La Story vidéo (32) : Un Belge à Kingston

par Brice Depasse

24En 1979, alors que le ska est encore un genre musical inconnu du commun des mortels, un artiste se rend en Jamaïque pour enregistrer un disque de cette musique populaire locale oubliée. Cet artiste est Belge, il se nomme Lou Deprijck.

 

Des mois avant que Gangsters des Specials ne lance la déferlante ska qui va s’abattre sur l’Angleterre puis toute l’Europe, un disque de ska était déjà N°1 en Belgique.

Si les Specials et Madness existent déjà, ils font alors encore partie de l’underground londonien. Le ska, on ne le connaît en Angleterre que dans les milieux jamaïcains puisque ce fut leur musique populaire locale avant qu’elle ne ralentisse pour devenir le rock steady puis le reggae.

Des centaines de 45 tours ont été produits en Jamaïque à cette époque sans jamais vraiment sortir des frontières à de très rares exceptions près comme celle-ci : Lolipop. Depuis que le reggae est devenu le roi de l’île et surtout depuis que Bob Marley l’a popularisé dans le monde, plus personne en Jamaïque ne joue du ska sauf d’irréductibles fêlés.

Or, il se fait que dans une boîte de nuit près d’Anvers, on danse le bop sur des vieux machins des années 60 parmi lesquels les Skatalites et Prince Buster. Dans le public de fêtards qui s’y retrouve, un certain Lou Deprijck est inspiré par cette musique.

Tout ce qui vient des tropiques branche un des leaders du Two Man Sound dont c’est le fonds de commerce.

Il s’est récemment diversifié avec l’énorme succès de Plastic Bertrand. L’idée lui vient donc de se rendre en Jamaïque pour y produire le deuxième album de Plastic. C’est du moins ce qu’il dit à son producteur, Roland Kluger, afin d’obtenir un billet d’avion et la location d’un studio sur place.

Le reggae, pourquoi pas, Bob Marley aligne actuellement les tubes en Europe. Ce que Lou ne dit pas, c’est qu’il emporte dans sa valise une série de chansons qu’il compte enregistrer sous son propre nom.

Voilà donc Lou au Dynamic Sound de Kingston là où Bob Marley et les Wailers ont enregistré leur premier album.

Les musiciens de Peter Tosh arrivent tard et passablement défoncés, le joint, enfin le cornet de frites, entre les lèvres.

Que veux-tu qu’on te joue man ? Du reggae, de l’up-town, dis-nous.

Du ska

Du ska ?

Waouw ! Demande-ça à un vieux ! Non on blague, bien sûr qu’on peut jouer du ska.

C’est ainsi que Lou enregistre Kingston Kingston mais aussi une série d’autres titres qui vont devenir le premier album et les 45 tours de Lou and the Hollywood bananas.

Et au passage, il a même enregistré un titre pour le prochain Plastic Bertrand sur des paroles que celui-ci lui a confié juste avant son départ.

Kingston Kingston est N°1 en Belgique et fait un tube dans divers pays d’Europe dont l’Allemagne et la Hollande.

Mais pas en France. Non.

Car la maison de disques trouve que la voix de Lou ressemble trop à celle de Plastic Bertrand.