Radio
Événements
Concours
Passez sur Nostalgie
Musique & souvenirs
6 janvier 1969. Dans un appartement du VIᵉ arrondissement, trois géants se retrouvent enfin autour d’une table. Une photo, une conversation, un instant historique. Poètes avant tout, Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré parlent du monde qui change, loin des foules et des slogans.
On a tous vu au moins une fois cette photo en noir et blanc dans un magazine, sur un mur : Jacques Brel, Léo Ferré et Georges Brassens engagés dans une discussion qui semble passionnante. Brel et Ferré écoutent, la cigarette à la main, attablés devant des micros, des verres et bouteilles de bière vides, Brassens, tenant son éternelle pipe, raconter quelque chose qu’on voudrait bien partager aussi.
La magie d’une photo captant un 60ème de seconde d’une rencontre aujourd’hui historique. Car contrairement à tous ceux qui ont laissé leur nom dans la grande histoire, ceux-là n’ont tué personne, n’ont pas propagé la haine, ni harangué les foules pour le pouvoir. Ils sont tous le contraire. Ils ne sont pas parfaits ni irréprochables, personne ne l’est, mais ce sont des poètes, des musiciens, des chanteurs. Et les plus grands, en ce 6 janvier 1969.
Brassens et Brel ont connu leurs premiers succès au milieu des années 50 après avoir écumé, parfois ensemble, les cabarets de Montmartre et de la Rive Gauche pour trois francs et six sous par récital. Et les voilà devenus les idoles d’à présent deux générations. Oh surtout ne leur dites pas ça, ils détestent ce statut qu’ils ont acquis un peu malgré eux.
Et Léo Ferré ? Encore moins. Il est de loin le plus libertaire, individualiste et anti-système des trois, ce qui n’est pas peu dire. C’est le plus ancien, aussi. Si Brel aura 40 en avril et Brassens vient de fêter son 48ème anniversaire, Léo Ferré en a 52 ans depuis l’été dernier. Il est né durant la première guerre, lui, et avait déjà 31 ans quand il est monté à Paris, en 1946 pour faire ses débuts dans un cabaret.
Alors, même s’ils nourrissent une immense admiration l’un envers l’autre, les voir réunis tous les trois autour d’une même table est de l’ordre de l’impossible. Cela fait des mois qu’un jeune journaliste de 24 ans tente de fixer ce fameux rendez-vous pour un mensuel, tout aussi jeune, Rock & Folk. Le casse-tête ! Brel est sur scène, à Bruxelles, au Théâtre de la Monnaie, rien moins, où il joue sa comédie musicale, L’homme de la Mancha. Mais le voilà à présent à Paris pour y jouer son œuvre qui rencontre un grand succès. L’occasion est trop belle !
Nous sommes fin 1968, il n’y a que des téléphones et des agendas, pas de répondeur, encore moins d’outils électroniques, et le temps passe. Mais ce 6 janvier 1969, ils arrivent, l’un après l’autre, dans l’appartement du journaliste, enfin de sa belle-mère, dans le sixième arrondissement, celui d’un Quartier où le printemps précédent il a régné une atmosphère révolutionnaire. En Angleterre, les Rolling Stones ont été arrêtés par la police, on a vu 2001 Odyssée de l’espace. Dans six mois, des hommes marcheront sur la Lune et 500.000 autres se réuniront à Woodstock, quant aux Beatles, ils joueront fin de ce mois de janvier sur le toit de LEUR propre maison de disques. Les temps changent, cette fois, c’est sûr, que vont en dire ces trois hommes qui n’ont pas la langue de bois, dans l’intimité de cet appartement au cours de ce qu’on pourrait appeler l’interview du siècle ? On aurait voulu y être, pas vrai ?
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.