La Story Vidéo (42) : Sex, Farmer & Videotapes

par Brice Depasse

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En 1988, le nom de la petite Mylène Farmer est sur toutes les lèvres de ces messieurs. Elle a bien joué la carte de la promo aguichante, la coquine.

En effet, il y a deux ans, le clip de Libertine l’a révélée. Provocation, sexe et morbide, tout ce qui fait la fascination de l’interdit chez les ados se retrouve chez elle en vidéo. Il y a bien sûr aussi le texte et bien sûr la musique qu’on appelle aujourd’hui de la Pop Dance.

Mylène Farmer, c’est Madonna exception culturelle à la française. Elle est bien à nous, bien dans notre univers, celui des longues saisons sombres d’automne et d’hiver, du raffinement et de la provoc sans y toucher. Comment aller le plus loin possible dans l’évocation de la perversion sexuelle sans tomber dans la vulgarité ?

Libertine ayant fonctionné admirablement fonctionné, Mylène et son double, Laurent Boutonnat ont remis le couvert l’an dernier avec deux singles : Tristana, 350.000 exemplaires vendus et Sans contrefaçon : carrément un demi-million. Cette année on a déjà eu droit à Ainsi soit je. Une surprise pour ceux qui s’étaient habitués à sa musique très rythmée. Ce n’est pas le carton mais pas un échec non plus. En tout cas pas de quoi décourager la belle rousse, son partenaire et leur maison de disques qui ont mis le paquet sur le nouveau 45 tours Pourvu qu’elles soient douces.

Le clip qui est la suite de Libertine approche les 18 minutes. Il a nécessité une semaine de tournage avec un demi-millier de figurants et il a coûté une fortune encore jamais dépensée à ce jour pour un artiste français. On le croit sans peine car tout cela est en costumes sur fond de guerre au XVIII° siècle. Celui du Marquis de Sade. Serait-ce un hasard ?

On y voit les aventures de Libertine au cours de la guerre qui oppose les Anglais au Français. Bien sûr, les moments violents et chauds ne manquent pas. Il y en a même qui mêlent les deux, vous devinez de quoi je parle. Et on s’étonne qu’aucune chaîne de télé ne veuille le diffuser dans son intégralité. Aucun doute que cette censure soit attendue car elle favorise la promotion du disque qui s’annonce comme un immense succès, aussi important que celui de Libertine.

Ah oui, une dernière chose, Pourvu qu’elles soient douces, c’est le titre de la chanson, traite d’un sujet difficile à prononcer sur un plateau comme celui-ci. Ce fameux « elles » pluriel, du refrain, si mystérieux, évoque les rondeurs postérieures si prisées de la gent féminine. Je dirai juste que c’est un thème évoqué bien sûr par Sade, une technique de relations amoureuses autrefois punie de la peine de mort, condamnée par l’église et maintes fois vantées par Serge Gainsbourg dans ses chansons. Vous voyez de quoi je parle ?