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Elvis Presley triomphe dans les charts… mais se plante à Las Vegas. Face à un public indifférent, il doute. Quelques semaines plus tard, il reviendra plus sauvage que jamais, prêt à choquer l’Amérique entière.
A la sortie du premier album d’Elvis Presley, son manager Tom Parker a réussi un joli coup en le plaçant à Las Vegas pendant un mois et pour une belle somme d’argent. Le voilà qui débarque, 21 ans tout juste, au New Frontier Hotel avec sa guitare. Impressionnant en effet, cette reproduction de lui en version 4 mètres de haut. Même en noir et blanc, ça le fait.
Mais bon, malgré que son single soit un tube, le contrat ayant été conclu en dernière minute, Elvis n’est pas en tête d’affiche, il a beau être annoncé comme The Atomic Powered Singer, les gens sont venus dîner en écoutant l’humoriste Shecky Greene et la musique de l’orchestre de variétés de Freddy Martin. C’est une salle de mille places mais avec des tables, nappes blanches, verres qui brillent, et autour des couples endimanchés. Et donc, pendant que Elvis chante, se contorsionne, les conversations continuent, les fourchettes et les couteaux font tinter les assiettes, un type demande du pain, un autre du pinard.
Ah le jeune homme a fini sa chanson, alors on l’applaudit, sans plus, et encore, pas tout le monde. Revenus en coulisses, aucun des musiciens ne pipe un mot, surtout devant Elvis. Voilà qui est radicalement différent du public de jeunes filles auquel ils sont habitués, celui qui vient hurler sur le devant de la scène. Si c’est comme ça tout à l’heure, car oui, il va falloir y aller deux fois par soir, pendant un mois : ça va être long.
Et de fait, c’est rebelote ! Les gens sont polis mais ils n’en ont rien à battre d’Elvis Presley. Alors voulant rattraper le coup le lendemain, il écoute les conseils de tous les vieux de la vieille qui savent y faire avec le public des casinos : il ralentit le rythme et surtout bouge moins, parle davantage par contre, tente une blague, une imitation. Il essaie de rentrer dans le moule de Vegas. Mais on ne demande pas à un moteur de course de tourner au ralenti. Au bout de quelques jours, le découragement s’installe.
Entre deux shows, on le retrouve à la piscine de l’hôtel avec ses musiciens. Allongé, discret. Les clients passent à côté de lui sans le reconnaître. Le soir, ils vont manger pendant qu’il chante pour occulter le silence qui règne sur les tables entre les vieux mariés.
Et pourtant, pendant ce temps-là, Heartbreak Hotel est numéro un. Elvis a fait un saut jusqu'à Hollywood pour signer un contrat mirobolant avec la Paramount, bref l’Amérique commence à basculer. Mais pas ici. Elvis quitte Vegas début mai, avec deux semaines d’avance sur le contrat.
Faut-il y voir la raison pour laquelle on va désormais avoir droit à un Elvis déchaîné devant les caméras de télévision, choquant l’Amérique des parents, du moins une bonne partie, occupant tous les sujets de conversation : a-t-on déjà vu un type aussi animal, dégradant, avec sa musique de sauvages ?
En tout cas, il ne s’en laisse pas compter quand, de retour à Memphis, il retrouve ses admiratrices. Un GI vient ainsi l’apostropher dans la rue alors qu’il se trouve dans sa voiture, il frappe la carrosserie des deux poings, exhibant ses biceps et hurlant, alors Elvis, il paraît que tu te tapes ma copine ? Elvis baisse la vitre de sa voiture laissant apparaître le canon d’un revolver. Retraite rapide de l’agresseur mais dépôt de plainte. Voilà Elvis devant le juge qui, se tournant devant le plaignant, blâme le GI de n’être pas capable de faire la différence entre une arme et un jouet. Non lieu. Fin de l’histoire.
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.