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En 1985, la pop devient nomade et urbaine au rythme des radio-cassettes et des clips léchés. Au milieu de cette effervescence, un projet improbable sur les échecs réunit Murray Head et les génies d'ABBA pour créer un hit planétaire qui défie toute logique musicale.
1985, tout le monde descend ! Nous voilà déjà au milieu de la décennie. On n’a rien vu passer, et franchement, comment aurait-on pu à cette vitesse ? En cinq ans, on est passé de la variété, du rock et du disco, à la new wave, au funk, aux sons plus secs, plus nerveux, plus urbains, qu’on emporte partout grâce à ces fameux radio-cassettes qu’on fait tourner sur piles.
La musique pop, on ne l’écoute plus seulement dans sa chambre sur la chaîne hi-fi. Elle nous suit dehors à présent, elle est dans la rue, elle rythme les trajets, les week-ends, les vacances, les après-midis sur un muret. C’est sans doute pour ça que le rythme devient de plus en plus important. Et puis il y a la télé. On ne se contente plus d’écouter les chanteurs, on les regarde. Ils chantent, ils posent, ils jouent même un peu la comédie dans ces clips qui, en 1985, commencent d’ailleurs à tous se ressembler : coiffures étudiées, de préférence brushées, et les synthés bien propres, sans doute est-ce pour cela qu’on parle de nappes …
Et donc, en 1985, il faut imaginer la tête de l’animateur de radio libre qui reçoit un 45 Tours intitulé One Night in Bangkok, dont la musique est signée par Benny et Björn, autrement dit les deux mecs d’ABBA. A ce moment-là, ABBA, c’est une époque révolue. La preuve, ils avaient beau avoir dominé la planète dans les années 70 avec des chansons redoutables aux refrains en acier suédois, ils n’avaient pas survécu au début des années 80.
Et puis il y a la voix du chanteur, Murray Head.
Murray Head, c’est le mec qui a joué et chanté dans Jesus Christ Superstar, l’opéra rock du début des années 70. Avec sa chanson Say It Ain’t So, Joe, c’est le mec qui incarne un monde très sérieux, aux longs cheveux, l’époque où l’on écoute encore les chansons assis ou couché sur le plumard de sa chambre. Et il a joué avec Brigitte Bardot, Jean Rochefort et Annie Girardot, ce qui n’arrange rien.
Et donc, les deux mentors de Abba, et Tim Rice, LE parolier des plus grands Musicals, l’engagent pour interpréter une comédie musicale dont le thème est : les tournois internationaux d’échecs, les affrontements entre l’Est et l’Ouest durant la guerre froide. Oui, sur le papier, c’est pas avec ça qu’on va remplir la salle.
Sauf qu’avant même que le spectacle existe vraiment dans la tête du grand public, un morceau se détache. Elle nous projette à Bangkok, pendant un tournoi avec un joueur d’échecs, snob et blasé, qui débarque dans cette ville connue pour ses nuits, sa chaleur, ses pièges, et qui regarde tout ça avec l’ironie du type persuadé d’être plus intelligent que l’endroit où il met les pieds.
Et là, heureusement, Benny et Björn ne refont pas ABBA. Ils savent qu’on est en 1985. Ils utilisent leur science du refrain, bien sûr, mais la mettent au service de quelque chose de plus moderne. Murray Head ne chante pas tout de suite : il raconte. Et puis le refrain arrive, et là, on a le tube. Comme quoi, avec la pop music, il ne faut jamais se moquer d’une idée de départ absurde parce que c’est précisément là où le tube peut se cacher. Quand on pense que ce truc est sorti l’année du Live Aid …
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.