La Story Nostalgie

Chrissie Hynde : le jour où l’Amérique a tiré sur sa jeunesse

3 février 2026 | 3 min 35 sec

4 mai 1970. Sur le campus de Kent State, l’Amérique bascule. Étudiante révoltée, Chrissie Hynde assiste à l’impensable : l’armée tire sur ses propres jeunes. Ce jour-là, les sixties s’achèvent brutalement. De cette fracture naîtront l’exil, le punk… et The Pretenders.

L’actualité nous fait sans cesse tourner les yeux vers l’Amérique. Et les images que nous avons reçues de Minneapolis, Los Angeles ou Chicago ne sont pas sans rappeler les mouvements de la jeunesse des années 60 contre la guerre au Vietnam et pour les droits civiques.

Ainsi ce jour maudit du 4 mai 1970 est-il entré dans l’Histoire contemporaine américaine. Nous sommes sur le campus de la Kent State University. Kent est une jolie ville de 25.000 habitants au sud de Cleveland dans l’Ohio, à mi-chemin entre Chicago et Washington. C’est sur les bancs de l’Université de Kent, une petite fac pas très regardante sur ses notes moyennes de secondaire, que la jeune Chrissie Hynde a finalement trouvé la voie de l’enseignement supérieur. En clair, elle ne s’est pas encore fait virer de ses cours, ce qui pour elle, qui n’en touche pas une, pas plus que le strict nécessaire, est un exploit.

C’est pour ses parents qu’elle fait des études car elle n’a d’intérêt que pour deux choses : la musique rock et la défonce. Et puis son statut de jeune Américaine qui va, avec des centaines de milliers de ses semblables, changer l’horrible monde des adultes. Ces gens qui ne pensent pas à vivre, seulement à gagner de l’argent, d’en amasser, pour ne rien en faire. Et dans les années 60, c’est aussi un monde qui impose le cauchemar au présent de sa génération en l’envoyant se faire tuer dans l’enfer d’une guerre lointaine qui n’est pas la sienne.

Alors elle proteste. Sauf que le Give Peace a Chance de John Lennon, c’est bien gentil, mais c’est pas ça qui va faire entendre raison au président Nixon qui envoie tous ces jeunes au Vietnam et à présent, au Cambodge ! C’en est trop, le 2 mai, les étudiants mettent le feu avec des fusées éclairantes au bâtiment en bois des officiers de réserve sur le campus de Kent. La garde nationale intervient, c’est la pagaille, Chrissie s’en sort de justesse, et oui, elle en est.

Mais le surlendemain, lors d’une nouvelle manifestation malgré le couvre-feu imposé, les soldats qui gardent les cendres du bâtiment incendié tirent sur la foule.

Des gens tombent, des ambulances arrivent, il y a des morts, entend-elle crier.

Chrissie est dégrisée. Elle regarde ces militaires qui sont des jeunes gosses de 19-20 ans, comme elle, et qui ont l’air tout aussi surpris par ces coups de feu. Elle s’assied et reste prostrée, figée, en contestation, quand des mains la saisissent.

Et pendant qu’on l’emmène de force, Chrissie se dit qu’elle ne reconnaît plus son pays. Le lendemain, le campus est vidé, les étudiants sont renvoyés chez eux, entassés dans des voitures qui alimentent des bouchons vers Chicago, Philadelphie, New York. Le Sex and drugs and rock’n’roll semble être la solution immédiate face à ce monde qu’elle ne peut plus voir, les sixties qui ont vu fleurir son adolescence sont bien terminées. Et pourtant, au bout de cette errance que vont être les années 70, il y aura les Pretenders.

A la suite...

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Depuis plus de 20 ans, Brice Depasse vous emmène dans les coulisses des légendes du rock, de la pop, et des années 70 et 80 dans. Il vous fait voyager à travers les époques, en vous dévoilant les anecdotes les plus croustillantes et les histoires fascinantes des plus artistes de notre temps.

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