La Story Nostalgie

Donna Summer : Le secret de "Love to Love You Baby" ou l'invention du format Maxi

17 mars 2026 | 3 min 44 sec

Découvrez comment Giorgio Moroder et Donna Summer ont défié les tabous. De l'enregistrement dans l'obscurité totale à Munich au succès planétaire de la version de 17 minutes, voici l'histoire du hit sulfureux qui a popularisé le format Maxi et révolutionné les clubs du monde entier.

Clairement, quand en 1969 Serge Gainsbourg explose les séries de slows en boîte sur sonJe t’aime … moi non plus, on pense que jamais personne n’osera aller plus loin. C’est justement le genre de prédiction qu’il ne faut pas faire, surtout dans la pop musique, un domaine où la création et les résultats financiers font bon ménage. En fait, il suffit d’y aller franco, au premier degré.

Et justement, une musique alors naissante va s’y prêter particulièrement. Au milieu des années 70, à Munich, deux producteurs d’origine anglo-italienne, Giorgio Moroder et Pete Bellotte, s’intéressent au succès gigantesque de titres comme Rock the Boat et Rock you Baby.

Qu’est-ce qui peut bien plaire au public là-dedans ?

Ils identifient dans le rythme un quatre temps joué par la grosse caisse et le charleston de la batterie. C’est ça ! Il n’y a plus qu’à faire pareil.

Et justement, ils ont sous la main une artiste américaine vivant en Allemagne, une certaine Donna Summer, dont ils viennent de produire un premier album mais qui, mis à part en Belgique et en Hollande, n’a pas trouvé son public.

Et comme le Je t’aime moi non plus de Gainsbourg et Birkin vient de ressortir avec succès chez Warner, Moroder dit à Donna Summer pourquoi on ferait pas un truc dans le genre ? Pourquoi pas, répond la chanteuse. Et pour éviter une comparaison en leur défaveur, ils décident de ne pas y aller avec le dos d'une cuillère.

Mais voilà, une fois la chanson écrite et qu’il faut l’enregistrer, Donna éprouve beaucoup de mal à se lâcher : elle est horriblement gênée, ça ne donne rien !

Alors Moroder et Bellotte virent du studio tout le personnel qui n’est pas nécessaire et font baisser les lumières au maximum.

Donna, pour la prochaine prise, tu vas pousser tes gémissements couchée sur le dos, on va t’installer le micro.

M’enfin, Giorgio, tu ne veux quand même pas …

Mais nooon ! juste que comme ça, personne ne te verra et tu seras seule.

L’enregistrement sulfureux terminé, Donna Summer a du mal à croire que c’est elle qu’elle entend en cabine de son. Moroder, par contre, n’a aucun mal à trouver des distributeurs. Aux Etats-Unis, c’est Neil Bogaert, l’éditeur du groupe Kiss qui est à la manœuvre. Comme il organise fréquemment des fêtes démentes dans sa propriété de Los Angeles, il passe le disque pour le tester. Sur la piste, c’est de la folie, les invités viennent sans arrêt lui demander de le rejouer.

A 3 heures du matin, un téléphone sonne à Munich :

Pete, c’est Neil ! Il faut que tu me fasses une version longue, mon vieux. Les gens adorent, c’est dingue.

Avec ses 16 minutes 50, Love to Love You sort en version maxi qui, vendu à des millions d’exemplaires, va populariser définitivement ce format auprès des DJ.

Gigantesque succès, Donna Summer arrêtera toutefois de le chanter sur scène, le jour où en Italie, elle devra quitter la scène en courant, poursuivie par des hommes survoltés. Se réfugiant dans la caravane qui lui sert de loge, elle est terrorisée par les coups que ceux-ci donnent dans la porte et les vitres jusqu’à ce que le service d’ordre vienne la libérer. Et oui, c’était une époque de dingues mais c’était tout simplement la nôtre.

A la suite...

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.

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