La Story Nostalgie

1969- Brassens, Brel, Ferré : trois copains d’abord

28 janvier 2026 | 3 min 17 sec

6 janvier 1969. Tandis que le monde change à toute vitesse, trois géants se retrouvent autour d’une table, loin des slogans et des poses. Une conversation libre, sans ego ni concurrence, entre Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré. Un moment d’humanité devenu mythe.

La photo est connue, celle des trois hommes autour d’une table, Brel, Brassens et Ferré, héros de la chanson française qui se rencontrent durant deux heures dans un appartement parisien, un 6 janvier 1969.

La société de cette fin de décennie est complètement chamboulée. Les jeunes parlent de Mao, de Cuba, de la fin du capitalisme, d’une nouvelle ère de fraternité, d’une société où on ne serait plus obligé de se tuer au travail ni de faire son service militaire. La publicité entre partout dans nos vies, les couleurs explosent en flashy, les jupes sont de plus en plus courtes, les mecs se laissent pousser des barbes à la Jésus Christ superstar, bref, les jeunes n’en ont plus que pour les bonnes vibrations.

Pourtant, dans cet appartement du VI° arrondissement, rien n’y paraît. Pour peu, on se croirait encore après-guerre, il y a vingt ans, une éternité, pourtant. Ben justement, c’est l’occasion d’en parler de cette société, et puis de la chanson, non ne sommes pas les plus grands, la question les ennuie, les met mal à l’aise. Brel avait bien raison en s’asseyant de dire : Alors, qu’est-ce qu’on va bien raconter comme conneries ?

C’est une conversation comme on en aurait eu une au bistrot. Et c’est sans doute ça qui la rend exceptionnelle car c’est Brel, Brassens et Ferré. Imaginez ça aujourd’hui ! Déjà en 1992, on avait réuni Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman, Yves Simon et Alain Souchon, en écho à cette fameuse table ronde. Mais qui, déjà, pour s’en souvenir ? La preuve que ces trois-là étaient des mythes de leur vivant. Brel n’avait que 39 ans, Brassens 47, Ferré 52.

La réunion d’une œuvre monumentale et d’une personnalité exceptionnelle est déjà chose rare mais imaginez-en trois autour de la même table. Et trois artistes qui n’ont que faire à ce moment précis de leur égo, de prouver qu’ils sont meilleurs en ceci ou cela que celui assis à côté de lui. Non, il y a cette absence totale de concurrence qui donne un accent de sincérité comme on n’en a entendu que trop rarement voire jamais. Ferré admire Brel et Brassens, il l’avait déjà dit, mais ça se voit, ça se sent durant ces deux heures de rencontre.

Brel et Brassens sont copains de galères, celles des débuts, d’avant la reconnaissance du public. Et puis finalement, aucun n’exerce un métier. Ils revendiquent tous les trois être des hommes qui ont eu la chance de ne pas devoir entrer dans le moule d’une société qui broie les personnalités et les rêves d’enfant. Ce sont des gamins lucides, travailleurs, qui donnent de leur personne, allez chanter 300 galas par an loin de chez vous et puis en plus écrire des chansons, faire des disques et donner des interviews. Ce n’est en clair pas trois interviews parallèles mais une conversation de trois copains d’alors, trois copains d’abord qui ont soulevé plus de passion et d’admiration sincères que l’ensemble de tous les réseaux sociaux réunis.

A la suite...

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.

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1969- Brassens, Brel, Ferré : trois copains d’abord
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