Radio
Événements
Concours
Passez sur Nostalgie
Musique & souvenirs
Avant le rock, il y a un enfant qui chante Tchaïkovski au supermarché, puis un choc absolu : les Jackson Five. 1969, Madison Square Garden. Ce soir-là, Lenny Kravitz comprend que sa vie sera musicale.
Madame demande ce que tu chantes, Lenny ?
Le petit Lenny regarde, étonné, sa grand-mère Bessie tournée vers lui. Puis croisant le regard interrogateur de la caissière du supermarché, il répond que c’est du Tchaïkovski.
Tchaïkovski ? Mais où as-tu entendu ça?
Lenny explique alors qu’il s’agit d’un air diffusé par un de ses jouets. Comment expliquer à cette dame qu’il a beau être noir, le jouet lui a été offert par son grand-père juif russe, tailleur à Brooklyn. Nous sommes dans les années 60, il y a quelques mois encore, dans une grande partie des Etats-Unis, les noirs n’avaient pas le droit de s’asseoir avec les blancs.
Mais c’est une mélodie très compliquée à retenir pour un enfant de son âge. Votre petit a un don, dit la caissière à la grand-mère. Lenny hausse les épaules : mais bien sûr que c’est de son âge, ça lui est très facile de retenir les musicals de Broadway, les symphonies de Beethoven, les Beatles, James Brown, il mémorise toutes les musiques qu’il entend.
Tout aurait pu en rester là. Les enfants que nous avons tous été ont un rapport privilégié avec la musique, comme avec le dessin. Mais quelques jours plus tard, la vie de Lenny Kravitz, cinq ans, va basculer. Nous sommes en 1969 quand il entend ceci : I want you back.
Avec leurs cinq premiers singles N°1, les Jackson Five sont plus qu’une révélation pour Lenny. Comme il le dit lui-même, c’est une chose de dire que vous aimez un groupe, c’en est une autre d’affirmer qu’il a changé votre vie.
Car imaginez le petit Lenny, à présent six ans, devant le poste de télé à regarder les Jackson Five avec leurs tenues psychédéliques hyper colorées jouant et dansant une chorégraphie très élaborée. Avec bien sûr, au centre, un petit bonhomme qui fait beaucoup moins que son âge, onze ans. Et Michael, c’est pas juste un enfant auquel les autres mômes peuvent s‘identifier, c’est un prodige du niveau des adultes. Du jamais vu. Du moins dans le monde de la pop music.
Et donc, vous le voyez l’enfant des Kravitz foncer dans leurs affaires pour en tirer des bottes, des écharpes et se planter devant le miroir sapé comme un Jackson ? Pardon, en tenant un grand feutre en main en guise de micro, C’EST un Jackson. Le sixième ! D’ailleurs il l’a écrit dans son cahier d’école, son nom est Lennie Jackson, le frère perdu de Michael.
Alors, le jour de son anniversaire, quand son père vient le chercher à l’école, ce qu’il ne fait jamais, c’est pour l’emmener à un concert à Madison Square Garden, la grande salle aux 20.000 sièges. Et pourtant, ils sont assis au premier rang, juste devant la scène. D’ailleurs, quel brouhaha quand vient s’asseoir derrière eux Aretha Franklin, avec tout son entourage. Et puis boum, la lumière s’éteint et Lenny assiste à son premier concert live. Le groupe s’appelle les Commodores, il ne les connaît pas mais c’est formidable de les voir tous jouer. A la fin, croyant le spectacle terminé, son père lui dit que non, c’est juste la première partie. Les gens tapent du pied, une folie débordante saisit toute la salle autour de lui quand les Jackson Five déboulent sur scène. Lenny exulte, c’est mille fois mieux que sur son disque, avec Michael, juste devant lui. Sy Kravitz est venu avec son appareil sachant ce que cela représente pour son fils. Plus d’un demi-siècle plus tard, la photo est toujours là sur son mur. Il est de ces moments où notre avenir s’écrit dans le présent, et ce n’est pas tous les jours.
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.