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Saviez-vous que le générique de l'Eurovision est une œuvre religieuse du XVIIe siècle ? Découvrez l'incroyable destin du Te Deum de Charpentier, composé pour Louis XIV et redécouvert par un prêtre belge avant de devenir l'indicatif le plus célèbre d'Europe.
Imaginez le truc. Une émission de télé qui fête son 70ème anniversaire en cette semaine de mai 2026. Vous n’aimez pas ou vous la regardez chaque année, n’empêche, vous aimez bien le suspense du décompte final, la même émission que vos parents, grands-parents, arrière-grands parents ont regardé durant des dizaines d’années.
Car je ne dois pas vous faire un dessin, 18 ans le 24 mai 1956, l’âge qu’il faut avoir pour être debout devant la télé en soirée, à cette époque, ça vous fait 88 ans en 2026, pour regarder les demi-finales et la grande finale à Vienne.
Avec le côté rassurant que c’est toujours le même thème au générique depuis 70 ans. Et quelle histoire derrière ce thème ultracourt ! Vous êtes peut-être de ceux qui en connaissent le compositeur, un certain Marc-Antoine Charpentier qui vivait à l’époque de Louis XIV, tu te rends compte !
Vous avez tiqué quand on vous a dit que c’était une œuvre religieuse, que certains musicologues pas bien renseignés qualifiaient de requiem joyeux.
Il n’en est rien, si la partition date bien du XVII° siècle, Charpentier l’a composée à la gloire de Louis XIV pour célébrer une victoire militaire française, à Braine-le-Comte. Authentique ! Mais je n’en ai pas fini avec mon cocorico belgo-belge. Car comment et où a-t-on été chercher cette musique pour en faire le thème le plus populaire à l’échelle du continent ?
Charpentier, comme la plupart des compositeurs baroques, est totalement oublié depuis longtemps quand un prêtre belge originaire d’Eupen, Carl De Nys, découvre les partitions de ses Te Deum. Oh, pas par hasard, hein, il est au début des années 50 un musicologue passionné qui sillonne les bibliothèques d’Europe à la recherche de partitions dont on a perdu jusqu’au souvenir de l’existence. C’est vrai, une partition, ça se range dans des tiroirs, on les oublie, et un jour, avec le temps qui dévore tout, elles finissent par devenir uniques, derniers exemplaires survivants d’une époque. Ainsi a-t-il découvert de nombreuses œuvres de JS Bach mais aussi mis en lumière celles de ses fils.
Alors quand il retrouve cette œuvre très enlevée, en 1953, il la fait jouer à la radio et à la télévision françaises où il anime des émissions de musique classique. Le public enthousiaste pousse un éditeur à le sortir en disque et c’est ainsi qu’il tombe dans les mains de ceux qui doivent décider du thème musical qui précédera la retransmission télévisée du couronnement d'Elizabeth II la même année, en direct dans toute l’Europe. L’audience record de l’événement suscite une question dans des dizaines de milliers de chaumières : mais c’est quoi ? C’est génial. Bonne chance ! Pas internet, encore moins Shazam, les disquaires ont dû avoir beaucoup de visites la semaine suivante.
Tout comme lors de l’édition 1995 du Concours, presque 40 ans plus tard, avec cette chanson dont on n’a pas su chanter les paroles du refrain quand on est allé demander le petit disque, et pour cause, …
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.