album est en passe de devenir un des plus grands best sellers de l’histoire et à tout le moins, de faire de U2, le plus grand groupe de rock actuel. Bien malin qui aurait pu prédire cela il y a cinq six ans.

Pas fatigué de la scène, U2 s’est engagé dès la sortie du disque dans une gigantesque tournée qui a débuté aux Etats-Unis pour passer chez nous avant de repartir en Amérique. Tournée au cours de laquelle ils ont bien sûr mis en boîte les vidéos des singles dont celle de I still haven’t found what i’m looking for. Ils l’ont tournée en un jour sur un concept simple : les membres du groupe déambulant dans une ville et pas n’importe laquelle : Las Vegas.

Etonnant, non ? Les nouveaux rois du rock, branchés de surcroît, dans la ville du kitsch et du ringard, celle où jouent les artistes qui n’ont plus de succès comme Tom Jones, qui incarne le côté paillette d’Elvis Presley. Qui plus est, la vidéo est classe ; elle donne une si belle image de Vegas que le maire de la ville a déclaré qu’il ne serait pas étonné que, du coup, sa ville devienne tendance et accueille à présent des artistes rock au top de leur gloire.

Le temps dira qu’il a eu raison.

U2 JTpanorama

1990, une rumeur court.

U2 serait en passe de se séparer.

On se demande toujours comment ce genre de bruit démarre. Dans ce cas-ci, on peut deviner. Cela fait trois ans que U2 n’a pas publié de nouvel album studio, si on oublie la parenthèse Rattle and Hum.

Mais voilà, U2 est devenu tellement énorme que même un produit dérivé comme celui-là s’est vendu à des millions d’exemplaires, preuve que l’attente est énorme. Alors à force de patienter, les fans désespèrent et lâchent des conneries du style, c’est la fin.

Ils vont bientôt être avertis que leur attente va prendre fin, à cause d’un fait divers. Cette fois, ce ne sont pas des textes qui ont été dérobés mais carrément des bandes, dans un hôtel de Berlin où U2 enregistre. On va d’ailleurs les retrouver en albums pirates, trois 33 tours noirs intitulés puis trois CD.

En novembre 1991, ça y est, le nouvel album sort enfin. Il se nomme Achtung Baby et sort complètement du son auquel U2 nous a habitués.

Une révolution qui ne va pas plaire à tous les fans. On retrouve des gros sons de synthés, de boîtes à rythme, une batterie par ci, la voix de Bono par là, très très travaillés électroniquement.

Et pourtant, l’album atteint les mêmes cimes que les précédents. U2 est assurément devenu le plus grand groupe de rock du monde.

La tournée qui s’en suit va le prouver. Tout le monde veut y être. Il faut dire que U2 a promis du grand spectacle chargé de sens. On verra ainsi quelques mois après la chute du mur, des voiture Trabant suspendues, des écrans de télé qui diffusent et reçoivent des images du concert et de l’extérieur, du monde entier, en direct.

Si on se souvient encore à Bruxelles du sismographe d’Uccle perturbé par le son de U2 à Forest National, le groupe irlandais va établir des records de décibels sur ce ZOO TV Tour. On parle même de lésion de l’oreille, d’acouphènes chez certains spectateurs.

U2, toujours engagé, se moque de George Bush au cours de cette tournée. Enfin ce n’est pas eux, c’est McPhisto, un personnage interprété par Bono, mélange de Batman justicier et de Méphisto Phélès qui appelle sur scène par téléphone des Jean-Marie Le Pen ou la nièce de Mussolini alors en force sur la scène politique italienne. Il invitera aussi sur ses planches Salman Rushdie dont ce sera la première apparition publique depuis la Fatwa de l’Ayatollah Khomeiny.

Qui peut encore douter de l’engagement de U2 que Bono qualifie pourtant lui-même de quatre imbéciles escortés par la police et bien trop payés pour ce qu’ils font.

 U2 zoo