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1963, Upper East Side. Dans un petit appartement new-yorkais, un couple mixte et anticonformiste élève un enfant entre jazz, théâtre et luttes sociales. Cet enfant s’appelle Lenny Kravitz. Voici l’histoire de ses racines.
Nous sommes à Manhattan en 1963. Dans le quartier de l’Upper East Side exactement, un endroit où aujourd’hui le plus petit logement est hors de prix. Mais ce n’est pas le cas à l’époque, c’est là que vit Sy Kravitz, 39 ans, divorcé et deux enfants, journaliste producteur sur NBC, quand il entreprend de plaire à Roxy Roker, cinq ans plus jeune que lui, célibataire et assistante d’un des grands directeurs de la chaîne.
Roxy n’est jamais sortie avec un blanc. Mais ce n’est pas cela qui la retient au début, quand elle imagine que ce Juif d’origine russe va avoir bien du mal à faire accepter à sa famille, une Goy chrétienne et noire de peau. Non, ce qui l’inquiète, c’est d’entretenir une relation avec quelqu’un du même bureau. Et puis, il est un peu inquiétant ce type, qui d’après ce qu’elle a compris, n’a plus aucun contact avec ses filles.
Mais bon, il lui plaît, il l’emmène à des concerts de jazz mais aussi au théâtre, à Broadway, elle qui est diplômée de l’Université Shakespeare en Angleterre et comédienne à ses heures. Et surtout, il la soutient, enthousiaste, en venant la voir jouer, le soir, quand elle interprète sur une scène du Off Broadway, une pièce d’avant-garde que seule une élite new-yorkaise semble apprécier.
Le mariage a lieu dans l’intimité. L’absence des parents de Sy est remarquée, ils ne reviendront qu’avec la naissance de leur enfant, qu’ils ont prénommé Leonard Albert, mais que tout le monde va très vite appeler Lenny.
Si New York est déjà la ville rêvée pour le monde entier, le pâté de maisons où il grandit, et qui est longé par Central Park, n’est pas encore le plus glamour de Manhattan, même s’il est déjà chic. Mais les fenêtres du petit appartement loti dans une ancienne maison de quatre étages, j’allais dire seulement, donnent sur un mur. Lenny occupe l’unique chambre, ses parents dorment dans un canapé lit, dans le living, ce qui leur permet de recevoir leurs nombreux amis, sans le réveiller.
Car oui, si Lenny vit une enfance très particulière, avec d’une part une famille juive russe et d’autre part, une noire américaine chrétienne, ça ne lui pose aucun problème, c’est une évidence. Le fait que les murs du domicile de ses parents soient recouverts de livres et de disques de jazz doit y être pour beaucoup. On peut vivre dans un petit espace avec l’esprit grand ouvert.
Lenny garde d’ailleurs un beau souvenir d’une manifestation pour la paix au Vietnam à laquelle il ne comprend pas grand-chose. Assis sur les épaules d’un membre de sa famille, il éprouve un tel sentiment de sécurité au milieu de tous ces gens, lui qui se trouve au carrefour de deux mondes qui ne communiquent pas entre eux, ou si peu. Entre les squats pourris des frères noirs qui sortent sapés comme des princes avec leurs pantalons pattes d’eph et chaînes en or, et les boucheries casher, synagogues et boutiques de tailleurs, Lenny grandit dans le monde des grands-parents. On devine de quel côté sa musique vient. Mais pourtant, c’est bien le grand-père Kravitz qui lui met son premier micro en main, celui du magnétophone dans lequel il chante, à ses heures perdues.
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.