La Story Nostalgie

Prince : Le jour où la star mondiale est devenue un simple symbole imprononçable

20 avril 2026 | 4 min

En 1994, Prince entre en guerre contre Warner et supprime son nom au profit d'un symbole imprononçable. Entre génie créatif et cauchemar marketing, découvrez comment l’artiste a sacrifié son identité commerciale pour sa liberté. Car au fond, « Money Don’t Matter Tonight ».

Ah 1994, c’était une belle année. On était en pleine explosion du monde du CD, des compiles, de la techno, toute jeune, du grunge, qui envoyait grave des décibels et des chemises à carreaux, et donc du monde indépendant où subitement, ça se mettait à thuner grave. Je connaissais justement le patron d’une d’entre elles. Je le vois encore un jour de mai m’accueillir plein d’enthousiasme. Tu ne vas pas le croire, c’est moi qui récupère le nouvel album de Prince. Enfin, un album de Prince, c’est vite dit, puisque justement, il n’a pas le droit de dire “Prince”.

Bonne chance, hein. Parce qu’avoir Prince à son catalogue, même par un trou de souris, c’est comme récupérer un morceau de la couronne d’Angleterre. Mais comment vendre ce disque ? Impossible d’écrire “Prince” en grand sur l’affiche, impossible de l’annoncer normalement, impossible même, au fond, d’expliquer clairement aux gens ce qu’ils sont censés acheter.

Vu de l’extérieur, il faut bien reconnaître, la situation a quelque chose de franchement comique. L’un des plus grands artistes de la planète vient de décider qu’il n’a plus de nom. À la place : un symbole, un signe. Un machin entre Mars, Vénus et un pictogramme de salle de bains, totalement imprononçable, ce qui est quand même une drôle d’idée quand on vit de la radio, des journaux, des affiches, des interviews, bref de tout ce qui oblige normalement à appeler les gens par leur nom.

À la radio, on se débrouille comme on peut. Dans les journaux, on lit cette formule interminable : l’artiste connu précédemment sous le nom de Prince. En clair, ça prend déjà toute la place dans l’article, imaginez le titre, avant même qu’on ait commencé à raconter l’histoire. Dans les magasins de disques, les clients, eux, font preuve de beaucoup plus de bon sens que toute l’industrie réunie : ils entrent simplement en demandant “le nouveau Prince”.

Mais bon, c’est pas juste un caprice d’artiste, même s’il est réputé pour ne jamais en manquer. Car ici, il est en guerre, le gars, contre la Warner, sa maison de disques, qu’il accuse de ralentir ses sorties, de garder ses bandes sous clé, de gérer sa musique comme un stock de marchandises. Et ça, pour un garçon qui enregistre comme d’autres respirent, c’est insupportable. Alors, au lieu de discuter calmement comme un adulte bien coiffé, Prince a choisi la méthode Prince : disparaître sous son propre symbole.

Évidemment, tout cela est extravagant, déroutant, limite ridicule. Mais c’est avant tout une manière de rappeler qu’il refuse d’appartenir à qui que ce soit. Même à son propre nom. C’est ça, je pense, qui rend cet épisode tragi-comique aussi fascinant, encore aujourd’hui, dix ans après sa disparition : pour ne pas céder, Prince est allé jusqu’à devenir imprononçable.

Et pendant qu’au début des années 90, tout le monde se débattait avec ses contrats, ses logos, l’annulation de la sortie de son Black Album alors que 500.000 copies étaient déjà pressées, Prince, lui, continuait à faire ce qu’il faisait le mieux : écrire des chansons. Ainsi de celle-ci qui résume tout cela : Money Don’t Matter 2 Night. Parce qu’au fond, derrière le showbiz dont il a bien vécu, quand même, Prince disait peut-être simplement ceci : l’argent ne compte pas autant que la liberté, et puis l'amour aussi. Surtout ?

A la suite...

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.

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