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10 ans après sa disparition, Prince reste une énigme. Multi-instrumentiste de génie, il a dominé les années 80 avant de troquer son nom pour un symbole afin de défier sa maison de disques. Retour sur le parcours d'un rebelle absolu qui préférait la liberté aux millions.
Dix ans aujourd’hui que Prince nous a quittés. Dix ans, et pourtant il suffit d’un riff de guitare, un cri, un falsetto, pour que tout revienne d’un coup : les années 80, les clips, les vestes pourpres à clous et épaulettes, les slows à rallonge, et ce type minuscule en haut talons et barbichette à la Don Diego De laVega qui semblait débarquer d’une autre planète.
Car au début, Prince, ce n’est pas la musique de tout le monde, avec un son nerveux, une rythmique lascive, déroutante, qu’on se passe sous le manteau, oui, je sais, j’exagère mais c’est pour vous situer. C’est vrai, pour savoir qu’il existe, il faut veiller tard devant Les Enfants du Rock, le samedi : Philippe Manœuvre en est marteau. Pour lui, Prince, c’est le nouveau James Brown. Enfin c’est bien plus que ça puisqu’il écrit, compose, arrange, produit, joue de tous les instruments, et sonne comme un groupe entier à lui tout seul.
À l’époque, on doit encore convaincre nos amis, camarades de cours, qu’ils passent à côté de quelque chose. Alors, on leur fait écouter Dirty Mind, Controversy, 1999. Chez nous, sur notre chaîne HiFi ou sur une cassette qu’on leur a enregistrée. Et non, il est pas chelou, il est juste en avance, mon vieux, c’est la musique de demain.
Et puis arrive 1984. Et là, c'est terminé. Avec Purple Rain, Prince cesse d’être une affaire de connaisseurs. Il entre chez tout le monde. Et même que ça vous fait tout drôle que l’épicier du coin ne jure plus que par lui. C’est limite comme s’il parlait d’un nouvel artiste alors que vous avez déjà cinq albums de Prince, dont un double, à la maison.
Et donc, au milieu des années 80 pourquoi plus personne ne trouve-t-il Prince, étrange ? Déjà il y a son look qui est passé du stade “extraterrestre avant-gardiste” à celui de “normal, j’ai un cousin qui s’habille et se coiffe pareil”. Car chez Prince depuis le début, on n’écoute pas seulement le disque, on le regarde. Lui, bien sûr, mais aussi The Revolution, le groupe spectaculaire attifé comme l’as de pique qu’il traîne derrière lui comme une cour baroque, avec notamment Wendy et Lisa. Car oui, la mode brushing de l’époque, genre, j’ai avalé un mortier de feux d’artifice, il n’y avait pas que Madonna, à l’arborrer.
Oui, Prince, c’est un pan entier de nos années 80, avec sa manière à lui, souvent crue, de mettre le désir en vitrine, de parler du corps, du plaisir, de liberté, et de critiquer le pouvoir aussi, dans l’Amérique de Reagan. Ce n’est pas un hasard si Michael Jackson sera reçu à la Maison Blanche, mais pas Prince. Lui restera toujours à côté du centre, là où c’est plus intéressant.
Et c’est sans doute pour ça qu’il nous fascine encore, 40 ans plus tard et dix ans, déjà, après sa brutale disparition : au moment même où Purple Rain le transforme en superstar, Prince refuse de devenir confortable. Il brouille les pistes, déroute son public, change de direction, quitte à perdre du monde en route, avant de le retrouver, quelques années plus tard, bien sûr. Mais imaginons que nous n’en sommes qu’au début de l’histoire, c’est tellement plus réjouissant, rassurant. Moi, j’ai un truc, je n’oublierai jamais la voix d’un certain Marc Moulin, sur l’unique radio jeunes, annonçant un artiste au nom totalement improbable, après Queen : Prince.
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.