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30 avril 1988, Dublin. Céline Dion remporte l'Eurovision d'un petit point. Découvrez comment ce triomphe européen, porté par un pari audacieux de René Angélil, a lancé la conquête d'une Amérique pourtant hermétique aux artistes francophones.
Quand on parle de l’Eurovision, on évoque toujours la victoire de Abba en 1974 et la révélation d’un groupe qui deviendra une gloire mondiale. Céline Dion n’arrive qu’après, bien après, alors que, excusez-moi, Abba, c’est énorme, c’est évident, mais Céline Dion c’est tout autre chose, une carrière plus haute, plus forte, plus longue.
Oui, l’arrivée d’artistes suédois sur la scène internationale était quelque chose d’improbable au milieu des années 70 mais moins que la suprématie totale et durable d’une chanteuse francophone sur un monde anglicisé en ce compris, jusqu’au plus profond d’une Amérique et une Angleterre qui n’imaginent même pas que quelqu’un puisse parler sans leur accent.
Et pourtant c’est ce qui s’est passé. Et plus fort encore, le fait que le premier prix de ce concours ne soit pas le fruit du hasard. Alors bien sûr, ce samedi soir d’avril 1988, au terme d’un suspense insoutenable, quand Céline remporte le titre d’un seul point face au Britannique Scott Fitzgerald, on comprend que Céline éclate en sanglots. Et que la joie de René ne soit pas motivée uniquement par le fait qu’il avait parié, joueur invétéré qu’il est, 400 livres sur sa victoire.
Ah je peux vous dire qu’il les retient, ses larmes, sous les projecteurs et dans la fureur de l’annonce. Des dizaines, des centaines, peut-être, de millions de téléspectateurs l’ont vue en même temps, et se sont pris le final colossal de sa chanson, à deux reprises. Et même si c’est le soir, de retour à l’hôtel, où il va se passer autre chose dans leur vie à tous les deux, c’est celui de la reconnaissance internationale pour quelqu’un qui sait là où il veut aller, celui qui ouvre les portes de Sony Music, alias l’ancienne Columbia, à New York, pour un album en anglais.
Mais attention, il ne faut pas imaginer qu’au lendemain de l’Eurovision, les Américains se ruent sur leurs téléphones en demandant : “Faites venir cette canadienne immédiatement, on la veut”, L’Eurovision, aux Etats-Unis, personne ne connaît. Mais ce trophée européen, c’est quand même un sacré signal.
D’autant que ce qui a impressionné ce soir-là n’est pas la chanson, qui est loin d’être la meilleure qu’on y ait entendue, mais la manière dont Céline fait monter l’émotion avant d’envoyer un final qui emporte tout sur son passage.
Or, le rêve d’Amérique de René s’est compliqué car à la fin des années 80, les radios américaines ne font aucun cadeau aux artistes étrangers. Alors Céline retourne aux cours de langue et deux ans plus tard, … Where does my heart beat now, … vous connaissez la suite. Et cette histoire a commencé un samedi 30 avril 1988, à Dublin, quand une jeune Québécoise remporte l’Eurovision avant de convaincre l’industrie mondiale qu’elle peut devenir bien plus qu’une chanteuse francophone.
Et là où on n’en est pas revenu, nous, c’est qu’au moment même où l’Amérique lui ouvre les bras, Céline Dion revient vers la chanson française, avec un auteur qui connaît aussi bien le monde de l'Hexagone que la musique américaine, il est vrai, Jean-Jacques Goldman.
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.