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Roman Polanski : Le galion Neptune et le coup d'éclat pirate de Cannes 86

15 mai 2026 | 3 min 57 sec

Mai 1986 : un galion de 60 mètres surgit dans la baie de Cannes. Découvrez comment Roman Polanski a parié sur la démesure avec Pirates, un film d'aventure au budget cyclopéen qui a volé la vedette aux stars, marquant l'histoire de la Croisette.

En ce jour de mai 1986, la star du jour au Festival de Cannes, celle pour laquelle un public nombreux et franchement disparate vient s’écraser sur les barrières Nadar ou saturer la croisette, et ben cette star mesure soixante mètres de long.

On attend comme tous les jours des acteurs américains, des lunettes noires, des robes du soir, des arrivées en voiture sombre, et ben non, c’est un bateau pirate qui entre dans la baie au ralenti, toutes voiles dehors. Immense coque sombre, trois mâts dressés qui dominent les yachts modernes, avec ses cordages tendus de partout, et surtout, sa rangée de bouches à feu à bâbord comme à tribord. Les gens sur les terrasses n’en croient pas leurs yeux. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? On le dirait sorti tout droit du XVII° siècle !

Ce navire qui n’a rien de mystérieux se nomme en fait, le Neptune. Il a été construit pour Pirates, le nouveau film de Roman Polanski. Et on le constate, là, ce n’est pas un décor de studio, c’est un vrai bateau, qui est fait pour naviguer, avec ses ponts, ses cales, ses trois mâts, ses canons et ses passerelles. Une folie !

Quand le bruit court que c’est pour la promotion d’un film, on croit bien évidemment à un coup digne d’Hollywood, et c’est du jamais vu entre parenthèses, pour la promo d’un film américain. Et bien pas du tout, c’est une production française et italienne, il a coûté, on le devine, une fortune, c’est tout bonnement une première à l’échelle européenne.

Un projet qui est sur les rails depuis des années. Le budget a été cyclopéen et le tournage compliqué. Polanski veut en effet retrouver l’esprit des grands films d’aventures d’autrefois, ceux où l’on voyait vraiment la mer, la tempête et les abordages.

Par contre, pour interpréter le rôle principal, celui du pirate à la barbe noire, Polanski a choisi un acteur américain, une vieille gloire d’Hollywood en fin de carrière. Et pourquoi a-t-il choisi Walter Matthau ? Parce que son film est aussi un pastiche et qu’il lui fallait non seulement un vieux pirate mais aussi une nature comique. Polanski veut en effet refaire le coup de son Bal des vampires, le premier film d’horreur burlesque de l’histoire qui lui avait valu de se faire remarquer dans les années 60. Bref, le même genre de tête fatiguée avec un air filou que son gâteux chasseur de vampires, sauf qu’ici il s’agit d’un capitaine pirate donc, avec un sens de l’autorité quand même !

Dois-je vous dire qu’à Cannes, tout le monde parle de cet incroyable bateau. Il fait plus d’effet que le casting : le meilleur acteur du film flotte dans le port, peut-on lire dans un article. C’est méchant car il faut bien le dire : Walter Matthau est extraordinaire.

Mais lorsque Pirates est enfin projeté en ouverture du Festival, l’accueil est assez froid. Cela dit, on ne s’en étonne pas plus que ça : à Cannes, il arrive souvent que la promotion réussisse mieux que l’œuvre. Car aujourd’hui encore, quand on reparle de ce Cannes 86 dont beaucoup ont oublié le vainqueur, Mission, très beau film d’ailleurs : l’image qui reste est celle du bateau pirate.

Un matin de mai 1986, sur la Croisette, Roman Polanski a amené un galion espagnol pour vendre son film en dolby stéréo et pendant quelques heures, ça a marché. Il faut dire que pour l’heure, le public et Hollywood ont plus la tête dans les nuages que sur l’océan. La preuve : à la rentrée 1986, on ira tous voir Tom Cruise …

A la suite...

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.

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Roman Polanski : Le galion Neptune et le coup d'éclat pirate de Cannes 86
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