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En 1962, Serge Gainsbourg assure les premières parties, vend zéro disque et menace de tout plaquer pour la peinture. Puis une soirée chez Juliette Gréco, du vin, de la danse, et le lendemain matin : La Javanaise.
Y a-t-il encore quelqu’un pour s’en souvenir, ce 2 février 1962, le cercle des étudiants en droit de l’ULB organise une soirée avec un groupe bien à la mode du twist : les Cousins. Et pour se souvenir du chanteur qui a assuré la première partie : Serge Gainsbourg.
On parle un peu de lui depuis quelques années, on connaît sans le savoir deux de ses chansons : L’eau à la bouche, à cause du film et de son rythme exotique, et puis aussi le pas banal Poinçonneur des lilas, auquel même Franquin fait référence dans un gag de Gaston Lagaffe. Mais a-t-on retenu son nom ?, non, pas vraiment. Aucun de ses trois premiers 33 Tours ne s’est vendu. Serge Gainsbourg, c’est le chanteur totalement décalé, coincé dans une grande chanson française qui se réclame du jazz. Il n’a rien du yéyé, comme on va appeler ce mouvement absolument dingue à partir de cette année.
J’ai dit dingue ? Mais je n’exagère pas. Demandez à Serge : quand il se rend dans un studio ou à sa maison de disques, combien sont-ils, ces jeunes venus de leur province chaque mercredi ou jeudi pour passer une audition. Cent ? Deux cents ? On les parque comme du bétail, on en sélectionne quelques-uns à qui on fait le plan vie de stars. Ils l’ignorent mais ils n’ont que un ou deux 45 Tours pour faire leurs preuves. Si ça marche, ils deviennent les nouveaux chouchous des copains, si pas, on les renvoie dans leur province.
Et donc comment voulez-vous qu’un dandy branché art comme Gainsbourg les respecte ? Il les méprise d’autant que la presse et le public ne semblent vouloir ni de sa musique, le jazz, ni de ses textes, trop osés ! Non vraiment, il va abandonner la chanson et retourner à la peinture, déclare-t-il à la télé, car il y passe souvent, même s’il ne vend rien.
Et puis sorti des bureaux de l’ORTF, il se rend chez Juliette Gréco, la première star qui l’a chanté avec succès. Ils vont dîner, en écoutant de bons disques, classiques, bien sûr. La nuit passe au fil de bonnes bouteilles de vin, Juliette se lève pour danser devant lui, Serge revit.
Le lendemain, elle reçoit un beau bouquet de fleurs avec un mot de remerciement de Serge qui lui dit avoir écrit une chanson en souvenir de cette soirée. Cette chanson que Juliette va immortaliser va faire prendre à la carrière de Serge un tournant aussi inattendu qu’inespéré. La preuve en est son quatrième album, probablement le meilleur de sa carrière. Et même s’il ne va pas se vendre, lui non plus, il contient des classiques qui ne seront découverts que bien plus tard avec les compiles, comme La Javanaise, Baudelaire, L’appareil à sous, bien sûr, et le fameux Black Trombone, aujourd’hui un de ses titres les plus streamés et que personnellement j’use depuis plus de 40 ans.
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.