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Un classique signé Gainsbourg que personne ne lui attribue, un refus d'écrire pour Piaf par excès d'admiration, une Javanaise proposée à Bardot avant d'être immortalisée par Gréco — et au bout du fil, Brigitte Bardot qui décroche.
Ça peut paraître incroyable mais cet énorme classique de Juliette Gréco qui incarne tellement le Paris, la France cliché si répandue à l’étranger est signé Serge Gainsbourg. C’est pas possible, vous allez me dire, c’est pas son genre, un truc pareil ? Et pourtant c’est écrit sur le 45 Tours, pas de doute : paroles et musique : Serge Gainsbourg. Il l’a d’ailleurs chanté, déguisé en clodo, en duo avec son pote Philippe Clay, pour la télévision.
Mais alors, pourquoi a-t-il refusé d’écrire pour Edith Piaf ? Parce qu’il l’admirait. Bien sûr qu’ils s’étaient rencontrés. Un soir, au théâtre, pour l’anniversaire de Raymond Devos, il jouait de la guitare dans un orchestre improvisé en compagnie de Bourvil, Guy Béart et Claude Nougaro quand Piaf avait demandé, qui est ce guitariste ? Serge Gainsbourg. Ah bon ? Les gens disent qu’il est méchant. Il a l’air plutôt gentil, non ? Faites-le venir. Serge s’est rendu chez elle, boulevard Lannes, à Paris, elle lui a demandé qu’il lui écrive des chansons.
Sans doute ne veut-il pas faire partie de sa cour d’auteurs compositeurs avec qui il n’a rien en commun. Ou qu’il n’aurait pas supporté qu’elle lui refuse un titre et le sarcasme des autres prétendants. C’est la raison pour laquelle Serge vient en octobre de la même année pour lui rendre hommage, lors de sa disparition. La jeune fille au pair Jane Birkin qui s’y trouve aussi, elle loge dans le même immeuble, remarque d’ailleurs dans le défilé des visiteurs, cet homme sombre au regard triste, un peu en retrait.
Mais voilà, le succès de l’accordéon vaut à Gainsbourg d’entrer en contact avec Brigitte Bardot. Bardot, star mondiale du cinéma, se met à la chanson et voilà que le grand compositeur de musiques de film et de la télé, Claude Bolling lui présente Serge, venu avec sa partition et qui lui chante trois lignes d’un titre qu’il nomme L’appareil à sous. Pourquoi trois lignes seulement ? Parce que c’est un de ses trucs pour éviter de se faire refuser une chanson, ce dont il a horreur. Trois quatre mesures sur le piano, il présente le meilleur moment en prétendant qu’elle n’est pas finie. Ce qui, cela dit, est probablement vrai.
La chanson, pour formidable qu’elle soit, ne fait pas un grand succès. Son ami Claude Nougaro décolle avec trois gros succès consécutifs, mais pas Serge. Seule consolation, sa Javanaise par Juliette Gréco qui paraît quelques semaines après la sienne, devient le titre phare de son tour de chant. Serge avait songé la faire chanter par Brigitte Bardot, Gréco l’a sûrement mieux vendue que BB ne l’aurait fait. Il faudra juste 28 ans pour que le grand public ne découvre vraiment sa version sur une compile.
Incroyable, hein ? On est d’accord, cette chanson est tellement formidable, tellement française, même si c’est la première d’une immense série que Gainsbourg est allé enregistrer à Londres. On l’entend même, l’avez-vous remarqué, dans la bande originale du film de Ron Howard, Le Da Vinci Code.
Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.